Madagascar : des plasticiens isolés mais pas désarmés

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Si les musiciens malgaches tels que Rajery, Jaojoby ou D’Gary, très populaires chez eux, s’exportent et se distinguent par leur virtuosité, les plasticiens de la grande île souffrent d’isolement tant chez eux qu’en dehors de leurs frontières. Malgré tout, des potentialités existent et les artistes œuvrent dans l’ombre. État de lieux.

« Mais ou sont les artistes malgaches » ? s’exclamait laconiquement en mai 2008 un plasticien sénégalais lors de la 8e biennale de l’art contemporain de Dakar, constatant (hormis la présence d’Annie Prebay Ranarivelo dans la section design) l’absence des artistes malgaches dans la sélection officielle. Dans le In et plus encore dans le Off, Madagascar – contrairement à d’autres pays – a rarement été représenté lors des huit éditions du Dak’art, seule grande manifestation dédiée à l’art contemporain – inscrite dans la durée – sur le continent africain.
Seuls Jeriarimanjato Razafindranaivo (en 2004), Ratovonirina Vonjiniaina (en 2002) et Zoarinivo Razakaratrimo, (section design) en 2000 et 2002, ont fait partie des précédentes éditions. Aucun de ces artistes n’a cependant été distingué par un prix à Dakar et les quelques retombées, en terme de visibilité, n’ont pas eu de répercussions décisives sur leur carrière, en tout cas pas sur le long terme.
Si la présence des artistes à la biennale de Dakar n’est pas une fin en soi, l’absence répétée d’artistes d’un pays précis dans une manifestation telle que Dak’art, témoigne de la non-visibilité de ces artistes et du peu d’intérêt accordé à leur travail dans les circuits internationaux.
Seuls le photographe Pierrot Men (né en 1954), résidant à Madagascar et Joël Andrianomearisoa (né en 1977), installé à Paris, ont pu se faire une place dans le milieu.
Lauréat du prix Leica mother en 1995, ayant fait l’objet de nombreuses expositions et publications (1), Pierrot Men est, de loin, le plus connu des photographes malgaches. Travaillant depuis 1985, après des débuts en peinture, il a monté à Fianarantsoa, ville où il est né et où il réside, un laboratoire photographique Labo Men. Sélectionné à trois reprises aux Rencontres africaines de la photographie à Bamako (1994, 1998 et 2007), il a, entre autres, exposé au Contemporary African Art (Rome, 2001), au Musée des arts d’Afrique et d’Asie (Vichy, 2007) et a reçu l’Honorary Mention de l’International Photographic Competition on the Environment of Japan en 2000.
Quant à Joël Andrianomearisoa, il a notamment exposé à Africa Remix (2005, 2006, 2007), à la Biennale de la Havane (2006), aux Rencontres africaines de la photographie de Bamako (2005) et en 2008 à l’exposition Flow du Studio Museum Harlem de New York. Cette reconnaissance internationale et son désir de monter un événement artistique d’envergure dans son pays d’origine lui ont permis d’initier en septembre 2007, avec le soutien du CCAC d’Antananarivo, 30 et presque songe (2), première manifestation internationale d’art contemporain organisée à Madagascar. Cet événement pluridisciplinaire sans précédent sur l’île, avait pour vocation de confronter, in situ, des plasticiens internationaux tels que Pascal Martine Tayou (Cameroun), Odile Decq (France), Eric Van Hove (Belgique / Japon), Kettly Noël (Mali / Haïti), Ingrid Mwangi (Kenya / Allemagne) ou le duo MentalKlinik (Turquie) aux artistes malgaches (3).
En dehors de ces deux personnalités qui ont acquis une renommée internationale, la grande majorité des artistes malgaches souffre d’un criant manque de visibilité. Interrogés sur cet état de fait, lors d’une rencontre organisée par Bérénice Gulmann, directrice du CCAC en juin 2008 (4), la dizaine de plasticiens malgaches présents a répondu avec une certaine amertume que non seulement ils n’étaient pas visibles à l’extérieur mais qu’ils ne l’étaient pas plus chez eux où ils ont parfois le sentiment d’être coupés du monde et dont ne leur parviennent que de lointains échos.
Si certains d’entre eux connaissent l’existence de la seule biennale d’art contemporain du continent africain, d’autres en ont vaguement entendu parler. Si la plupart se sentent concernés par cette manifestation d’envergure internationale, parce que conscients qu’elle peut être un tremplin et une vitrine pour leur création, beaucoup ne se sentent pas impliqués dans la dimension panafricaine de l’événement. Pour la 8e édition, seule parmi les artistes présents à la rencontre du CCAC, Vonjiniaina, jeune sculptrice prometteuse, née en 1975, avait eu la curiosité de s’informer sur l’appel à candidature lancé au préalable à chaque édition du Dak’art. Étonnée d’apprendre en juin 2008 que la biennale, commencée un mois auparavant, ait finalement eu lieu (5), elle s’explique : « je suis allée sur le site de Dak’art en décembre pour voir s’il y avait un appel à candidature mais je n’ai rien vu. J’en ai déduit que la biennale n’allait pas avoir lieu. Et c’est vrai que je n’ai pas eu le réflexe d’y retourner plus tard. Nous sommes coupés du monde et aucune information ne nous parvient. Si on ne se mobilise pas pour aller les chercher, elle ne vient pas à nous ». Si elle déplore la difficulté d’accès à l’information, lucide, Vonjiniaina s’interroge : « est-ce que l’on est suffisamment connecté, est-ce que l’on est suffisamment réceptif à ce qui se passe à l’extérieur ? j’ai bien peur que non ».
Repli « culturel » ou repli subi ?
Madagascar a certes une situation particulière liée à son insularité. Île métissée, dont la population est issue d’un brassage entre l’Afrique et l’Asie, elle se situe dans l’entre deux de ces cultures n’assumant pleinement ni l’une ni l’autre et ayant quand même, sous-jacent – insularité oblige ! – une tendance au repli, notamment vis-à-vis de cette Afrique à la fois si proche et si lointaine avec laquelle les Malgaches entretiennent des rapports que nombre d’entre eux qualifient de « particuliers ».
Île continent, île du bout du monde, Madagascar, connue des touristes pour la somptuosité de ses paysages et de ses fonds marins, l’est beaucoup moins pour la richesse de sa civilisation et de sa culture, enracinées dans l’univers ésotérique des ancêtres appelés razana. Si du point de vue artistique, elle est tout de même connue pour son art funéraire – maintes fois pillé – qui témoigne d’une grande créativité et du rapport particulier qu’entretiennent les Malgaches avec leurs morts, l’Île n’a pas su accorder la place qu’elle mérite à la création contemporaine. Les artistes en souffrent aujourd’hui et au-delà des individualités, c’est toutes les potentialités artistiques d’un pays pourtant culturellement très riche qui en pâtissent. Si ces potentialités existent indéniablement, encore faudrait-il que les pouvoirs publics s’y intéressent et qu’une impulsion pédagogique soit donnée à la base, tant dans la sensibilisation des publics que dans la formation des artistes.
La situation des plasticiens malgaches est loin d’être reluisante et n’a rien à envier à nombre de pays africains dont les plasticiens sont globalement pourtant peu soutenus par les institutions. La réalité malgache est qu’il n’y a actuellement pas de ministère de la culture, pas d’école des Beaux-arts ou autre institut d’enseignement artistique. Il n’y a pas non plus d’espace muséal dédié de près ou de loin à l’art contemporain et les quelques galeries dignes de ce nom qui ont pu exister ont fermé leur porte depuis longtemps. Les seules possibilités d’exposition pour les artistes en dehors des circuits classiques des centres culturels étrangers comme le CCAC ou le CGM (centre germano-malgache, en fait Goethe Institut allemand), sont les restaurants, les hôtels ou parfois des boutiques fréquentées par les expatriés et les touristes comme la librairie et la jeanerie de la galerie Zoom, situées dans un centre commercial aunord-est d’Antananarivo.
Des artistes marginalisés
Si dans certains pays continentaux voisins, les ministères de la culture n’existent que par leur nom, l’absence d’un tel ministère au sein d’un gouvernement dénote symboliquement du peu de cas accordé à la culture par le pouvoir étatique.
Dans ce contexte, les artistes malgaches ne se « sentent pas exister ». Peu fédérés, sans véritable statut, ils sont totalement isolés et beaucoup d’entre eux sont condamnés, pour vivre, à produire des œuvres auxquelles ils ne croient pas.
Ainsi, Nonoh Ramaro peint des aquarelles pour nourrir sa famille différenciant sa « production alimentaire » de sa « production créatrice ». Parallèlement à son activité alimentaire, il développe ses recherches autour du concept du lien, essayant de marier danse et peinture contemporaines. Ne cachant pas son manque d’expérience, il ne craint pas le mélange des genres, « mes aquarelles sont très différentes de mes œuvres de création où je travaille sur une conception artistique personnelle. Mes toiles de création sont faites pour l’avenir et non pour le présent ».
De même, Zoarinivo Razakaratrimo (dite Zo), enseigne le tissage et a une boutique de stores qui la fait vivre. Quand elle ne tisse pas pour ses clients, Zo se consacre à son travail artistique dans une approche contemporaine du tissage qu’elle renouvelle avec des matériaux tels que les négatifs de films, les fils de fers, les cuillères, les bouchons mais aussi des denrées alimentaires comme les courgettes et les saucisses qu’elle tisse au sisal ou au coton. « Si je tisse du lambamena (étoffe de tissu traditionnel malgache) ce n’est pas contemporain mais si je tisse du papier journal, c’est contemporain. J’adapte ma création aux manifestations auxquelles je participe ». Née en 1956, présente au Dak’art et à 30 et presque Songes, Zo semble désabusée de la situation des arts plastiques dans son pays. Non dénuée de talent, elle incarne peut-être une génération d’artistes qui auraient aspiré à se tourner pleinement vers la création contemporaine mais dont la flamme vacille, faute d’être entretenue par une émulation en berne dans le champ de la création malgache. Une génération d’artistes peut être « sacrifiée » sur l’autel d’un courant artistique qui a eu du mal à se démarquer de la peinture académique malgache, reléguant dans les marges l’expression de ceux qui souhaiteraient sortir des sentiers battus. « Je ne connais personne qui peut travailler avec moi. Quand je tisse pour moi, c’est vraiment de l’art. Je vends mon travail si quelqu’un veut l’acheter mais ce n’est pas le but, mes stores me font vivre. Le but c’est de me faire du bien. J’aimerais travailler avec quelqu’un qui travaille le textile, faire des sculptures tissées, mais ici c’est difficile car le tissage est perçu comme une activité commerciale mais pas artistique ».
D’autres artistes travaillent dans des domaines très éloignés de leur vocation première, ce qui laisse peu d’énergie à la mobilisation pourtant nécessaire pour sortir de l’enclavement. Certains parviennent à nourrir leur créativité de leurs travaux alimentaires.
Ainsi, Andry Anjoanina, qui a participé aux jeux de la francophonie en 2005, est sculpteur et peintre. Électricien de métier, il travaille dans un centre de maintenance industriel. Si ses deux activités sont fondamentalement différentes, Andry s’accommode du dilemme en « mélangeant » son travail et ses recherches artistiques qui s’inspirent des matériaux électriques.
Figure incontournable du milieu culturel malgache, Hemerson est plasticien, enseignant et animateur de l’espace Rarihasina, espace culturel pluridisciplinaire – situé dans le quartier d’Analakely, au centre d’Antananarivo. Même s’il reconnaît un réel besoin d’ouverture et la « nécessité de briser la frontière de l’insularité ne serait-ce que spirituelle », il ne considère pas comme un problème en soi de ne pas être présent sur la scène internationale. Pour lui, l’urgence est d’établir une connexion entre les plasticiens malgaches et leur environnement social. Hermerson prône « la réflexion sur le rapport entre l’art, l’expression et la société dans laquelle il vit », rêvant d' »une jonction entre une sensibilité en train de se formuler à partir d’une réalité socioculturelle et le public local qui n’a pas accès aux œuvres produites sur place. Tant qu’il n’y aura pas de structures éducationnelles, d’organisation en amont au niveau étatique pour mettre en place des structures culturelles, les lacunes seront quasiment impossibles à combler malgré la présence de centres culturels d’obédience française comme le CCAC et alliances françaises réparties sur l’ensemble de l’île ». Mais ce que déplore le plus Hermerson, c’est le manque de contacts entre les artistes et le public. Pour lui, il est plus urgent d’établir ce contact que d’aller exposer à l’étranger : « je préfère démultiplier les interventions ici de manière à établir un dialogue entre ce que je fais, ce que je suis et mes compatriotes, plutôt que d’essayer de séduire un marché déjà hyper structuré. Si je peux avoir l’opportunité de sortir de chez moi, tant mieux, mais ce n’est pas mon objectif premier ».
Si certains – bien souvent les plus jeunes – aspirent à se frotter au monde quand d’autres mettent l’accent sur les priorités locales, le fait est que le manque de possibilités d’ouverture des plasticiens malgaches peut s’en ressentir sur la production générale des artistes. Du point de vue esthétique, leurs œuvres répondent peu aux « critères » de l’art contemporain international, sauf celles des plus jeunes qui ne veulent pas suivre les sentiers de leurs aînés, pour beaucoup enclins ou condamnés (selon les cas) à se répéter et à réaliser des œuvres « séduisantes » pour un marché peu exigeant. Le seul catalogue existant sur la peinture malgache actuelle, réalisé dans le cadre d’une exposition qui a eu lieu à Strasbourg en 2007, (6) est à ce titre assez édifiant. En grande majorité figuratives, les œuvres sélectionnées représentent des peintures du quotidien (femmes se coiffant, paysans dans les champs, scènes de marchés) ou des paysages typiques de la Grande Île.
La plupart des artistes ont conscience de la nécessité pour eux de sortir de leur île, ne serait-ce que pour se confronter aux regards d’autres artistes et de critiques dont ne leur parviennent que de rares échos. Mais faute d’informations et de moyens, ils ne se sentent pas suffisamment armés pour s’investir dans des projets d’envergure, que seuls, ils ne peuvent pas initier.
Cet état de fait peut, au premier abord, décourager toute tentative de projet artistique d’envergure à Madagascar. Mais les potentiels existent et même si les artistes sont peu soutenus, cela ne les empêche pas de travailler et de construire, pour certains, un corpus d’œuvre. Ils œuvrent dans leur coin, en produisant des œuvres « incomprises » sur place parce que ne répondant pas aux normes en cours.
« Avant de séduire le public, j’essaye de surprendre mes sens », souligne Vonjiniaina, « l’essentiel c’est d’avoir d’autres échos de ce que je fais. Ici j’ai l’impression qu’il n’y a que dix personnes qui sentent ce que je fais. C’est très frustrant. Je suis désespérée du cas de Madagascar. Ce serait vivifiant de faire un bon ailleurs pour comprendre que ce n’est pas si désespérant ici. Moi qui étais sûre de ne devoir en faire qu’à ma tête, je me suis peut-être trompée… Peut-être faudrait-il que je fasse 10 000 km pour comprendre ce que je suis.
Le manque d’échanges entraîne quelque dédoublement de la personnalité artistique. On a du mal à se caler entre nos attentes et celles du public ».
Jeune sculptrice prometteuse, travaillant la terre, la ficelle et le bois, Vonjiniaina aspire à sortir de son île, non dans une perspective d’exil ou de renoncement à sa terre natale mais au contraire pour mieux y revenir. « En se frottant à l’extérieur on se rend compte de nos lacunes mais aussi de nos potentialités ». Médaillée d’or en sculpture aux 5e jeux de la francophonie (2005), présente dans l’exposition Latitudes – organisée par la Mairie de Paris en 2003 – et remarquée au VIème rencontres chorégraphiques de l’Afrique et de l’Océan Indien, Vonjiniaina veut s’ouvrir sans pour autant renier son ciment d’origine qui est la source de son inspiration et le médium de son œuvre, puisqu’elle travaille en partie la terre, cette terre rouge malgache, symbole de l’île et porteuse de la sève des ancêtres si présents dans le quotidien malgache.
Elle appartient à la génération des jeunes artistes, pétris de leur culture malgache, travaillant avec les matériaux locaux tout en axant leurs recherches sur le renouvellement des écritures plastiques. Certains ont sans doute encore besoin de gagner en maturité et de s’ouvrir à d’autres créations mais les talents ne manquent pas et Bérénice Gulmann, reconnaît « un bouillonnement au sein des jeunes générations mais dont rien ne pourra véritablement sortir si des projets ne viennent pas les soutenir ».
Temandrota en fait partie. Se présentant comme un « artiste nomade », il est originaire du sud de l’île, région laissée pour compte par les pouvoirs publics. Très imprégné de sa culture du sud, travaillant la sculpture et la peinture avec des matériaux naturels ou récupérés, à partir desquels il réalise des installations, il croit aux synergies et projette de faire venir à Madagascar des artistes étrangers pour les inviter à travailler avec les sculpteurs de sa région natale dont il cherche à valoriser la virtuosité. Sans moyens, par le biais d’Internet, il établit des liens avec des artistes du Nouveau Mexique, dont les œuvres entrent en résonance avec celles des sculpteurs de sa région, ou participe à des résidences d’artistes en Afrique du Sud. Loin d’être dans le repli, Temandrota prône avant tout les échanges à l’intérieur même de son île natale. « Il faut aller dans d’autres régions, bouger de Tana, sentir les choses qui se passent dans son propre pays avant d’aller ailleurs. On ne peut pas toujours se référer à cette idée d’ouverture sans avoir rencontré l’autre chez soi. Pour toucher l’autre il faut aller à sa rencontre, même si ce que tu vis avec ton art est une démarche solitaire. C’est la dimension humaine qui me pousse à faire des choses. La prise de conscience collective n’existe pas que ce soit dans la culture ou les autres domaines ».
Pour contrer cette absence de mobilisation collective et tenter de pallier à la démission des pouvoirs publics, les individualités se mobilisent, certains artistes s’improvisant opérateurs culturels. L’espace culturel Rarihasina, orchestré par Hemerson accueille en plus des concerts et conférences qui y sont organisés, des expositions qui gagneraient sans doute à s’ouvrir plus audacieusement à la création contemporaine. Temandrota tend à être un « intermédiaire », voire « un investisseur », précisant : « l’argent que je gagne, je l’investis dans mon art. J’essaye de multiplier les possibilités en exposant dans hôtels, des boutiques, en envahissant des lieux qui ne sont pas des lieux d’expositions. On peut faire des choses sans pour autant avoir de grands moyens. Si on arrive à faire tourner les artistes dans les différentes régions de Madagascar, on pourrait le faire en partenariat avec les hôtels où on laisserait une œuvre en contrepartie. L’artiste, même s’il se sent incompris, participe inconsciemment à un ensemble. La mise en réseau doit commencer ici et se stabiliser, soutenue par des structures solides ».
Ridha Andriantomanga, jeune vidéaste qui a reçu le premier prix de l’édition 2008 des Rencontres du film court organisées par le CCAC est par ailleurs président de l’association Iris. Née suite aux premières Rencontres du Film Court de Madagascar (7), cette association regroupe plusieurs vidéastes et s’est peu à peu professionnalisée jusqu’à devenir le partenaire principal du CCAC dans l’organisation des Rencontres. À terme, Iris devrait en devenir le principal organisateur avec le soutien du CCAC.
Dans un autre genre, le sculpteur sur fer Dieudonné qui se définit non « pas comme un artiste » mais comme « quelqu’un qui fait des choses » (8) a monté un village d’artisans à Ambohimanambola, aux abords d’Antananarivo. Dominé par une rocambolesque maison qui est une œuvre en soi, ce « village » est un gigantesque atelier à ciel ouvert de ferblanterie « contemporaine » où travaillent et vivent, en famille, près de 400 personnes. Dieudonné œuvre dans le social qui est pour lui à la base de tout. Dans cette véritable entreprise de réinsertion sociale, il forme des artisans – qui auparavant n’avaient pas de formation particulière et faisaient partie des plus démunis – à la fabrication d’objets se situant entre l’artisanat et l’artisanat d’art, à partir de ferrailles récupérées. Ils sont vendus par la suite dans les deux boutiques implantées sur place ou acheminés vers quelques distributeurs. Par ailleurs, il a mis en place un pôle éducatif pour les enfants qu’il initie au sport et fait scolariser dans l’école qu’il a fait construire. À terme, Dieudonné rêve d’ouvrir dans son « village » un espace d’exposition pour aider les artistes de son pays.
Les feux de la rampe n’éclairent pas souvent la scène culturelle malgache mais c’est pourtant une scène où beaucoup de choses peuvent se jouer. Elle aurait besoin d’impulsions publiques et privées, porteuses de nouvelles propositions artistiques et de projets d’envergure. Des manifestations comme 30 et Presque Songes ne doivent pas rester sans lendemain, même si elles doivent prendre d’autres formes. PhotoAna, la première biennale de la photographie de l’Océan Indien, initiée en 2005 par Armand Seth Maksim (décédé en juin 2006) a permis l’émergence de photographes malgaches dont certains étaient présents au VIIes Rencontres africaines de la photographie de Bamako (2007). Les conditions pour donner un nouveau souffle à la création contemporaine des plasticiens malgaches ne demandent qu’à être réunies et encouragées par une politique culturelle responsable. En attendant, les plasticiens malgaches œuvrent en coulisse, se disant peut-être, à l’instar de Joël Andrianomearisoa (9), « Les traditions existent, le futur est là, le temps nous appartient ».

1. Dont, Madagascar, la grande Île secrète, éditions Autrement, 2003
2. Du 19 septembre au 20 octobre 2007, manifestation transdisciplinaire et contemporaine produite et coordonnée par le CCAC d’Antananarivo, initiée par Joël Andrianomearisoa.
3. Sylvia Andrianaivo, Dieudonné, Philippe Gaubert, Juliana Anjavola, Pierrot Men, Ndimby Rakotomalala, Soavina Ramaroson, Ramily, Vonjiniaina, Zo.
4. Tous nos remerciements à Bérénice Gulmann pour avoir organisé la rencontre informelle avec les artistes malgaches au CCAC le 3 juin 2008, assisté de Rina Ralay Ranaivo. Nous remercions également les artistes malgaches présents.
5. À sa décharge, l’appel à candidature pour le Dak’art 2008 a été lancé tardivement
6. La peinture malgache, Dialogue du réel et de l’imaginaire, Exposition au Palis du Rhin, réalisée par l’association des arts naïfs, populaires et sacrés du monde (APAME)
7. Organisées par le CCAC et la société de production Rozi Films du 27 au 29 avril 2006
L’association IRIS pour la promotion du 7e Art à Madagascar est née à la suite des.Sa première action fut d’organiser un Cycle du Cinéma documentaire du 22 au 27 janvier 2007, qui a pour but de sensibiliser le public à ce genre.
8. Il a présenté à 30 et presque songes une installation intitulée Les ailes du désir (2007)
9. En exergue de 30 et presque songes
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Les images de l'article
Village de Dieudonné © Virginie Andriamirado
Temandrota © Virginie Andriamirado
Temandrota © Virginie Andriamirado
Salle d'exposition de l'Espace Rarihasina




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