Maïsama m’a dit

D'Isabelle Thomas

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Nous ne verrons que sa signature sur les murs : Maïsama. « Tu ne peux pas me filmer, ni m’enregistrer : je dois finir mon travail avant d’être photographié ». Ce sera donc Isabelle Thomas qui dit ses textes. Jamais en illustration de ses dessins, toujours sur des images à elle, des impressions urbaines. Comme la « création sonore » qui les accompagne, elles sont un second récit, une vie parallèle, graphique elle aussi, sorte d’écho mouvant, des instants urbains, le mouvement des êtres et des choses, des jeux de lumière et de couleurs, jamais indifférentes. Les murs des grandes artères sont remplis de ses dessins. La caméra en fixe les regards sertis, suit les corps meurtris, découvre les sexes saillants, dévoile des œuvres complexes, étonnamment expressives, clairement obsessionnelles.
Maïsama m’a dit : « Ma mère est tombée en moi quand j’ai eu trente ans, et c’est comme ça que je suis né. Je suis un Dieu de la terre et du ciel, fils de la lune et du soleil ». Le film se fait lettre à la première personne. Maïsama raconte sa folie. Depuis près de trente ans, il vit dehors, et dessine sur les murs.
« Je voudrais que tu sois ma journaliste ». Isabelle s’exécute, mais le fait en artiste. C’est un autre métier. Sa caméra épouse les dessins, partage la lucidité tragique de leur délire, cherche leur écho dans les rues, les gares routières : « Le radar clignote en moi comme quand la terre est en danger. Je ne peux pas rester en place : le radar clignote en moi ! Chaque jour comme un radar. Le monde c’est mon métier, tout mon corps, mes doigts, mes yeux, mes jambes, mes oreilles, mes pieds sont comme un radar ».
Capter le monde de Maïsama : « J’ai réussi à ramasser les étoiles. Quand le monde est beau, sache que c’est moi qui l’ai rempli ». Il se dit magicien. On le croit sur desseins. Il se dit aventurier. On aimerait partager la poésie qu’il en tire. « Ce que je veux, c’est sortir : regarder le vent et le voir dans n’importe quelle direction ». Son grain de folie est contagieux. Même les mouvements d’un cheval semblent fous en accéléré. En sortant du film, nos yeux ont changé.

///Article N° : 6847

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