Maroc corps et âme

5 dvd de Izza Genini

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En un coffret de cinq DVD thématiques, Izza Genini rassemble entièrement re-mastérisés dans leur intégralité les documentaires qu’elle a tournés au cours des années, un impressionnant travail de recherche guidé par une évidente empathie avec ceux qu’elle rencontre. Qui ne connaît pas son oeuvre pourrait craindre d’ennuyeux films de patrimoine. C’est tout le contraire. Ces films sont un piège : on reste scotchés à l’écran, fascinés par ce ballet de poésie, de musique, de chant, de rythmes et de danses. La diversité des plans, un montage serré, une image soignée et souvent une vraie originalité dans les points de vue de la caméra construisent une véritable esthétique en interaction avec de sobres commentaires. Peu d’interviews dont les voix se mêlent aux images mais une somme impressionnante d’informations. La mémoire populaire du Maroc est là, dans les fantasias et les moussems du Haut Atlas, dans les chants et les danses. La Aîta sonne comme un blues mélancolique, la flamboyante andalouse prend des accents de flamenco dans les noubas, la sagesse populaire s’exprime dans le malhoune, les transes des gnaouas résonnent aux révoltes des jeunes.
On sent bien que ce qui intéresse Izza Genini est la richesse liée à la diversité culturelle. Effectivement, entre les courants tamazigh, andalou, noir-africain, juif et musulman, le Maroc est le produit d’une rencontre dont ces films se font le passionnant témoignage. Un des DVD, « Racines judéo-marocaines » porte plus particulièrement sur la relation judéo-arabe. Retrouver Oulad Moumen est un émouvant historique de la famille de la réalisatrice, de sa dispersion à travers le monde et de ses retrouvailles régulières, jusque sur le lieu de naissance de leurs grands parents. « Le blé a beau tourner autour, il tombe toujours dans le trou de la meule » : Izza Genini se passionne pour ses origines et notamment pour ces musiques où Juifs et Arabes partagent si bien leur sensibilité. Un sommet est le film Cantiques brodés où lors d’un concert de matruz, genre musical hérité de l’Age d’Or andalou, le rabbin Haïm Louk et le chanteur musulman Abdelsadek Chekara chantent alternativement des couplets en arabe et en hébreu ! La beauté des chants et l’harmonie qui en émanent sont époustouflantes et fortement émouvantes si l’on songe aux vicissitudes de l’Histoire.

///Article N° : 3593

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