Méditations africaines

De Felwine Sarr

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Méditations africaines publiées aux Éditions Mémoire d’encrier est un ouvrage de sagesse nourrit de références et d’expériences, préfacé par le philosophe Souleymane Bachir Diagne.

Ce n’est pas un diaire, ce n’est pas un journal intime, encore moins un agenda. Mais, à périodes irrégulières, des phrases, ou parfois 2 ou 3 paragraphes, une ou deux pages, comme des pensées qui lui traversent la cervelle. Pas de thème directeur, pas de recherches de style. Mais des réflexions, des médiations éparses, sur tout. Sur le plus énorme : le big-band, comme sur le plus infime : l’aube naissante. Sur le plus abstrait : l’idée d’absolu, comme sur le plus concret : le mal de tête, sur la mort et la solitude comme la joie de vivre, de courir, et de retrouver la fratrie, les amis.
On se promène dans ce fouillis de pensées, de sensations, d’expériences minimes, sans se perdre, sans s’ennuyer cependant. Parce que les choses sont dites si simplement, si naturellement, comme une respiration, c’est cela, on entend Felwine respirer ; et on se promène ainsi, il nous promène dans ses songes, dans son esprit inquiet, son intense goût du bonheur.
C’est Felwine qu’on découvre ainsi, et sa façon de « faire face » et de surmonter la vie, cette vie dont il se demande : « Si elle nous a été donnée, quand l’avons-nous perdu, pour devoir la gagner tous les jours ? ». Question naïve, mais si juste ! Faire face à la vie. « Plus que lui faire face, la regarder de haut, ne pas la subir ». Certes il n’y arrive pas du premier coup. Pas plus qu’il n’atteint ce qu’il appelle « mon dieu personnel : mon aspiration à la vérité, dans tout acte, toute pensée, tout sentiment ».
A ne pas confondre à Dieu l’unique qu’il découvre où qu’il se cache « mon Dieu je t’aurai aimé au-delà des paroles et des formes que les hommes t’auront prêtées ».
Ce qui ne l’empêche pas d’affirmer « la relation à autrui est le lieu de la quête de Dieu… et de l’accomplissement de cette quête ».
Et pourtant cette relation à autrui (enfants, parents, collègues, camarades) dont il relate maints exemples souriants dans le cadre familier de son village, ou de l’université et la ville de St Louis, cette relation est aussi cause de troubles, de souffrance. Soit qu’on la refuse par égoïsme. Soit qu’on ne puisse répondre « à cette terrible demande qui faussement porte le nom d’amour ».
Dans le premier cas on se sent coupable d’avoir manqué de générosité, « de faire barrage », alors que par ailleurs on prône la solidarité et cultive « la proximité compassionnelle avec tous les êtres ». Dans le second cas c’est « ce manque impossible à combler » – c’est le pénible sentiment d’échec.
Voilà pourquoi le sage prend ses « distances de sécurité ». Nombreuses sont les réflexions de Felwine, où on le voit avide d’équilibre. Il le manifeste par de belles images : « Inlassablement vers les équinoxes je marche ». Ou encore : « Je rêve de la paix silencieuse des neiges du kilimandjaro ». Ou : « comme l’univers, après avoir été chaud, nous refroidissons au cours du temps ».
Cette paix de l’âme, ce calme, il les recherche sans relâche. Dans la prière, méditations sur certaines sourates ; dans la nature, les « matins calmes », le fleuve si lisse, les nuits si paisibles dans Ndar, l’île de Saint Louis ; par la lecture de Krishnamurti et Prajnanpad, par l’exercice du Kibadachi. Les mystiques orientales intéressent ce professeur qui a créé un Centre d’études des religions, à la faculté des sciences humaines de son université.
Ce n’est pas pour rien qu’il parle des « voies de l’éveil ». « Prendre une voie d’éveil. Peu importe qu’elle soit celle des africains, des grecs anciens, du Bouddha, du Tao, du hassidisme, du Christ, de l’Islam, … » Le zen aussi, et le Budo qu’il pratique régulièrement. Exercice à la fois physique et mental.
Pourquoi est-ce si important, la médiation, sur laquelle il revient à plusieurs reprises ? Pour tenter de comprendre ce monde tout d’abord : « en éclairant un monde, même affreux, on le domine ». Pour trouver « l’union avec le Cosmos, la fusion de l’homme avec le Tout, avec la Réalité qui est une. Certains l’appelle Fana, d’autre Tao d’autre Maha Yoga ».
On le constate, Felwine est très marqué par les philosophies asiatiques, et même quand il n’y fait pas référence. Sa conception du temps, par exemple, et surtout ce besoin de se purifier l’esprit des sentiments négatifs comme la haine, l’envie, la rancune ; et aussi cet effort pour évacuer le moi, l’égo si envahissant, si encombrant.
« Mes frères sénégalais ont un égo très fort », écrit-il en souriant, « s’affirmer pour exister est la règle… pour cette entreprise, de tous les bois ils font feu : généalogies, héritages, forces et fiertés sont convoqués ».
Mais il estime qu’à « l’âge pubère » c’est normal pour les individus comme pour les peuples, il constate avec regret que « le monde en est toujours à ce premier âge. L’ego du monde : sa puissance technologique, sa force nucléaire. Mais plus tard, pour s’envoler dans un second âge, il est nécessaire de défaire cette forteresse… de déposer les armes et les armures ». Et de nous donner l’exemple des Tibétains « qui ont renoncé à la guerre pour une dimension plus haute de leur être : l’éveil ».
J’ai à peine soulevé ici quelques thèmes de ce petit livre si riche, et qu’on reprendra en l’ouvrant au hasard, ou en recherchant une pensée qui vous a touché.
Peu de mots pour beaucoup de matières à méditer, ces Méditations africaines !
Je pense à Marc Aurèle….

///Article N° : 13356

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