Mother Border

De Marie Arlais et Raphaël Rialland

Un documentaire poétique et ancré dans le réel
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Mother Border, film documentaire compilant paroles, photos, vidéos, sons et dessins, de Marie Arlais et Raphaël Rialland de la compagnie Étrange Miroir, raconte les espoirs et les déceptions des migrants ayant traversé la Méditerranée en quête d’avenir. Dans le cadre du festival migrant’scène organisé par la Cimade, la bande-son et la voix off sont assurées en live.

« Je n’évite pas les chemins escarpés
et n’appréhende pas la chute/dans un feu brûlant.
Qui n’aime pas gravir la montagne,
vivra éternellement au fond des vallées ».

Les milliers de Tunisiens ayant quitté leur pays après la chute de Ben Ali le 14 janvier 2011, pourraient faire leurs ces vers de La volonté de vivre du poète Abou El Kacem Chebbi. Mother Border, ciné concert projeté à La Générale à Paris le 20 novembre, pose un regard poétique sur cette immigration et (re)donne ainsi un visage humain à ces hommes ayant pris la mer dans l’espoir d’une vie meilleure.
Un bourdonnement, des cris, puis une voix de journaliste annonce la Chute de Ben Ali. Là, silence. Dès les premières minutes, le spectateur est embarqué dans la peau d’un migrant sur un radeau de fortune. Point de vue subjectif, la caméra au ras de l’eau vogue sur la mer à l’image de ces migrants qui parfois dérivent au large pendant plusieurs jours. Une voix nous parvient de la salle : « Et maintenant quoi ? ». Assis devant l’écran installé à La Générale, les membres de la troupe nantaise Étrange Miroir jouent la bande-son du documentaire en direct. Une voix off, trois musiciens, un clavier, une basse, une guitare, des percussions et des samples se mêlent aux voix et aux images du film. « Mother Border est le fruit d’une rencontre, cette expérience est encore toute fraîche pour nous. Elle remue beaucoup d’émotions et la forme du ciné concert nous permet de transmettre cela au public », explique Raphaël Rialland, plasticien et fondateur d’Étrange Miroir avec Marie Arlais, la parfois timide voix off de Mother Border.
À Nantes puis en Tunisie
Mother Border raconte l’histoire d’Hichem, un Tunisien de 27 ans arrivé sur l’île de Lampedusa après la révolution de Jasmin. Monté dans des trains, clandestinement, il rejoint Nantes où vit une communauté de Mahares, sa ville natale. Après un passage en centre de rétention, on le suit dans les rues, dans les squats, dans les parcs de la ville. Jamais la caméra ne le confronte. Souvent Hichem n’est qu’une silhouette superposée sur une série d’images : son histoire singulière n’en demeure pas moins représentative.
Dans la deuxième partie du film, pour mieux comprendre ce qui pousse nombre de jeunes tunisiens à traverser la mer Méditerranée, les auteurs nous emmènent en Tunisie. « On n’a rien ici », la réponse est univoque, bien qu’elle ne soit pas partagée de tous. Mother Border refait ensuite la route à l’envers et là il faut affronter l’impasse : de l’autre côté de la mer non plus, ils n’ont rien. La conclusion d’Hichem est sans appel : « Si j’avais su, je ne serais pas venu ». Mais une fois partis, nombre de migrants choisissent d’aller jusqu’au bout.
Mother Border mélange les techniques. Vidéos, graphismes, photos, documents officiels et animations illustrent et renforcent les témoignages de migrants et d’acteurs de terrain. Les touches à tout d’Étrange Miroir parviennent ainsi à mettre en perspective une histoire humaine sans faire l’économie du contexte politique et législatif qui influence les flux migratoires. « Notre engagement bénévole nourrit notre travail artistique et vice-versa, notre approche est très concrète », estime Marie Arlais également bénévole à la Cimade aux côtés de Raphaël Rialland depuis 2008. Une approche artistique ancrée dans le réel pour un documentaire poétique.
Les autres dates
Le spectacle sera présenté le 29 novembre 2012 à Grenoble, le 30 novembre à Valence, et le 1er décembre à Strasbourg.

///Article N° : 11154

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Les images de l'article
Mother Border © Étrange Miroir





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