Nesse Mon

Du jeune ballet d'afrique noire (J-ban) (Côte d'Ivoire)

Chorégraphe : Rokiya Koné
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Après « Djigui ni Hami » (« Espoirs et Craintes »), le premier ballet du J-Ban créé en 1996, Rokiya Koné poursuit avec « Nesse Mon » sa quête spirituelle. Chorégraphe attitrée de l’Ensemble Kotéba d’Abidjan (dirigé par Souleymane Koly) depuis 1990, elle fonde cinq ans plus tard sa propre compagnie, le Jeune Ballet d’Afrique Noire, conçu comme un laboratoire de recherche chorégraphique.
Si on retrouve dans ces deux premières créations plusieurs éléments communs – le lancinant questionnement intérieur, le rituel dansé d’une prière, la lutte incertaine entre l’ombre et la lumière, la figure de la grande prêtresse dépositaire d’un pouvoir sacré – « Nesse Mon » (« Le Feu ne meurt pas ») a révélé au public une nouvelle maturité chorégraphique. Rokiya Koné y développe une écriture personnelle plus épurée, de plus en plus distincte de celle des ballets de l’Ensemble Koteba.
Construite autour de la métaphore du feu sacré, « Nesse Mon » se situe au carrefour de la prière, du poème et du récit dansés. La pièce s’ouvre par une intense célébration des deux vestales chargées de ne pas laisser s’éteindre la flamme de l’énergie vitale. Sur une musique lunaire qui mêle synthétiseurs et bourdonnement grave d’une trompe, s’avance, hiératique, la grande prêtresse – Rokiya Koné – à la beauté obscure et foudroyante, portant dans ses mains la vasque sacrée dans laquelle une lumière clignote, à la cadence du battement d’un cœur. La jeune danseuse Kandè Kanté, son double solaire, belle comme une déesse, la rejoint. Les deux femmes se lancent dans une prière incantatoire, où elles parviennent à atteindre, dans le dialogue dramatique de leurs solos, une émotion poignante. Jusqu’à ce que sept danseurs, vêtus d’une pièce de tissu nouée sur les hanches, à la manière des Egyptiens de l’Antiquité, au crâne rasé et à la beauté d’éphèbe, les repoussent et prennent possession de la scène. S’engage alors une lutte entre les deux vestales et ces fascinants guerriers pour conserver la flamme sacrée.
Présenté pour la première fois lors du Masa 99, « Nesse Mon » a été très applaudi par le public. Le succès du spectacle tient non seulement à sa chorégraphie dynamique – qui emprunte autant à des pas traditionnels de danses africaines qu’à des gestuelles du contemporain occidental (Rokiya Koné travaille régulièrement avec le chorégraphe américain Ronald Kevin Brown), à l’alternance bien rythmée des tempos lents et rapides et à la grâce fascinante des danseurs. Mais aussi à une certaine inventivité musicale et scénographique. Les musiciens présents sur scène utilisent notamment une bassine remplie d’eau pour produire plusieurs effets sonores. Et contrairement à d’autres spectacles de danse présentés dans le cadre du Masa, « Nesse Mon » offre un véritable travail sur la lumière.
Pourtant si ce deuxième ballet pour le J-Ban séduit à plusieurs égards, il peut paraître encore trop sage. On regrette une interprétation par moments trop appliquée, des mouvements d’ensemble – par ailleurs parfaitement réglés – un peu répétitifs et un manque de finesse dans le rapport à l’espace. C’est donc avec une certaine impatience qu’on attend la prochaine création de cette chorégraphe indéniablement prometteuse qu’est Rokiya Koné.

///Article N° : 821

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