Nollywood à l’assaut de Toronto

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Huit films nigérians sont projetés en Première mondiale ou internationale au Festival international du Film de Toronto (8-18 septembre 2016). Grâce à cette sélection nollywoodienne et à la pulsion du directeur artistique Cameroun Bailey, cette 41e édition du TIFF ne connaitra pas moins de 25 films africains.
Cette présence dans un festival de telle envergure permettra-t-elle à l’industrie nigériane d’acquérir de nouveaux marchés ?

Pour la première fois depuis sa création le festival de Toronto met le grappin sur une ville africaine dans le cadre de son programme City to City, section dédiée à une génération de réalisateurs d’une même ville, peu importe où leur film est tourné. Après les cités de Londres, Séoul, Athènes, Mumbaï, Buenos Aires, Istanbul et Tel-Aviv, Lagos est celle qui va rayonner durant cette 8e édition.
Génération de réalisateurs et de réalisatrices les plus en vue
Le Nigéria produisant des centaines de films par an, il a fallu pour cette sélection s’attarder sur ce qu’il y avait de plus tendance parmi la génération d’auteurs en vue. Et sur les œuvres qui marquent nettement une évolution dans la qualité des films par rapport à ce que l’industrie produisait auparavant. Autant dire que la présence au TIFF prouve qu’il n’y a aujourd’hui plus aucun complexe, même si pour la plupart de ces films le contenu des histoires demeure celui du Nollywood classique: mariage, conflit ethnique, mélodrame, etc. que les Nigérians eux-mêmes ont baptisé les « histoires de belle-mère » (Mother-in-law stories).
Le film d’ouverture, The Wedding party de Kemi Adetiba, est une belle vitrine sur ce qui se fait de plus beau au pays, bien que suivant une intrigue hollywoodienne déjà (trop) vu.

Mais comment mieux séduire un public étranger à la machine nollywoodienne ? « On était là et maintenant on est ici ! On est encore numéro deux mais on va être numéro un !« , lança la David Oyelowo sur scène. La séduction fut à son comble lorsqu’est apparu l’acteur anglais d’origine nigériane pour souhaiter la bienvenue au public dans une performance bluffante, donnant ainsi le ton de la soirée. Lui, vient présenter A United Kingdom d’Amma Asante, et Queen of Kwate de Mira Nair dont il partage l’affiche avec Lupita Nyong’o (12 Years A Slave).
Egalement très attendu, le film historique 76 d’Izu Ojukwu (Sitanda, White Waters) avec les stars Rita Dominic (Shattered), Ramsey Nouah (The Figurine) et Chidi Mokeme (Gulder Ultimate Search). Une histoire d’amour entre deux personnes de tribus différentes dans le contexte d’après-guerre des années 70 dont les images rappellent celles des films de la Blacksploitation aux États-Unis. Une production qui a nécessité des moyens financiers plus importants (3 millions de dollars US) vu les besoins de restitution historique et la taille de l’équipe. Aussi, la durée du projet est assez exceptionnelle : deux mois de répétition et quatre mois de tournage. Fait rare dans l’industrie nigériane connue pour tourner des films en quelques jours.

Green White Green (vert blanc vert, comme les couleurs du drapeau nigérian) d’Abba T. Makama avec Ifeayni Dike Jr. est sans doute le film à voir en guise d’introduction au phénomène Nollywood pour un public encore vierge. À travers l’histoire de trois jeunes nigérians de classe et d’aspiration différentes, les traits et particularités du Nigeria sont contés par une voix qui balaie l’histoire du pays en en évoquant des personnalités.

L’ouverture vers un marché américain ?
Maintenant que ces films ont fait leur entrée par la grande porte en étant projetés sur les grands écrans du plus important festival international de film en Amérique – en général, les films nigérians font rarement l’objet d’une sélection en festival international – quid de la réception ?
D’une part auprès du public nord-américain, par excellence torontois, réputé comme étant influent car susceptible de porter un film vers la course aux oscars, notamment grâce au prix du Choix du Public, comme démontré les années précédentes. D’autre part, auprès des investisseurs, distributeurs étrangers, toutes plateformes confondues (salles, télévisions, DVD, plateformes en lignes telles que Netflix, etc.) dans le but d’étendre le marché, certes déjà important au Nigeria, en Afrique et même dans la diaspora, mais très infecté par le piratage qui limite fortement l’impact financier.
La quantité ne constitue plus un frein depuis longtemps : « Des films, on en produit ici et là. C’est de support, de financement et de coproduction qu’on a besoin« , explique l’actrice Geneviève Nnaji, une star qui compte quelques 80 films à son actif.
Le réalisateur Kunle Afoyolan (The CEO, October 1) va dans lui aussi dans le sens d’encourager les coproductions comme porte d’entrée à la distribution : « Slumdog Millionnaire était une coproduction qui a mené à une large distribution internationale« , avance-t-il. « Pourquoi ne verrait-on pas une Geneviève Nnaji jouer aux côtés d’un Denzel Washington ? Ou OC Ukeje auprès de Thandie Newton ? « .
Ces collaborations pourraient encore être plus subtiles en engageant des acteurs nigérians dans des films américains par exemple. Geneviève Nnaji reproche aux productions étrangères et surtout américaines de se tourner vers un acteur africain-américain pour interpréter un rôle nigérian plutôt que de recruter un acteur nigérian : « Les coproductions ne devraient pas s’arrêter qu’aux lieux de tournage en terme de collaboration mais se pencher aussi sur les auteurs et les acteurs« , renchérit-elle.
Qu’attendre du public nord-américain ? Qu’espérer de la vitrine offerte par Toronto ? Comment conclure de nouveaux marchés ?
De ce qui ressort des rencontres à Toronto, Netflix est sans doute la plateforme la plus sollicitée et s’avère être la solution la plus adéquate pour répondre au besoin d’expansion de Nollywood.

///Article N° : 13759

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© 76 d'Izu Ojukwu
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© 76 d'Izu Ojukwu
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© Green White Green, d'Abba T. Makama
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© Green White Green d'Abba T. Makama
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The wedding Party, de Kemi Adetiba
The wedding Party, de Kemi Adetiba