Nothing but the Truth (Rien que la vérité)

De John Kani

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Sous des apparences de comédie, le truculent Nothing but the Truth (Rien que la vérité) fait un lien direct entre le deuil personnel et le deuil collectif. Il est situé dans la période post-apartheid où le deuil concerne en premier lieu la violence dont le pays a du mal à se défaire. Ce deuil ne peut faire l’impasse du très actuel sentiment d’injustice de la communauté noire sud-africaine toute entière après les sacrifices encaissés. Tiré de la pièce du dramaturge et homme de théâtre sud-africain John Kani qui le réalise et l’interprète lui-même, c’est ce que le film manifeste et développe. Sa force réside dans la complexité du personnage principal et de sa situation, qui met en pièce bien des idées reçues.
L’émotion est là, dans la dure histoire d’un homme que Kani nous livre en flash-backs, de façon fort classique dans la mise en scène mais avec un récit édifiant. Le retour des cendres de son frère Themba, héros de l’ANC exilé, alors qu’on attendait son cercueil pour des funérailles en règle, fait écho à la mystification de plus grande échelle dont Sipho (John Kani) comme tant d’autres a été victime. C’est finalement les héros de la lutte contre l’apartheid qui sont en cause, non dans leur dévouement mais dans leur opportunisme qui se manifeste aujourd’hui à travers une nouvelle classe privilégiée. Sipho incarne l’abnégation de ceux qui sont restés au pays à se coltiner le racisme, mais aussi la déception du quotidien après la victoire de 94. Ses révélations de plus en plus tragiques montrent combien son abnégation devait aller loin.
John Kani fut lui-même un activiste, emprisonné en 1976 en raison de l’impact de son travail théâtral, ce qui donne un intéressant écho à cette relecture historique. Son frère fut tué durant les émeutes contre l’apartheid de 1985, ce que Kani évoque dans le film à travers la relation entre Sipho et son fils qui voudrait manifester. Penchant résolument pour la réconciliation plutôt que la revanche, Kani insiste davantage sur la justice que sur un pardon trop rapide. Il n’évite pas la reprise d’un discours théâtral à la faveur de nombreuses scènes de révélations et de confrontations, mais le recours à la tragi-comédie arrondit les angles. Cela permet à Nothing but the truth d’explorer comment, à l’image d’un pays, une famille peut conserver son unité malgré le dévoilement de la vérité.

///Article N° : 9462

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