Nouveautés du disque

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NO BLUFF SOUND, Nobluffsound / Wagram Music / 2004
Versez dans un shaker une bonne dose de Jungle-Drum &Bass, un soupçon de Reggae, une poudrée de Funk, un zest de Jazz, une poignée de sonorités africaines, une pincée d’électro et de techno, un ronflement de guitares pop, secouez vigoureusement et servez chaud. Ce cocktail détonnant nous plonge dans le son multiethnique de « Nobluffsound » un album de onze tires d’une musique contemporaine vigoureuse, roucoulante, nostalgique, souterraine et aérienne à la fois, marqué par une atmosphère sub-urbaine.
Le groupe et l’album éponyme sont né de la rencontre de huit musiciens franco-africains. Depuis bientôt dix ans, Jérôme Sallenave et Karim Hamida (basse, batterie et machine), accouplent les musiques traditionnelles des continents et celle d’aujourd’hui à la tête d’un collectif musical international. En 2001, ils se fondent avec six autres accrocs du métissage musical et participent en 2002 aux « Découvertes » des Printemps de Bourge sur le plateau électro où ils font un carton. Le public habitué aux étiquettes de repère ne sait dans quelle case loger ces furieux aux multiples facettes.
Ils flirtent avec la Funk (NSP). Ils la jouent poétique et planante (Yermunde) ou carrément nerveuse (I’llDynamite). Ils donnent dans la dérision et se font drôles (Montey, Blim Blow). Et quand ils plongent dans le Reggae casamançais, la couleur se rapproche des Touré Kunda.
Bref ! ce coup d’essaie nous promène à travers les mers et les océans des continents et s’offre les chances d’un coup de maître.
MEIWAY, Golgotha / Lusafrica /BMG / Eté 2004
Ce dixième album marque les quinze ans de carrière de Frédéric EHUI alias Meiway. La recette reste la même depuis « Ayibebou » en 1989. Une belle voix, une musique festive servie par des riffs de cuivres, des nappages de synthé, soutenue par les emprunts traditionnels (Abodan, Grolo, Sidder, Fanfare…) du terroir akan de Côte-d’Ivoire et du Ghana Une variété de chez variété pas particulièrement novatrice.
Golgotha ne résiste pas à l’exploitation du filon des pourcentages du « Zoblazo » (le style Meiway) qu’il décline depuis 1991. Il se fait discret ce coup ci. La suite des pourcentages ne s’affiche qu’en quatrième de couverture en se contentant d’ouvrir ses 14 compositions par un prélude de 1,02mn titré : 800%,
L’inspiration et certains textes de « Golgotha » se nourrissent à divers râteliers et risquent de traîner des casseroles d’opportuniste derrière notre Meiway national.
« …Qui a dit qu’en Côte-d’Ivoire il y a la guerre ? C’est faux ! Ivoirien n’aime pas palabre, Ivoirien n’aime pas pistolet…toi pyromane tu as mis le feu, Meiway va l’éteindre… » Ainsi dans « kkmou prudencia » il embouche le cor de cette génération spontanée d’artistes nés de la culture de la guerre en Côte-d’Ivoire. Ceux affichant volontiers leur choix de porte voix et leur fonction de laudateur du régime au nom du patriotisme nationalisme.
 » Papa Kouyaté, bailleur de fonds…Bourahima Diomandé, kolo’n fatchè (le père de la fortune), l’homme qui mange la vie…) ; ces extraits de DJ Tassouman installent Meiway dans le « Coupé Décallé », genre apologique des flambeurs et frimeurs, une invention des DJ et autre animateurs. Dernier avatar des rythmes urbains le « Coupé Décallé  » se reclame du Zouglou qui est à la base plutôt une musique d’indignation de protestation et de revendication de la jeunesse ivoirienne.
Dans « Bami Power », il emprunte des tranches de batterie au Soukous (rythme des Congo) et tombe pieds joints dans la sempiternelles pratique des dédicaces du N’Dombolo et cite une chaîne de personnalités bamilékés, ethnie du Cameroun bien implantée dans la finance.
Les incessants alléluia et amen (800% ; Golgotha) donnent dans le prosélytisme des nouveaux prophètes syncrétiques qui sévissent sur le terrain de la misère sous les tropiques. Tous ces constats impriment malheureusement des allures racoleuses à Golgotha.
GANGBE BRASS BAND, Whendo (Racines) / Contre-Jour / 2004
Pour la troisième fois en dix ans de parcours, le Gangbé (son du métal) Brass Band retentit avec « Whendo » (Racines). Les Béninois toujours déterminés à confronter leurs sources traditionnelles au Jazz, offrent une musique vivante, foisonnante, ronde et voluptueuse, consignée dans 14 titres aussi chaleureux les un que les autres.
Un somptueux dosage de cuivres, de cloches et de percussions du culte vaudou. Le « gbon » (talking-drum) et les cuivres s’interpellent. Les cloches et l’Agomè (percussion en terre cuite)
se font complices. Les voix dialoguent avec l’ensemble de l’artillerie pour distiller un genre « mutant » qui plonge ses racines dans le sacré et le Jazz. L’album porte en épingle les préoccupations majeures de l’Afrique, écrasée par les pouvoirs totalitaires et les guerres (Awhan-Ho), lance un appel aux forces vives et surtout aux cerveaux qui fuient
le continent (Gbedji), prend fait et cause pour les filles mères et dénonce les amours traites (Oblemou), rend hommage au modèle qu’est Fela (Remember Fela)…
Cet album du Gangbé Brass Band montre qu’on peut être artiste africain s’appuyant sur ses racines et marier sa musique avec d’autres expressions sans reproduire le cliché folklorique ni verser dans les lieux communs de la world.
Compilation : COULEUR CAFE / Couleur Café / BMG / 2004
Si pour les mortels 15 ans, c’est le cœur de l’adolescence, pour le Festival Couleur Café, événement musical multiethnique qui se tient fin Juin sur l’impressionnant site de Tour & Taxi à Bruxelles en Belgique, c’est l’âge de la maturité confirmée. L’événement méritait donc d’être immortalisé par un album qui reflète l’atmosphère bigarrée et l’esprit de partage et d’échanges de ces rencontres annuelles en Wallonie.
Des Caraïbes à l’Afrique les 18 titres tracent une diagonale de Ska façon européenne (Gato Lopez), un reggae tantôt aux accents latins (Emigrantes) tantôt lourd et menaçant, expression des années de violence de la Jamaïque (Marcus Garvey, The Same Song). Le tracé passe par l’électro-brésilien de Zuco (Outro Lado), la Morna du Cap Vert (Besame Mucho)
et le Sahel africain (Wamba, Wassiye, Shakin’ The three), bref. L’ensemble de l’oeuvre traduit les couleurs arc-en-ciel du festival qui cultive amoureusement les traditions, l’urbanité et la tolérance et qui réserve au fil des ans une place confortable à l’expression africaine.
Compilation : LE MONDE EST UN VILLAGE / RTBF / Virgin / (WBM / CECLCR) / 2004
Depuis 1998 « Le Monde est un Village » programme musical de la Radio Télévision Belge Francophone (R.T.B.F) génère des rencontres et des découvertes musicales consigné dans une compilation. L’émission et le support servent de levier à des artistes pas encore très connus du grand public et qui sont des adeptes des musiques traditionnelles européennes et orientales dans la Communauté Française Wallonie Bruxelles.
La cuvée 2004 (cinquième édition), rassemble cinq formations d’expression roots où guitares acoustiques, contrebasse et violons jouent les maîtres cordes.
Valerio, offre une couleur irlandaise énergique et flottante. Lulebore visite les Balkans pour extraire un son syncopé marquée par la rondeur de la contrebasse. YS, des voix femmes sublimes et haut perchées, d’une délicatesse infinie qui restituent un poème gallois de Liz Hugues Jones. Avec son accordéon, sa flûte et sa basse Turlu Tursu fonde l’Europe, l’Inde et l’Orient dans un même creuset et sert une orchestration minimaliste invitant à la fête.
Trio Trad et Perry Rose concluent le CD en plongeant tête baissée dans l’âme celte avec efficacité et spontanéité. Au total 14 titres d’une musique légère, apaisante et sensuelle.

///Article N° : 3465

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