Palmwine connection I. Le retour de Papa Funky

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A 77 ans, le légendaire bluesman nigérian Fataï Rolling Dollar, celui que l’on surnomme  » Papa Funky « , redécouvert par Keziah Jones, est enfin de retour sur la scène musicale du continent africain. Après avoir sombré dans l’oubli durant près de trente ans, le vieux fauve rugit de nouveau dans la jungle urbaine de Lagos : « I am like a tiger and all my body is ready for action. »

 » When I play this music, I feel high, very high life ! (je suis au septième ciel) «  me déclare Fataï Rolling Dollar, dernière légende vivante de la musique high-life. Son nom Yoruba traditionnel est Fataï Olagunju et son surnom  » Rolling Dollar  » provient de sa prime jeunesse, quand au football il était capable de dribler une pièce d’un demi shilling. Il travailla d’abord comme docker dans le port de Lagos puis fut mataf’sur les cargos de la compagnie maritime Palm Line qui faisaient le cabotage le long de la côte ouest africaine et desservaient les ports de la Sierra Leone au Congo : Freetown, Monrovia, Accra, Lagos, Douala, Pointe Noire, Luanda… C’est lors de ses escales que Fataï Rolling Dollar apprit les différents rythmes africains qu’il convertit en une douce palmwine music au son mélodieux de sa guitare de troubadour.  » Quand j’étais marin sur la Palm Line Shipping Compagny, je faisais souvent escale à Accra et j’allais écouter de la palmwine music twi à l’Old Timer dans Jamestown, le quartier du port. A l’époque, les Ghanéens jouaient le kokoma sound. « 
C’est en 1953 qu’il entame réellement sa carrière musicale aux côtés du guitariste J.O. Araba et du sax ténor Ishola Willie Paine au sein du groupe The Afro Skittles, dans un club de colons anglais de Victoria Island à Lagos. Cet  » Afro-band  » mélangeait déjà les sons ghanéens de la palmwine music avec des rythmes traditionnels Yoruba, enrichie avec des touches de jazz, calypso et afro-cubaines… Il contribua à l’émergence de ce rythme fusion qu’est le high-life qui influencera la révolution musicale des années soixante avec des artistes comme Fela Anikulapo Kuti, King Sunny Ade qui popularisera la chanson de Fataï Easy Motion Tourist, et Ebernezer Obey.  » Ebernezer nous payait au lance-pierre. Le plus souvent : une bouteille de bière et un peu d’argent pour le transport. «  Dans les premières années de l’indépendance du Nigeria, The Afro Skittles enregistra des dizaines de 78 tours pour Phillips dont les succès les plus populaires furent  » Ranka Dedei «  et  » Ogba oya ya « .  » Je jouais aussi au Mainland Cave Hotel avec Ayinde Bakare qui utilisait une six cordes. C’était le maestro de la guitare juju. On avait un son d’enfer. En ce temps-là, il y avait encore de la brousse dans ce coin de Lagos…  » Le début de la traversée du désert de Fataï Rolling Dollar commence avec la perte de ses biens durant l’incendie de la Kalakuta Republic de Fela et la répression du régime militaire de la fin des années 70 qui mit un frein brutal à sa carrière.
Aujourd’hui,  » Papa Funky  » revient sur le devant de la scène, propulsé par son manager Olakunle Tejuoso et le label JazzHole. Après son album du come-back sobrement intitulé  » Fataï Rolling Dollar Returns « , son  » Live in Morocco  » enregistré lors de sa prestation au Festival des Musiques du Monde de Rabat en mai 2003, il a publié son dernier opus musical en mai 2004, toujours sur le label nigérian JazzHole :  » Won Kere Si Number « .
C’est maintenant l’heure de la reconnaissance pour Fataï Rolling Dollar and His New Millenium Band toujours prêt à faire swinguer les cœurs au rythme chaloupé du high-life, sur le tempo de sa chanson fétiche Easy Motion Tourist :  » A ba tourist ke le le… Ka ma jiya ka to laye… Nitori won tilekun mo’mo onile… Easy Motion tourist ke le le…« 

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Les images de l'article
Fataï Rolling Dollar © Patrice Montfort





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