« Pas de généralités dans ce métier »

Eliane Petit, attachée de presse

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On ne la voit pas toujours, cachée qu’elle est derrière la scène. Attachée de presse depuis 30 ans, Eliane Petit est de ces petites mains qui ramènent les succès à l’affiche.

Un disque, un concert, une tournée. Son travail commence par l’éternel petit communiqué de presse, se poursuit sous forme de relances. Des heures passées au téléphone à demander si le disque est bien parvenu à la bonne adresse, si on l’a écouté, si on vient voir le spectacle. On lui confie un artiste  » pour le défendre au mieux «  dit-elle. Un bon service de presse peut remonter la cote d’un artiste. Il y est question de se battre pour un objet dont le succès n’est pas toujours garanti, en espérant convaincre le journaliste dont le super papier fera tâche d’huile.
Eliane reconnaît que le doute parfois vous gagne. Elle fait ce métier depuis plus de 30 ans. Elle a commencé presque par hasard au Palais des Glaces à Paris. S’est formée sur le tas, en accompagnant des artistes comme l’Haïtienne Mimi Barthelemy ou le Brésilien Baden Powel, après avoir tâté de l’administratif. Elle s’est ensuite retrouvée au Théâtre du Forum. Les Rita Mitsouko, Morane ou encore Kent lui ont donné l’envie de poursuivre :  » Mais je ne me voyais pas faire ce métier dans la chanson française. Ce n’était pas ma came. «  Besoin de cheminer sur d’autres sentiers. Elle a alors bifurqué vers la world.  » Ça m’a permis de voyager « . Affaire de tempérament ! Elle avait déjà un parcours Maghreb au compteur.  » J’ai bossé avec des Africains, des Brésiliens, des Cubains, rencontré des gens énormes, des Joao Gilberto, des Caetano Veloso… « 
Eliane se fait vite un nom. Elles ne sont pas des milliers à travailler dans le Paris world des eighties, bien que le succès des musiques du Sud suscite alors des vocations en pagaille. Elle pense surtout avoir eu du bol, d’autant qu’elle n’a jamais eu à faire  » chier pour un papier qui n’arrivait pas. Souvent, j’en ai amené, des journalistes sur mon terrain « . Elle admet que l’on puisse ne pas apprécier.  » C’est en ça qu’ils ont une intégrité.[Les journalistes] peuvent détester et le dire. Mais c’est quoi l’intérêt de les voir écrire sur un album qu’ils trouvent nul ? » Eliane sait quand est-ce qu’il faut s’arrêter. L’intelligence du métier conseille la patience :  » Je me suis souvent appuyé sur un premier papier envoyé à tout le monde pour que chacun se dise  » Ah oui effectivement voilà ».
Un premier papier que l’on n’obtient pas toujours. Souvent, il faut ramer. Mais qui a dit que la promo d’artiste était une chose facile ? Il arrive même qu’un producteur vous incrimine. « C’est ça le problème dans ce métier. Quand ça marche, ce n’est jamais de ta faute, mais quand ça ne marche pas, c’est toujours de la tienne. «  Elle en rigole, presque. Certains, l’artiste en premier lieu, s’en prennent à l’attachée de presse pour masquer leurs limites. Il faut bien que quelqu’un trinque. Eliane, petite dame au franc parler qui démonte, mesure ses mots, quant aux stratégies à déployer.  » Le pipeau, c’est pas mon truc « . Elle reste humble.  » Je peux dire ce que je ressens. Après, il y a peut-être des gens bien meilleurs que moi. Il y en a pleins, qui, eux, eux n’ont pas de réticences à faire du buzz autour de rien. Ça, je ne sais pas faire . « 
Show case permanent
Si le talent est là par contre, Eliane ne lâche pas l’affaire. Elle se souvient du cas Tcheka. Un guitariste cap-verdien. En pleine promo, elle tombe sur un journaliste de Guitare Magazine.  » Je dis attends, mais écoute comment il joue le mec. C’est de la folie ! «  Et Eliane de revenir à la charge. « Il a fallu que je le relance plusieurs fois pour qu’il accepte. Quand il a écouté, il m’a tout de suite envoyé un mail, disant  » oui merci de m’avoir alerté « . Et il m’a fait une page. «  Le bon plan pour  » vendre  » son artiste est de toujours savoir que le journaliste n’est pas acquis à votre cause, qu’il est trop sollicité, et ne dispose que de très peu d’espace. Ça n’arrête pas Eliane pour autant.  » Car il n’y pas de généralités dans ce métier « . Les voix du succès étant impénétrables, nul ne peut le prédire.  » C’est tellement subjectif, un album […] Des fois, c’est toi que tu remets en question « .
N’empêche ! Eliane mise sur bonne foi des journalistes.  » Ils ne sont pas tous sourds quand même ! «  Sa relation avec eux se veut riche, nourrie.  » Il arrive que les potes journalistes me filent eux-mêmes des arguments. Ils me disent que le disque est top, qu’il y a ci ou ça, alors que moi j’étais un peu passé à côté « . La promo invite à naviguer au travers d’un réseau complexe. Ses potes sont un atout. Elle les appelle en premier, parce qu’ils décrochent le téléphone. Ce qui booste pas mal, au début d’une campagne.  »  Ca me donne du courage. En fait, je teste avec eux « . Pour saisir l’intérêt qu’il peut y avoir sur un album :  » Ce n’est pas évident, quand t’as trois ou quatre albums à défendre en même temps « . Les potes vous réduisent le doute à néant, et vous permettent de saisir les tendances.
Il y en a parmi les journalistes qui ne te répondent même pas.  » T’es dans la world déjà, t’es une indépendante, t’es pas dans une major « . Car Eliane reste une indécrottable  » indé « . Les majors ne font appel à ses services que lorsqu’ils se sentent en terrain miné. Défendre la world n’est pas donné à tous. C’est ainsi que BMG l’a recruté pour la diva aux pieds nus. Son staff presse ne connaissait pas le Cap-Vert, et ne se sentait pas de défendre Cesaria. C’est donc Eliane qui s’y est collée. L’intérêt dans ce cas, c’est que les journalistes sont tout ouïe.  » Les majors, ils ne peuvent pas trop les envoyer valdinguer, parce que le jour où ils ont Johnny Hallyday alors que tu ne leur a pas répondu sur un autre artiste, ils te font la nique. Les majors, ils peuvent négocier. Nous, on ne peut rien négocier « . Surtout lorsqu’on travaille avec l’Afrique. Un vrai challenge dans la France de ces dix dernières années.  » Je vois comment on galère pour Africolor, alors qu’on a 30 ans d’existence. Ça redevient dur. « 
L’impression de pointer en show case à chaque nouveauté.  » Je ne fais [plus]que du développement avec l’Afrique « . Comme à l’époque où elle pointait avec Salif Keita, figure connue, pourtant, dans les rédactions parisiennes. Le prince du Mandé avait toutefois un  » super album «  à défendre : Folon. Un bon cru ! Depuis, il n’est plus redescendu de son perchoir.  » Il est toujours là, Salif « . Il est vrai aussi que les médias français intègrent de moins en moins ces musiques.  » Pour écouter de la world, maintenant, il faut se lever de bonne heure. «  Pourtant, les salles ne désemplissent pas. Le public prend les concerts d’assaut.  » Il y a un vrai décalage. Les gens aiment ces musiques. Mais ce n’est pas ce qui passe en radio, ni en télé « . Sans parler des médias  » spé  » qui disparaissent du paysage parigot. Vibrations, Mondomix, Nova Mag.  » Il y avait pas mal de canards sur la world. Et puis il y avait des pages, même dans Le Nouvel Obs. Il n’y en a plus… « 
Discrète, Eliane ne dit pas ce qu’elle gagne. La facturation du service s’effectue au cas par cas. Un sujet que l’ensemble du métier évite d’aborder. Eliane préfère vanter à la place ses rapports avec les artistes. Excellents ! Même les réputés difficiles – et on ne citera pas de noms – finissent par l’adorer. Certains ne conçoivent pas de sortir leur prochain disque, sans elle. Rassurant pour quelqu’un qui donne plus que le meilleur de son métier aux artistes. Eliane a fait la nounou pour les uns, joué au coach média pour d’autres, influé jusque dans la programmation d’un festival pour obtenir une date.  » Je l’ai fait pour beaucoup de mes artistes, quand j’aimais leur travail, que j’étais motivée. Mais pas avec tous « . Elle cite Bonga en exemple.  » C’est vrai que je lui amenais des plans « . Elle apprécie le prodige angolais et n’hésite pas à jouer de ses relations pour le revoir à l’affiche. Un boulot de tourneur ou de manager, à priori.

///Article N° : 13051

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© S.E/ W.I




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