Pascale Anin, Les immortels (à paraître aux éditions Lansman)

Extraits

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Scène 6 : L’enfant

Lui : Allez, ce soir pour nos retrouvailles, buvons du whisky.

Tony :
D’accord un petit verre de whisky pour nos retrouvailles…
Mm… juste un petit verre. Une larme…
Ca fait du bien.

Hermann :
Ne perdons pas de temps.
A toi de commencer chère Tony.
Raconte-nous un peu comment se passe ta vie, ton travail.

Tony :
Les histoires de bureau, rien de palpitant, l’éternelle rengaine.
X tente de séduire Y, mais Y résiste aux attaques de X prétextant le mariage de X.
Petit jeu sans fin, X change de tactique et s’intéresse à une autre Y
Y tombe dans le filet et elle se fait mal.
Elle en profite pour donner le change à X.
Finalement ni X ni Y, n’ont réussi à répondre à leur demande.

Hermann :
Toutes les vies sont les mêmes, ma chère Tony.

Lui :
Entends-tu notre cher ami.
Toujours aussi philosophe, pragmatique, sage.
La vacuité des situations…

Tony :
Et toi… Dis-moi ce que tu as fait pendant toutes ces années.

Hermann :
J’ai refait ma vie, je me suis installée dans cette ville.
Je suis devenu commercial. Rien de palpitant.
Je n’ai pas rencontré de femme avec qui vivre.
Je suis trop vieux pour ça, trop vieux pour me mêler à trop d’étrangeté.
J’ai suivi ma vie avec tout ce qu’elle m’a apporté.

Lui :
Sage Hermann, toujours le même…
Ce cœur si pur.
Tu as dû être Taoïste dans une vie précédente

Hermann :
La connaissance du passé…..

Lui : Est le chemin qui mène au destin

Hermann :
La richesse de demain

Tony :
Je l’ai vu cet enfant.
Il est venu, il est revenu dans mon rêve.
Il est venu comme viennent les esprits, dans le sommeil…
Il ouvre la porte de notre maison, il franchit le seuil, il traverse le couloir, lentement.
Il se dirige comme s’il avait toujours connu la maison.
Il entre dans le salon et il s’approche de moi.
Il s’assoit en silence sur ce fauteuil en cuir. Il me regarde.
Ses yeux semblent tendre leur bras vers moi. Il me fixe de ces deux étoiles.
Cet instant ne finit pas

Simon :
Maman, tu me reconnais. Maman, c’est moi.
Maman, je suis là toujours à tes côtés.
Maman, tu sais pourquoi je suis là et je vais devoir le découvrir. Maman, ne t’inquiète pas. Maman, ne t’inquiète pas, je ne veux pas te faire de mal.
Maman, tu sais pourquoi je suis là et c’est à moi de le découvrir. Maman, ce jour-là, près de la maison, la mer grondait et le ciel se déchirait en éclairs. La lumière est devenue rouge, orange.
Les vagues étaient comme des monstres hurlant, se déchaînant.
Ce jour-là, maman, j’ai eu si peur, j’ai eu si peur.
Dis-moi pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ta main, ta tendre main m’enfonçait la tête dans les profondeurs de l’Océan pendant que ton autre main, ta chère main, serrait les miennes très fort
pour que je ne puisse pas me débattre.

Tony s’évanouit.

Tony :
Au secours… à l’aide… je me noie.
Aidez-moi. Je me noie. Je ne peux pas crier, ma gorge se referme.
Je ne peux pas crier, mes poumons se déchirent
Au secours, je me noie, aidez-moi.
J’ai peur. S’il vous plaît, aidez-moi… je me noie
Je me noie aidez-moi, j’ai peur.
Je vous en supplie. Ma pensée s’éloigne de moi.
Tiens-moi, tiens-moi la main.
Serre-la très fort, serre-la très fort une dernière fois.
Mon âme rugit dans l’anxiété
Prends ma main.

Lui :
Calme-toi Tony, respire, respire fort.
Tu m’entends ? Tu m’entends ?Es-tu avec nous ?

Hermann :
Tiens-la, serre-la bien fort qu’elle ne s’étouffe pas.

Lui :
Tony, reviens, reviens avec nous.
J’ai besoin de toi, je t’aime, j’ai besoin de vous, je vais prendre soin de toi…
Je serais là… je serais là même quand je n’aurai aucune envie d’être là.
Reste, reste avec moi….

Hermann :
Laisse-moi m’occuper d’elle. Calme-toi.
Tu es infirmier mais comme on dit « Nul n’est prophète en son pays ». Ca va aller, un peu d’eau, du calme, et tout ira mieux.
Tout ira mieux, je te le promets.

Traduction en anglais de Philippa Wehle, The Lost Child
Scene 6 : The child


Him :
Let’s have a drink to celebrate our reunion.

Tony :
Good idea. A whisky to celebrate our reunion.
Mmm… just a small glass. Just a drop…
It feels good. That hits the spot.
Hermann :
Let’s not waste any time.
You go first, dear Tony.
Tell us something about your life, your job.

Tony :
Office stories aren’t exciting. Same old same old.
X tries to seduce Y but Y resists his advances using X’s marriage as an excuse.
It’s endless game playing. X changes his approach and tries it on another Y.
Y falls into the trap and gets hurt.
She takes advantage of that to get even.
In the end neither X nor Y gets what they wanted.

Hermann :
All lives are the same, dear Tony.

Him :
Listen to our dear friend,
Always the philosopher, practical and wise.
Such superficial situations…

Tony :
What about you ?…Tell me what you’ve been doing all these years.

Hermann :
I changed my life. I settled down in this city.
I became involved in business. Nothing exciting.
I never found a woman I wanted to live with.
I’m too old for that, too old to get mixed up in unfamiliar things.
I’ve lived my life with everything it has brought me.

Him :
Wise Hermann, still the same…
Such a pure heart.
You must have been a Taoist in a former life.

Hermann :
Knowledge of the past…

Him :
Is the road that leads to destiny.

Hermann :
The richness that tomorrow brings.

Tony :
I saw that child. He came and then he came back to me in my dream.
He came like a ghost, while I was sleeping…
He opens the door of our house, crosses the threshold and goes slowly across the hallway.
He moves around as if he’s always known this house.
He goes into the living room and comes over to me.
He sits down, on that leather chair, saying nothing. He looks at me.
His eyes seem to hold out their arms to me. He stares at me with those two stars.
This moment doesn’t end.

Simon :
Mama, you recognize me. Mama, it’s me.
Mama, I’m always here by your side.
Mama, you know why I’m here and I’m going to have to find out why.
Mama, don’t worry. Mama, don’t worry. I don’t want to hurt you.
Mama, the sea was grumbling that day, Mama, near the house, and the sky was torn with bolts of lighting …
The light became red and orange.
The waves were like screaming monsters gone wild.
Mama, I was so afraid that day. I was so afraid.
Tell me why ? Why ? Why did your hand, your sweet hand plunge my head into the depths of the ocean while your other hand, your dear hand, squeezed mine so hard that I couldn’t struggle ?

Tony faints.

Tony :
Help… help me… I’m drowning.
Help me. I’m drowning. I can’t scream. My throat is closed up.
I can’t scream. My lungs are bursting.
Help. I’m drowning. Help me.
I’m scared. Please help me… I’m drowning.
I’m drowning. Help me. I’m frightened.
I beg of you. I’m losing my mind.
Hold me. Hold my hand.
Squeeze it really tight. Squeeze it really tight one last time.
My soul is bursting from the anxiety.
Take my hand.

Him :
Calm down, Tony. Breathe. Take a deep breath,
Do you hear me ? Do you hear me ? Are you with us ?

Hermann :
Hold her. Hold her tight so she doesn’t suffocate.

Him :
Tony, come back. Come back over here with us.
I need you. I love you. I need you. I’ll take care of you…
I’ll be here… I’ll be here even when I won’t have any desire to be here.
Stay, stay with me…

Hermann :
Let me take care of her. Calm down.
You are a nurse but as they say « No man’s a prophet in his own country. »
It’ll be allright. A little water, calm, and everything will be fine.
Everything will be fine. I promise you.

///Article N° : 9355

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