Phuphuma Love Minus, l’élégance contre l’oppression

Le musée du Quai Branly – Jacques Chirac accueille, jusqu’au 2 avril, la bande du Phuphuma Love Minus. Joyeux ambassadeurs d’une danse traditionnelle sud-africaine née sous l’oppression de l’apartheid.

« Ils se connaissent depuis l’âge de 5 ans », prévient Nhlanhla Mahlangu, directeur artistique et manager du groupe Phuphuma Love Minus. « C’est à l’école primaire qu’ils ont esquissés les premiers pas de cette danse traditionnelle réservée aux hommes et que l’on appelle, en zoulou, l’Isicathamiya (Pas léger) ». Elle se caractérise par des mouvements souples et maitrisés, des gestes amples et des pas feutrés. Seules les voix graves et harmonieuses des onze interprètes viennent souligner cette danse mise en sourdine.

Les origines de l’Isicathamiya prennent leurs racines dans les camps de travail aménagés dans les townships de Johannesburg durant l’apartheid. Ces hommes de la campagne étaient alors parqués en ville, dans des compounds (1), contraints à un travail laborieux et muet, l’âme réduite au silence et le corps à la tâche. C’est là, dans la clandestinité, que ce sont développées ces danses et ces chants, qui leur permettaient d’exprimer et d’expier les douleurs et les peines d’une vie qui ne leur appartenait déjà plus. Et les voilà qui dansent, qui tournent et qui virevoltent. Les enjambées sont amples et souples, les corps sont agiles et les esprits aux aguets. Il ne faut pas être vu, il ne faut pas être attendu mais on chante car « dans la culture traditionnelle sud-africaine, on n’isole jamais le corps de la voix, le chant accompagne la danse » souligne Nhlanhla Mahlangu. Mais qu’on ne s’y méprenne pas. Ce soir, l’ambiance est à la fête. On danse, on chante mais on rit, aussi beaucoup, sur scène … et dans la salle pour ce spectacle conçu en 2013 et qui tourne en Europe depuis l’année dernière.

Qu’ils sont beaux dans leurs costumes cintrés ! Qu’ils sont élégants avec leurs chaussures cirées ! Nhlanhla l’explique, ces allures de dandy sont comme un pied de nez à l’oppresseur. Ces hommes, à qui la parole a été confisquée, se sont mis à adopter la culture du colon, à singer ses tenues, à s’approprier son apparat et finalement, à lui prouver qu’à travers ses propres codes, ils pouvaient le surpasser en élégance et en style. « You see, my suit is better than yours ! », semblent ils scander à la face du patron. Du dandysme militant, en somme !

Aujourd’hui, l’esthétique et le style de l’Isicathamiya se sont transmis de générations en générations. Mais les plus jeunes qui le pratiquent encore dans les townships de Johannesburg ne connaissent, pour la plupart, pas grand-chose de son origine et de sa signification.

Sans le savoir, ils gardent vivant l’héritage d’une culture traditionnelle, née dans la contrainte et qui s’est affirmée dans l’oppression. Héritage qui sans nulle doute, va poursuivre son voyage puisque le groupe continue à se produire lors d’évènements culturels en Afrique du Sud et qu’une tournée européenne (en France et en Belgique) se prépare pour 2018.

(1)En Afrique du Sud, à partir de la fin du xixe siècle et durant l’apartheid, les Compounds étaient des sortes de logements-ghettos hébergeant uniquement des travailleurs migrants masculins travaillant dans les mines de diamants de Kimberley (à partir de 1885), puis dans les mines d’or qui ont imité ce système. Ils ont été notamment étudiés et dénoncés par l’anthropologue presbytérien suisse Henri Junod. Sont ensuite apparues des “auberges de même sexe”. Source : Wikipedia

  • Prochaines dates au Théâtre Claude Lévi-Strauss, musée du Quai Branly-Jacques Chirac. Paris
    Le vendredi 31 mars 2017 de 20:00 à 21:15
    Le samedi 01 avril 2017 de 20:00 à 21:15
    Le dimanche 02 avril 2017 de 17:00 à 18:00
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