Politique africaine n°100

Cosmopolis : de la ville, de l'Afrique et du monde

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Alors que se tient à Delft aux Pays-Bas « African Perspectives » événement consacré à l’urbanisme et à l’architecture en Afrique (du 6 décembre 2007 au 25 janvier 2008) et que les 7es Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako (du 24 novembre au 23 décembre 2007) ont choisi pour thématique « Dans la ville et au-delà », il convient de revenir sur le numéro 100 de la revue Politique Africaine, qui proposait une réflexion remarquable sur la ville africaine dans la globalisation.
Publiée par les éditions Karthala, Politique Africaine est une revue pluridisciplinaire d’analyse du politique en Afrique. Créée au début des années 1980 en rupture avec les approches dominantes, elle s’est imposée en France et à l’étranger, comme une publication de référence pour l’ensemble de la communauté « africaniste » internationale. Par la nouveauté de ses questionnements, elle renouvelle profondément la lecture des évolutions du continent et contribue à l’affirmation d’un courant de recherche reconnu au-delà des pays francophones.

Le numéro 100 de Politique africaine, paru en décembre 2005, marquait le vingt-cinquième anniversaire de la revue. Plutôt que de dresser un bilan d’un quart de siècle de transformation de l’Afrique et d’évolution des sciences sociales qui s’y consacrent, la rédaction avait choisi de montrer combien le continent et la recherche africaniste étaient en mouvement et s’inscrivaient pleinement dans le XXIe siècle.
Cosmopolis : de la ville, de l’Afrique et du monde, conçu et coordonné par Dominique Malaquais, chercheur au Centre d’études des mondes africains du CNRS et enseignante à New York et Princeton, traite d’un objet de recherche trop souvent ignoré : la ville africaine dans la globalisation. La ville africaine en tant que lieu de créativité relié au monde et interagissant avec lui. Les auteurs, chercheurs, écrivains ou artistes provenant d’Afrique anglophone et francophone, d’Europe ou d’Amérique, nous parlent d’expériences de globalisation africaine à Lagos, Kinshasa ou Douala mais aussi à New York ou Venise.
Remarquable par la qualité des contributions (1), la revue exprime une pensée originale et exigeante. Parler du fait urbain en Afrique mène parfois à certains écueils comme la fascination pour le déglingué ou l' »ingénieux bricolage » ainsi que leur symétrique, la condescendance, qui déplore l’impuissance des Africains pour mieux les dépeindre comme lointains témoins du mouvement du monde.
La pensée est ici toujours incarnée, propre à s’emparer d’objets conceptuels ou plus triviaux, tels les imaginaires urbains ou les pratiques à l’œuvre dans la musique, les médias, les arts plastiques, la fiction vidéo, la photographie, la danse, la publicité, la consommation ou la cuisine.
Le portrait de l’Afrique urbaine qui se dessine s’appuie sur des approches diverses et complémentaires. On pourra en citer quelques-unes. Villes flux. Imaginaires de l’urbain en Afrique aujourd’hui, de Dominique Malaquais nous parle de l’expérience du déplacement et de la migration au sein de la ville, entre des villes ou entre des continents. Le déplacement ne reste pas simplement un moment transitoire qui relie deux situations mais devient un espace en soi : « Le mouvement se fait lieu » (p 36). Corps, ville, violence. « Why blackman dey carry shit » de Ntone Edjabe, est une traversée sensible, partiale mais raisonnée de l’histoire de l’Afrobeat, qui nous mène de ses origines à sa descendance, en le situant dans un contexte politique. Big Brother, l’Afrique te regarde de Sean Jacobs décrit une expérience de télé-réalité en Afrique du sud et en analyse les enjeux au regard des relations entre l’Afrique et le monde.
La diversité des sujets développés est mise en valeur par la présentation particulière de ce numéro qui associe un volume papier (330 pages) et un DVD. Ces deux supports permettent d’articuler texte, photographie, vidéo, roman-photo, musique et parole. Le caractère multimédia des contenus ajoute cette dimension sensible essentielle à la réflexion sur la ville.
On pense ici à la partie Congo Cosmopolis : 2 villes, 7 regards, qui présente notamment l’exposition virtuelle Kin by Night de Marie-Françoise Plissart et Yves Pitchen sur une musique de Serge et Dechaux, les courts métrages Kwenda-Vutuka Kinshasa et Triptyque sans titre du chorégraphe Faustin Linyekula et de la réalisatrice Luli Barzman, ou le vidéoclip de Bebson de la Rue filmé par Luli Barzman et Fabrice Ziolkowski. On fera également référence à La valeur d’une image, texte de Simon Njami qui développe une réflexion – tant distanciée qu’impliquée – sur l’émergence de l’  » art africain contemporain », et dont la mise en forme intègre couleurs et liens internet.
Entre doutes et optimisme, ces points de vue et analyses, individuels, pluriels et parfois contradictoires, parviennent à construire une vision particulière de l’Afrique. Celle d’un continent travaillé par le mouvement et les flux. Un lieu où sans cesse se reformulent des espaces, des objets et des imaginaires.
Les villes africaines apparaissent ici comme un creuset de la globalisation dont les résidents permanents ou temporaires parviennent à développer une connaissance aiguë du monde bien qu’étant soumis à des systèmes de profondes inégalités. Sans vouloir instrumentaliser le contenu de la revue en ces temps où l’on assiste au retour d’une certaine pensée moisie, on en conseillera la lecture à ceux qui restent convaincus de l’immuabilité de l’Afrique.

(1) Contributeurs :Dominique Malaquais, Roland Marchal,Tahar Bekri, AbdouMaliq Simone, Salah M. Hassan, Lionel Manga, Achille Mbembe, Dominik Kohlhagen, Ntone Edjabe, Sony Labou Tansi, Sean Jacobs, Brian Larkin, Femi Osofisan, Allen F. Roberts et Mary Nooter Roberts, Dana Elmquist, Olu Oguibe, Talla Sylla, Hudita Nura Mustafa, Sarah Nuttall, Alioune Ba et Revue noire, Lesego Rampolokeng, Igor Cusack, Nada Hussein Wanni, Françoise Vergès, Jorge Amado, Simon Njami, Brian Larkin, Hudita Nura Mustafa, Dana Elmquist, Nada Hussein Wanni, Marie-Françoise Plissart et Yves Pitchen, Serge et Dechaux, Kwenda-Vutuka Kinshasa et Triptyque, Faustin Linyekula, Vincent Lombume Kalimasi, Filip De Boeck et Koen Van Synghel, Didier Kissala et Capitaine Flamme, Bawa Basekwi, The New Moon, Mazopo, Bebson de la Rue, Luli Barzman et Fabrice Ziolkowski, Sony Labou Tansi, Patrice Félix-Tchicaya, Nicolas Robelin.Liens internet :
Politique Africaine :
http://www.politique-africaine.com
African Perspectives:
http://www.africanperspectives.nl/fr
7es Rencontres Africaines de la Photographie de Bamako :
http://www.africultures.com/index.asp?menu=affiche_evenement&no_evenement=13988
http://www.culturesfrance.com/pre/medias/dynamic/communique/81/2018.pdf///Article N° : 7177

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