Portrait de bloggeur : João Gabriell

Sous le pseudo João Gabriell se dévoilent les écrits critiques d’un jeune guadeloupéen de plus en plus suivi sur la toile. ses thèmes phares : les diasporas africaines, le genre, le colonialisme, le néolibéralisme.

« J’ai commencé à écrire vers 2010. je me sentais politiquement isolé. Je ne partageais pas certaines analyses sur la négro-phobie, et j’avais envie d’y poser mes propres mots « , explique João Gabriell, proche de la trentaine, installé à Marseille et préférant utiliser un pseudo pour « ne pas mélanger vie professionnelle et activités militantes« . Dans ce troisième blog à son actif, ses mots se veulent argumentés autour d’une lutte antiraciste, anti-impérialiste et anti-sexiste. c’est sous cet angle qu’on peut lire des articles comme « Luttes des quartiers populaires, répression et division de classe parmi les racisés » ou « Ni châtiment divin, ni simple malchance : la situation d’Haïti résulte de l’acharnement des puissances (néo)coloniales » ou encore « Homonationalisme : distinguer ce qui relève de la posture et ce qui relève des faits ». João a la volonté d’ajouter des points de vue critiques aux débats politiques actuels. Et plus particulièrement « creuser ce qui a été omis par la pensée de gauche classique« , qu’il considère souvent eurocentrée, paternaliste et raciste. « Exister c’est exister politiquement » disait Sayad. João Gabriell est affilié au front uni des immigrations et des quartiers populaires de Marseille, espace politisé qui place l’antiracisme politique au centre de ses luttes. politique au sens, pour lui, de « réaction du peuple contre les élites « . Le bloggueur ne croit absolument pas en la politique « d’en haut » et il se démontre sceptique quant aux hommes et femmes noir.e.s dans les institutions car, selon lui, « ils entretiennent la suprématie blanche et participent à l’écrasement des classes populaires« . Intersectionnel dans toutes ses prises de position, il cite Angela Davis comme exemple d’activiste phare car : « marxiste d’un point de vue noir (et féministe) radical« , mais il se dit aussi inspiré par des représentants d’un panafricanisme anticapitaliste comme Thomas Sankara et Kwame Nkrumah ou par le militant guadeloupéen Elie Domota à la tête notamment des grèves de 2009 pour protester contre « la vie chère » et « le pouvoir colonial français ». S’il anime son blog seul, João, titulaire d’un master en sciences sociales, envisage de partager la plume avec des personnes proches de ses préoccupations et stratégies d’action politique, comme le collectif cases rebelles ou « les camarades » du Labo Décolonial de Bordeaux. Une manière de sortir de la dimension virtuelle pour concrétiser un discours alternatif. João explique l’importance d' »organiser la rage », en empruntant cette expression aux Black Panthers : « Seulement en se constituant autour d’un projet politique collectif on a un espoir de créer du rapport de force face au système « . En fait il n’y a pas de « on s’en occupe après » chez João : les urgences sont là, au présent, toutes imbriquées l’une à l’autre. et elles doivent être traitées ensemble. Un blog qui ne lâche rien. À suivre de très près !

///Article N° : 13922

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