Une Constituante migrante

A l’approche de nouvelles échéances électorales en France, Afriscope propose une série de tribunes. Dans un contexte de replis sécuritaire et identitaire, nous répondons par des paroles de résistance. cette fois, les curateurs Kantuta Quirós et Aliocha Imhoff proposent une réflexion autour de la migration, en amont d’un évènement qu’ils organisent fin janvier.

Écrire une Constitution migrante. Tel est notre projet collectif proposé les 27 et 28 janvier. Que pourrait être, que devrait être, une Constituante pour un peuple qui manque ?
Une Constituante dont la mer en serait la terre manquante et dont l’assemblée serait ordonnée par la communauté des disparus, la communauté des vies migrantes et perdues, aujourd’hui en Méditerranée – route la plus mortelle du 21e siècle, plus de cinq milles vies perdues en Mer Méditerranée en 2016 – ; hier, celles des millions d’esclaves noyés au fonds de l’Océan, “l’Atlantique noire”, durant la Traite et le commerce triangulaire. Sa langue serait la traduction comme nous le soufflent Camille de Toledo et Barbara Cassin. Son histoire serait celle du silence de la mer. L’assemblée constituante migrante est une communauté négative, qui ne peut, par définition, se constituer, en tant que nation. Elle est l’assemblée de ce peuple qui manque, qui défait le lieu de séparation entre son dedans et son dehors. À partir de cet énoncé paradoxal – une constituante migrante -, nous postulons qu’une constitution doit pouvoir s’établir suivant plusieurs scénarios possibles. Le sujet politique de notre Constituante migre et son texte fondateur avec lui. Le sujet politique de notre Constituante se définirait à partir des migrances, de nos identités spirales et multi-scalaires. Ce n’est pas la mer ou la frontière que nous avons traversées, c’est les mers et les frontières qui nous ont traversées. Notre Constituante migrante est en cela l’a-réalisation des communautés migrantes, son incompossibilité même.
Cette assemblée pirate, en exil, l’assemblée de “ceux qui n’appartiennent pas”, au sens où Derrida dit qu'”une langue, ça n’appartient pas”, est appelée à s’infinir. Elle cherche, pour autant, délibérément une forme instituante. L’événement s’ouvre, d’abord, par un espace de déposition, de procès-verbal et de jugement (rendre compte de, témoigner de – nous cherchons ici à documenter, à qualifier les responsabilités des vies perdues). S’il s’agit d’ouvrir un débat public et une controverse politique, cette assemblée est aussi une expérience de pensée, une simulation. Chacun des membres de cette assemblée est amené à proposer un article, article qui sera négocié, amendé avant d’être adopté ou rejeté à l’issue de ces deux jours. Le texte final, ne s’interdit aucun possible linguistique, aucun écart, il est le lieu de nos langues – poétiques, philosophiques, techniques – et traversé par de multiples migrances linguistiques, par toutes nos langues exilées, superposées en nous-mêmes.

INFO PRATIQUE:

Dans le cadre du festival hors-pistes, les 28 et 29 janvier, de 14h à 21h, au Centre Pompidou, pl. Georges-Pompidou,
Paris 4e, entrée libre. Avec la participation notamment du plasticien Kader Attia, l’intellectuelle Françoise Vergès, le poète James Noël, les écrivains Sami Tchak et Abdourahman Waberi et aussi du Collectif parisien de soutien aux exilés ou encore de l’association Réfugiés Bienvenue.///Article N° : 13921

Partager :

Laisser un commentaire