Presque-Songes – Sari-Nofy

De Jean-Joseph Rabearivelo

Exhumation d’un poète
Jean-Joseph Rabearivelo (1901-1907) est probablement l’écrivain malgache le plus célèbre. Issu d’une famille noble de l’Imerina, il est fasciné par la littérature française, qu’il découvre au collège des jésuites de Tananarive, où il est toutefois renvoyé pour lecture illicite : Les fleurs du Mal. Très tôt, il traduit en malgache des poèmes de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud et Mallarmé, publie articles et recueils, dont Presque Songes (1) et Traduit de la nuit. Deux recueils dans lesquels, il suggère un aller-retour entre la langue malgache et française. Il tente en outre, de retrouver en français le principe d’une des formes poétiques malgaches, le hain-teny, que Jean- Paulhan (Il fut professeur de Lettres au lycée de Tananarive de 1908 à 1910) introduit dans la poésie française. Malgré ces succès littéraires, Jean- Joseph Rabearivelo se donne la mort en 1937. Depuis, on ne cesse de s’interroger sur les raisons, qui l’ont conduit au suicide. Certains évoquent une dépression nerveuse, d’autres, une précarité matérielle, d’autres encore, son incapacité à assumer sa double identité. Car il a souffert comme il l’écrit lui-même  » d’être welche parmi les Latins, un mélanien au milieu des blancs « . Léopold Sédar Senghor, qui l’a longuement évoqué dans son anthologie de la poésie nègre et malgache (1948), a une autre explication.  » Le départ volontaire du prince des poètes malgaches, qui se suicida le 22 juin 1937, pose un problème trop grave pour être éludé, problème individuel et social en même temps ; le poète se débattait, depuis des années, au milieu d’insurmontables difficultés matérielles et l’Administration française, sollicitée, ne fit jamais rien pour lui venir en aide. Français par l’esprit, il voulait voir sa patrie spirituelle ; l’Administration française lui opposa, par deux fois, un refus méprisant. Ajoutez les chagrins domestiques et la maladie. Ajoutez les hantises littéraires, les images de Chatterton, de Crevel et d’autres. Il ne restait au poète qu’à quitter superbement la vie… « .
Qu’à cela ne tienne, ses recueils de poèmes les plus connus, longtemps épuisés, viennent, d’être réédités par Sépia dans la collection  » Océan Indien  » que dirige Dominique Ranavaison. Presque-Songes publié en 1934, repris par Hatier en 1990 est ici présenté par Claire Riffard, qui a eu en mains les manuscrits de Rabearivelo. Au lecteur de lui prêter une petite oreille :
Ne Faites pas de bruit, ne parlez pas :
vont explorer une forêt, les yeux, le cœur
l’esprit, les songes…

(1) Presque Songes – Sary Nofy, ed. Tsypika, Antananarivo / Sepia, coll. Océan Indien, St Maur, octobre 2006, Paris///Article N° : 4665

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