Qui nous protège de la police ?

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En 1983, des jeunes de Lyon initiaient une Marche pour l’égalité et contre le racisme. Ils dénonçaient notamment les crimes racistes et l’impunité des auteurs de violences policières. En 2013, des associations, comme Urgence notre police assassine, se mobilisent toujours sur ces mêmes combats.

« L’État assassine. Un exemple : Malik Oussékine. Big bang. La police est comme un gang. Car l’État assassine. Makomé en a été victime ». Par ce refrain entré dans la culture populaire et entonné dans les manifestations, le groupe de rap Assassin braquait les projecteurs sur les bavures policières. L’histoire de Makomé M’bowolé tué par balle en 1993 par un policier du commissariat du 18e arrondissement de Paris a inspiré le scénario du film La Haine (1995). D’autres cas ont eu un impact médiatique important comme les décès de Zyed et Bouna morts dans un transformateur EDF à Clichy-sous-Bois (93) en 2005 puis ceux de Moushin et Lakhamy en 2007 suite à une collision avec une voiture de police à Villiers-le-Bel (93). Les révoltes et mobilisations de grande envergure ont permis de donner de la visibilité à ces situations à défaut d’impacter les décisions judiciaires souvent clémentes. Il y a pourtant de nombreux autres cas pour lesquels les familles ont plus de mal à se faire entendre.
Se rassembler
Amal Bentounsi est membre du collectif Urgence notre police assassine (UNPA). Un nom volontairement provocateur afin d’attirer l’attention sur les bavures policières. Amine Bentounsi, le frère d’Amal a été tué le 21 avril 2012 d’une balle dans le dos à Noisy le sec (93). L’auteur du tir, un policier, est aujourd’hui inculpé pour homicide volontaire. Pendant deux mois, Amal a organisé une mobilisation intensive afin de médiatiser l’affaire et convaincre d’éventuels témoins d’aider la justice. « Les policiers sont présents au procès, occupent le terrain médiatique et les familles ne sont pas considérées. Pire, la victime est présentée comme coupable et les médias mettent surtout en avant son casier judiciaire comme si cela justifiait d’être tué ». Amal décide de s’engager davantage et soutenir d’autres familles de victimes. Elle va à Lyon, Clermont-Ferrand, Millau, Henin- Beaumont. Les familles de Wissam El Yamni, Lamine Dieng, Nabil Mabtoul et Mahamadou Marega entres autres se coalisent en octobre 2012 pour donner naissance au collectif Urgence notre police assassine. Il effectue une veille pour réagir rapidement en cas de nouvelle victime de la police. Amal explique : « Souvent les familles ne veulent pas faire de bruit, elles sont sous le choc et ne veulent pas avoir affaire à la police. »
Rapport de force ?
« Vous voulez commettre des violences et crimes en toute impunité, sans jamais être inquiété par la justice ? La police recrute et la justice vous protège et vous acquitte ». C’est le propos d’une vidéo polémique postée sur internet par UNPA. Un slogan qui n’a pas plu au ministère de l’Intérieur qui a décidé de porter plainte contre Amal Bentounsi. Le procès se tiendra en avril 2014. Concernant le jugement sur la mort de son frère, la militante dit ne pas se faire beaucoup d’illusion « Les policiers bénéficient souvent de non-lieu ou de peines avec sursis. La justice n’est pas impartiale ». Le rapport d’Amnesty international publié en 2009 intitulé Des policiers au-dessus des lois dénonce le caractère dissuasif du système judiciaire français en matière de plainte contre les forces de l’ordre.

///Article N° : 12473

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