Sortir du syndrome Tarzan

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Le Collectif Brigade antinégrophobie s’est fait remarquer par ses opérations coup-de-poing, comme, en 2010, lors de l’occupation de magasins Guerlain, suite à des propos controversés du parfumeur. Interview de son porte-parole, Franco.

Afriscope : Qu’est-ce que la négrophobie ?
Franco : Ce qui a trait à la peur, la haine, le mépris, le rejet des personnes et des cultures noires. Comment s’est constituée la Brigade antinégrophobie ? Au printemps 2005, il y a eu une succession d’incendies en région parisienne, qui ont révélé des discriminations raciales, notamment au niveau du logement. Ensuite, il y a eu la mort de Zyed et Bouna, un Noir et un Arabe [1] Ce drame avait embrasé les banlieues françaises… Pourquoi toute cette émotion dans les quartiers ? Cela cristallisait un ras-le-bol par rapport à un racisme institutionnel qui frappe toujours les mêmes. Pourquoi les Noirs et les Arabes sont-ils plus touchés par le contrôle au faciès ? On ne peut pas détacher cela du passé esclavagiste et colonial, supposément révolu de la France. À partir de là, on a créé la brigade. La France prétend combattre le racisme mais ne définit pas clairement les frontières de la négrophobie, du racisme anti arabe, Rom… Il faut définir les maux pour mieux les combattre.
Quelles ont été vos actions concrètes ?
Par exemple, on s’est enchaînés à l’Assemblée Nationale, pour dénoncer le fait que la statue de Colbert trône devant la Maison du peuple ! C’est le père du Code noir, inscrivant que les noirs ne sont pas des êtres humains ! On a aussi été éjectés comme des chiens, par les forces de l’ordre, alors qu’on avait des cartons d’invitation, lors des journées de commémoration de l’esclavage en mai 2013. On a appris, lors de l’instruction, que le ministère de l’Intérieur nous avait blacklistés.
Avez-vous obtenu des résultats ?
Suite au dérapage de Jean-Paul Guerlain (propos sur « le travail des nègres » tenus le 15 octobre 2010 au JT de France 2 (N.D.L.R.) nous avons bloqué plusieurs enseignes Guerlain. Le groupe LVMH a finalement, par un mécénat, transmis six-cent mille euros à l’Hôpital Robert Debré de Paris, en faveur de la drépanocytose. C’est une maladie qui touche principalement les noirs. Avec nos coups de pression, certains, sans l’avouer, revoient leur comportement. Le site du magazine Elle a fait un reportage sur notre action, après qu’on ait déboulé à leur rédaction, suite à un article tendancieux. On ne prétend pas que la rédactrice soit raciste, mais il y a des schémas de pensée qui sont des relais inconscients du racisme.
Quel a été votre parcours ?
Jean-Louis Sagot Duvauroux a écrit : « On ne naît pas noir on le devient. » Mon enfance à Stains a été formatée par le prisme médiatique, les livres d’histoire qui ne permettent pas au noir d’exister. Quand j’étais jeune je ne recevais que des images négatives : le syndrome Tarzan. Quand un blanc et un noir regardent Tarzan, les deux s’identifient mais l’un voudra se défriser les cheveux, avoir les yeux verts… En 1993, à seize ans, j’ai violemment réagi à la mort d’un jeune zaïrois Makomé, abattu dans un commissariat à Paris. Et puis, j’ai découvert que des noirs s’étaient battus pour de grandes idées. Ça m’avait été caché. Je suis travailleur social à Cergy-Pontoise. Éduquer les mentalités est un point central dans la lutte contre le racisme et la négrophobie.

[1] Le 27 octobre 2005, Zyed Benna, 17 ans, et Bouna Traoré, 15 ans, meurent électrocutés dans un transformateur EDF où ils s’étaient réfugiés, à l’issue d’une course-poursuite à Clichy-sous-Bois.///Article N° : 12472

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