Qui sème le vent

Téléfilm de Fred Garson

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Diffusion sur Arte le vendredi 2 décembre 2011 à 20 h 40.
Rediffusion le mardi 6 décembre à 14 h 45.

Hugo, un diplomate français chargé des affaires difficiles (Laurent Lucas) est envoyé au Niger, deux scientifiques ayant été pris en otage près des mines d’uranium d’Arlit. Confronté à Hélène, une militante antinucléaire vertueuse (Natacha Régnier), il incarne fort bien l’intérêt d’un État soucieux de préserver son approvisionnement énergétique face aux puissances concurrentes, notamment la Chine. Tandis qu’Hugo est aux ordres, Hélène est le type même de la bonne militante, sensible et compétente, au fait des malversations étatiques qui font passer la délicate négociation du prix de l’uranium avant la vie des otages. Dans ce téléfilm tourné tout près du Niger au Burkina Faso et lorgnant sur le thriller politique à l’américaine, ce duo qui s’affronte et se rapproche est parfaitement prévisible tandis que les contraintes budgétaires limitent visiblement l’ambition de la mise en scène. La caméra colle aux acteurs ou aux roues des camions pour ne pas devoir organiser décors et figurants.
C’est gênant et un peu plus d’épure à l’image et de finesse au scénario auraient mieux servi le sujet. Comme dans The Constant Gardener, on assiste à un combat de bons Blancs avec des Africains corrompus, relais des intérêts extérieurs, sans que les activistes locaux n’aient la parole (Hugo sera confronté à des Touaregs vertueux mais ils ne seront que vengeurs dans le récit). Les histoires de chasse sont toujours racontées du point de vue du chasseur. Qui sème le vent a cependant le mérite de coller à l’actualité et d’en rappeler les contours sans nous livrer la sauce d’un passé révolu. Même le discours du Président Sarkozy à Dakar est cité. Les noms sont à peine déguisés : Urania est Areva et le CIR est la CRIIRAD, très sérieuse ONG de surveillance sur le nucléaire qui tente de restaurer un contrôle dans une chasse gardée où rien n’est jamais avoué. Effectivement active au Niger, elle révèle la pollution radioactive et les manques de protection des ouvriers comme des habitants ainsi que les maladies qui en résultent, (1) que le documentariste béninois Idrissou Mora Kpaï a déjà évoqué en 2005 dans le remarquable Arlit, deuxième Paris où il dévoile avant que les activités de la mine ne soient relancées la déliquescence de cette ville-champignon et ses problèmes sanitaires.
C’est la rigoureuse froideur des agissements des hommes politiques français comme africains et des hommes d’affaires qui fait la trame et l’intérêt de Qui sème le vent, au point qu’on s’accroche aux rebondissements. Mais ce sera sans grande empathie pour les otages : ils nous restent aussi distants que pour ceux qui les manipulent et ne cessent de mettre leur vie en danger. Le duo Hugo-Hélène peinant lui aussi à convaincre, ce n’est donc pas sur le terrain de l’identification mais sur celui de la conscience politique que se détache ce téléfilm qui a l’avantage de mettre les points sur les « i ». C’est du style wikileaks : on le savait déjà mais cela confirme le double discours et le cynisme des dirigeants. En plein débat public sur l’avenir du nucléaire, il montre les conséquences de nos choix énergétiques, la sécurisation de l’approvisionnement en uranium poussant à des extrêmes, surtout dans un contexte de surenchère internationale. Et à l’heure où l’on cherche à nous convaincre que la Françafrique appartient au passé, il rappelle que les jeux d’intérêt et les pratiques sont encore en place tout en montrant que la donne a évolué et que la France n’est plus la seule en lice. Il participe en cela du vent d’indignation que l’on voit sourdre un peu partout face à la financiarisation de l’économie et aux jeux de domination du monde. Et contribue, à son niveau, à faire gronder le peuple.

1. Communiqué de la CRIIRAD :

QUI SÈME LE VENT : un kidnapping au Niger, le désert et ses mines d’uranium, l’Elysée et l’Afrique….un film qui interroge la raison d’état, mais permet aussi d’élargir les réflexions actuelles sur le nucléaire à travers les enjeux économiques, politiques, environnementaux et sanitaires de l’extraction de l’uranium.

Ce thriller politique est certes une fiction, mais le scénario est basé, en ce qui concerne l’impact radiologique de l’exploitation de l’uranium sur l’environnement, sur des constats effectués par le laboratoire de la CRIIRAD

En décembre 2003, à la demande de l’ONG AGHIR IN MAN, la CRIIRAD a en effet effectué une mission scientifique au Niger afin d’enquêter sur l’impact radiologique des activités d’extraction de l’uranium conduites depuis plus de 40 ans par des filiales du groupe AREVA. Bien que le matériel de mesure ait été confisqué par les autorités, ce travail initial et les études effectuées depuis en collaboration avec AGHIR IN MAN et d’autres ONG, ont permis à la CRIIRAD de mettre en évidence des pollutions radioactives manifestes, dans la région des villes d’Arlit et Akokan notamment (voir liste page suivante). Les travailleurs des mines d’uranium sont exposés à la radioactivité, mais la contamination de l’air, de l’eau, des sols, au voisinage des mines expose en réalité l’ensemble de la population à des radiations. Il s’agit de faibles doses, mais qui peuvent à la longue avoir des conséquences sanitaires multiples.

À l’heure où la question du nucléaire s’invite au centre du débat politique, il est nécessaire de rappeler notamment qu’au delà des frontières du territoire national, l’extraction de l’uranium cause des dommages irrémédiables.

Exemples de constats effectués par la CRIIRAD de 2003 à 2010 au Niger (zones d’extraction d’uranium des filiales d’AREVA)

Des matériaux radioactifs ont été utilisés pour remblayer les rues (y compris devant l’hôpital) et parfois même à l’intérieur des bâtiments
Des matériels contaminés issus des mines et usines d’extraction de l’uranium (ferrailles, textiles) ont été vendus sur les marchés
Du fait en particulier des rejets de gaz radioactif à l’atmosphère, certains groupes de population reçoivent des doses par inhalation supérieures aux limites internationales.
Plus de 30 millions de tonnes de résidus radioactifs sont entreposés à l’air libre à quelques kilomètres des villes d’Arlit et Akokan, sans couverture permettant de limiter la dispersion du gaz radioactif et des poussières radioactives.
En décembre 2010, la rupture des digues de plusieurs bassins de décantation des effluents liquides a conduit au déversement de 50 000 m3 de liquides et boues radioactives sur une surface de 20 hectares.

Pour en savoir plus

Extraits du documentaire de D Berger : « Nucléaire une pollution durable » présentant la mission CRIIRAD de décembre 2003 au Niger (2 parties)

Note de synthèse rédigée par la CRIIRAD en 2008 : « AREVA : Du discours à la réalité / L’exemple des mines d’uranium du Niger ».

http://www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/liens_pdf/Note_Criirad.pdf

Résultats de l’étude effectuée par GREENPEACE et la CRIIRAD en 2009 au Niger

http://www.criirad.org/actualites/dossiers2005/niger/somniger.html///Article N° : 10486

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Les images de l'article
Qui sème le vent © Mahaproduction
Natacha Regnier dans Qui sème le vent © Mahaproduction
Laurent Lucas dans Qui sème le vent © Mahaproduction
Émile Abossolo Mbo dans Qui sème le vent © Mahaproduction





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