Rien ne se perd de Cloé Mehdi

Á 24 ans, Cloé Mehdi, auteure franco-algérienne manie  la plume avec dextérité. Son second roman noir,  Rien ne se perd, paru aux Editions Jigal Polar, entre autres prix Dora Suarez 2017, dissèque la détresse sociale, et traite notamment de l’impunité des violences policières.

Derrière sa masse de frisottis, Cloé Mehdi est gênée par ce succès qui tombe, selon elle, « comme un fléau ». Elle écrit depuis l’âge de 11 ans. Le roman noir ? Un hasard, elle préfère le style science-fiction post-apocalyptique. Cloé Mehdi a cette  écriture intuitive, débarrassée de la lourdeur académique avec en toile de fond  des sujets tabous comme les suicides en milieu psychiatrique, l’impunité juridique des violences policières, l’hypocrisie du traitement médiatique à ce sujet, le déni des souffrances des familles des victimes. «  Je voulais parler de l’impunité juridique des violences policières, essayer de comprendre d’où elles viennent, pourquoi certains ont une facilité à tirer sur des personnes désarmées, et analyser en retour les réactions de violences de ces quartiers.»

Rien ne se perd fait alors tristement écho avec l’actualité. Dans une cité française lambda en cours de démolition, sur le dernier immeuble de la ville, des tags à l’encre rouge apparaissent « Justice pour Saïd », et un visage, celui d’un jeune homme, tué par la police quinze ans plus tôt, lors d’un contrôle d’identité qui a dégénéré.  Mattia, 11 ans, est le narrateur. Son père, éducateur, s’est suicidé en hôpital psychiatrique où il a été admis après la mort de Saïd, et la relaxe du policier en cause. Pour ne pas sombrer, le jeune garçon assemble les pièces du puzzle de cette histoire, de son histoire.

Son récit est celui d’une multitude de silences dans lesquels se retrouvent enfermés les personnages de cet espace : silence intérieur, silence de la justice à leur égard, et aussi des médias. « Lorsque les médias ou la justice refusent  d’écouter les proches, d’entendre ce qu’ils ont perdu, de la rage qui peut naître en eux…  Ils refusent la compassion,  l’empathie pour la victime », explicite la jeune auteure.

Se nourrissant explicitement des cas de violences policières des dernières années, elle pointe, à travers son personnage de fiction, Saïd,  une constante factuelle: « Les victimes sont souvent  des personnes dites racisées. Elles étaient là, au mauvais moment, au mauvais endroit,  avec la mauvaise couleur de peau,  le mauvais langage…».

Rien ne se perd est alors une histoire à volets, entre la détresse psychologique de personnes en hôpital psychiatrique, et l’atmosphère apocalyptique d’une banlieue en destruction. « La destruction de cette cité est vécue comme une tragédie.  Démanteler des tours sous prétexte d’une politique de restructuration casse aussi une certaine solidarité. Avec toute charge mémorielle précieuse pour les habitants », continue Chloé.

Pour elle, et sans vouloir se faire le porte-parole de qui que ce soit, il est urgent  de réparer les injustices : « on a tort de  croire que c’est résolu parce qu’il y a prescription, car rien ne se perd et tout aura des conséquences. Il y a toujours des conséquences aux  injustices sociales,  aujourd’hui,  elles explosent…».  

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