Sérapis x Joanes promulguent le « Civil love » au village Macé

Print Friendly, PDF & Email

Les 7, 8 et 9 juin dernier s’est tenue l’exposition Civil love des artistes plasticiens Joanes et Sérapis au Village Macé, dans le 11e arrondissement de Paris. L’occasion pour Africultures de découvrir les dernières œuvres accrochées au mur et d’interviewer ces deux artistes parisiens, d’origine camerounaise et congolaise, également curateurs de l’exposition. 

Joanes, Sérapis vous vous connaissez depuis longtemps mais cette exposition est le fruit d’une première collaboration. Comment est né le projet Civil Love ?

Joanes : Civil love vient de l’envie de se donner de la force mutuellement, en tant qu’artistes. On avait envie de créer un collectif, de s’exprimer ensemble sur une thématique commune. L’amour est plutôt ma cour de jeu à l’origine (cf. L’amour sur toile avec Joanes ) mais Serapis l’explore tout autant que moi à sa manière. Il nous semblait donc intéressant de montrer qu’avec des visions différentes on arrive parfois (souvent) à la recherche d’un même idéal.

Sérapis : Il n’est pas toujours simple de se développer en tant qu’artiste indépendant or mettre en commun permet de réunir les univers, de se questionner, se nourrir mutuellement. Dernièrement Joanes et moi avons eu le même feeling « on est tous ensemble mais à la fois tous un peu seul » alors on s’est demandé « qu’est-ce qu’on peut faire pour éviter ça ? ». Civil love est né de cette envie-là : de dire qu’on veut compter les uns sur les autres en tant qu’artistes mais également en tant qu’humains. Aujourd’hui, nous pensons qu’il est crucial de rester connecté les uns avec les autres. Ça passe par des choses simples : dire bonjour à un inconnu dans la rue, lever la tête, discuter quelques minutes avec sa voisine… Cultiver le civisme et l’amour, au fond c’est ça le Civil love.

Dans ce contexte d’élections, avec pour toile de fond la montée des extrémismes en France, Civil love est-il un cri ? 

Joanes : Oui c’est clairement un contrepied au « Civil war » ambiant. Mais je dirais que nous n’avons pas la prétention d’une quelconque morale. Cette expo c’est juste notre façon de répandre l’Amour, au sens large car nous en avons, je le crois, besoin !

Sérapis : Oui, on ne prétend pas apporter de réponse ou de solution. On veut poser des questions, introduire des émotions. En tant que Noirs, l’actualité aujourd’hui nous touche. On ne va pas se mentir : on arrive à sentir la température de gens en colère, du racisme montant, de la méfiance qui grandit. C’est comme si la société se segmentait comme aux Etats-Unis. Qui aurait pu croire qu’une marche néo-nazie se tiendrait à Paris il y a quelques semaines ? Les mots « Liberté, Egalité, Fraternité » sont forts et ils ont un sens ! Je ne veux pas brandir d’étendard ou de drapeau mais je crois sincèrement que tout être humain a la capacité de voir ce qui est bon et ce qui ne l’est pas pour sa génération et la suivante. Un des problèmes, selon moi, c’est qu’Internet a déconnecté les gens alors même qu’il était censé les faire se connecter. C’est un paradoxe que nous vivons au quotidien…

Vous avez réalisé la curation de l’exposition. Comment avez-vous choisi les œuvres présentées ?

Jones : Bonne question ! Nous avons deux styles complètement différents Sérapis et moi : là où je recherche la ligne, le droit, le propre, la conceptualisation ; Sérapis lui est dans l’émotion, l’intensité, le geste, les spirales, les ondulations. Nous avons choisi les tableaux selon qu’ils entrent en résonance ou se confrontent. Le but c’était d’explorer toutes les formes d’amour… du plus rationnel au plus irrationnel. Sérapis apporte également une part de réflexion sur l’amour propre. Par exemple, sa toile Abraço représente ses différents « moi » à différentes périodes de sa vie. C’est une toile qui met le doigt sur l’amour de soi, l’acceptation de soi, ses bons comme ses mauvais côtés. 

Sérapis : Joanes est dans quelque chose de réfléchi, moi de plus jeté. Ce qui nous a guidé pour le choix et la disposition se sont les couleurs car elles sont vecteur d’émotions. On a pris le soin d’englober la part du laisser-aller, de la souffrance, de la réflexion, de la joie que suppose tout acte d’amour.

Vous avez également travaillé avec Atelier Pièces Paris pour la création de pièces textiles en lien avec l’exposition, qu’est-ce qui vous a séduit ?

Lorenzo (l’homme derrière l’atelier) a lancé un concept génial qui consiste à inviter des artistes à peindre pendant qu’il mixe de la musique pour créer une œuvre, puis une collab’ textile. Quand on a lancé Civil love, ça me paraissait naturel de l’inviter et de partager ça avec lui… En plus je suis congolais ! Pour moi, la mode, la musique, l’art se conjuguent… Lorenzo a développé un procédé incroyable qui explore les imperfections humaines dans la création, ça collait bien avec le thème, je trouve.

Civil love a-t-il pour vocation de perdurer ?

Joanes & Serapis : Oui, on attend que ça de grossir les rangs ! L’idée c’est de connecter avec d’autres créatifs pour créer un Civil love Acte II, en laissant parler l’art et la motivation (et en laissant de côté les égos). Il nous tient à cœur de créer des espaces d’accueil et de promotion (site web compris !). A bon entendeurs…

Pour découvrir l’univers de Joanes : https://www.instagram.com/MonsieurGlace/ 

Pour découvrir l’univers de Sérapis :  https://www.instagram.com/serapis___/ 

Propos recueillis par Marine Durand 

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire