Séries TV #4 : Qu’est ce qu’on regarde à Nairobi ?

Entretien de Claire Diao avec Mwenda wa Micheni

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En Afrique, la télévision a depuis longtemps supplanté le cinéma. Clips musicaux, journaux d’infos et séries TV sont autant d’événements qui réunissent les familles autour du petit écran. Qu’en est-il actuellement au Kénya ? Quelle série est à la mode ? Quelle influence joue-t-elle sur la population ? Valorise-t-on les productions locales ou se nourrit-on essentiellement de programmes étrangers ? Cette semaine, Mwenda wa Micheni, rédacteur en chef du site internet The Africa Review et membre de la Fédération Africaine des Critiques de Cinéma (FACC), décrypte pour nous son petit écran.

Quelle est, à ce jour, la série TV locale qui a rencontré le plus grand succès au Kenya ?
Pendant cinquante ans, Vioja Mahakamni, une série dramatique se déroulant dans une cour de justice a été diffusée par le principal diffuseur kényan, KBC (Kenya Broadcasting Company, NDRL). C’est l’un des plus grands succès de notre pays, tout comme Vitimbi qui raconte de façon hilarante les problèmes quotidiens des Kényans.

Depuis le début des années 2000, des séries locales comme Papa Shirandula, Inspector Mwala et le spectacle comique hebdomadaire Churchill Live ou d’autres séries comme Lies that Bind, Mali, Beba Beba ont fait leur apparition sur le petit écran. Des séries étrangères ont également été diffusées avec un succès particulier auprès des téléspectatrices. Les séries nigérianes sont généralement diffusées en milieu de matinée mais les diffusions en fin d’après-midi en semaine font un bel audimat.
Une étude récente de la Kenya Film Commission (KFC) a indiqué que les programmes préférés des Kényans étaient : les informations (13%), Tahidi High et Papa Shirandula en troisième position. D’autres séries sont mentionnées, comme Vioja Mahakamni (5,3%), Inspector Mwala (5,2%), Vitimbi (5,2%) et Afrocinema (5,1%), un programme de la chaîne Citizen TV qui diffuse des séries essentiellement nigérianes.

Au moment où cette étude a été réalisée, les Kényans montraient une nette préférence pour les contenus locaux. Parmi eux, Tahidi High (17,7%), Inspector Mwala, 14,6%) et Papa Shirandula (8,9%) étaient les plus regardés. A la question « Quel est le dernier programme que vous ayez regardé ? », Tahidi High a été cité par plus du tiers des personnes interrogées (35,2%) tout comme Papa Shirandula cité à 30,3%.

Quels sont, à ce jour, les séries étrangères qui rencontrent le plus de succès ?
Les séries espagnoles et brésiliennes comme La Mujer de mi vida, traduites en anglais, sont les grandes gagnantes, en particulier à cause de leur romance et leurs histoires d’amour à suspense qui tiennent les téléspectateurs vissés à leur siège. D’autres séries étrangères ont reçu un grand succès : The Wild Rose (Canada), No One But You (Mexique) ou les classiques indiens comme Mahabharat.

De quels pays viennent la majorité des séries TV et pourquoi ?
Le Brésil, l’Amérique, le Nigéria et le Mexique sont les plus grands exportateurs de séries au Kénya. La seule raison pour laquelle les chaînes de télévision programment ces séries est le prix. Elles sont largement meilleur marché que les productions locales. Le fait que le pays n’ait toujours pas imposé de quota sur la production nationale, que le débat soit toujours en cours et qu’une loi soit en préparation donnent davantage de sens aux chaînes d’acheter ce qui est abordable. Et elles le sont uniquement parce que la syndication à travers le monde a fait en sorte qu’une série ne se cantonne pas à une seule chaîne ou deux et puisse traverser les frontières.

Quelles thématiques plaisent particulièrement aux téléspectateurs ?
La romance prend toujours le dessus. Les téléspectateurs apprécient toujours les séries qui mettent en avant l’humour local et qui se moquent de leurs manies quotidiennes. Avec des séries comme Vioja Mahakamni et Papa Shirandula devenues populaires, il est assez clair que les téléspectateurs sont à la recherche de contenus qui les renvoient à leur racines rurales – par des personnages de villageois – probablement parce que le pays s’urbanise de plus en plus. Ces séries urbaines regardent la vie par un prisme rural. Mais il y a des exceptions qui aboutissent à ce que l’on appelle une « niche ».

Qui regarde essentiellement ces séries TV ?
Il y a différents types de spectateurs. Les chaînes de télévision locales semblent très friandes du public féminin. La plupart des séries sont diffusées entre 20h et 21h. D’un point de vue économique, la plupart des programmateurs qui ont essayé de segmenter leur audimat en se basant sur ces paramètres ont échoué ou se sont retrouvés avec un nombre de téléspectateurs insuffisant pour les annonceurs. La télévision kényane est devenue une affaire de marché de masse. Les journaux et autres produits aussi. Jusqu’ici, une série comme Mali, comédie dramatique diffusée sur NTV (chaîne nationale appartenant aux Nation Media Groups, NDLR) est largement inspirée des séries TV sud-africaines et vise davantage un public de classe moyenne.

Les chaînes TV favorisent-elles la production locale de séries TV ?
La Kenya Broadcasting Corporation (KBC, média technique de service public de l’État kényan, NDLR) a toujours soutenu la production locale jusqu’à ce que la chaîne Citizen TV, fondée en 1998 par le PDG de KBC, se risque à programmer des séries comme Inspector Mwala, Tahidi High, Papa Shirandula, Tabasamu qui sont devenus de vrais succès. Depuis lors, des chaînes télévisées comme NTV, KTN ou K24 programment un contenu local qui rencontre un tel succès que les chaînes qui ne les programment semblent hors sujet et ont dû mal à être compétitives sur le marché.

Avec l’arrivée du câble et du satellite, observez-vous un changement de comportement de la part des téléspectateurs ?
Toutes les chaînes de télévision kényanes ont changées, menées par un appétit grandissant pour les productions locales et le fait qu’il y a davantage de compétitions entre les expériences en ligne et les chaînes de télévision payantes qui sont devenues accessibles pour de plus en plus de kényans.

De votre point de vue, quels sont les ingrédients nécessaires pour qu’une série fonctionne au Kenya?
La comédie est un pari sûr. Si les recherches étaient approfondies pour les rendre encore plus drôle, cela fonctionnerait encore mieux car ce que nous avons actuellement est essentiellement basé sur les dialectes locaux et les stéréotypes tribaux, qui, par conséquent, sont assez similaires.
Côté casting, ceux qui prendront le risque de mettre en avant des acteurs moins connus mais talentueux gagneront facilement.
Au fil des années, la télévision kényane a eu tendance à réutiliser les mêmes vieux noms, mettant de côté de nouveaux et talentueux acteurs. Dans tous les cas, la culture du star system va bientôt frapper le Kénya.
Donc, pour faire court, les Kényans sont à la recherche de contenus innovants.

///Article N° : 12477

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Les images de l'article
Tahidi High © DR
Vitambi © DR
Vioja Mahakamni © DR
La Mujer de Mi Vida © DR
Tabasamu © DR
Lies That Bind © DR
Beba Beba © DR
Mali © DR
Charles Bukeko, acteur de la série Papa Shirandula © DR
Inspecteur Mwala © DR
Mwenda wa Micheni © DR




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