Situation paradoxale d’une cinématographie en devenir

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Pour un grand nombre de cinéastes des trois pays, le cinéma maghrébin apparaît comme une réalité, c’est ce qui motive leur lutte pour l’affirmation d’une entité culturelle, au-delà des vicissitudes et des blocages d’ordre politique ou économique. Pour d’autres, le cinéma maghrébin n’existe pas, il n’y a que des films marocains, algériens (avec la dualité que ce cinéma vit à travers ses créateurs des deux rives) et un cinéma tunisien qui lutte pour sa survie.

Paradoxes, différences et diversité
Il est certain que le cinéma maghrébin a connu une nette amélioration ces dernières années. En effet, en Tunisie la production cinématographique ne bat plus de l’aile sur le plan de la qualité ni de la quantité. Pour ce qui est de l’Algérie, les événements que le pays connaît depuis des années n’ont pas freiné sa production cinématographique. C’est pourquoi les réalisateurs font de plus en plus appel à la coproduction française, ce qui a donné un nouveau souffle au cinéma algérien. Il faut reconnaître que les cinématographies maghrébines sont différentes les unes des autres. Les films marocains, algériens, tunisiens, mauritaniens ou libyens ne se ressemblent pas. Cela ne les empêche pas d’être proches.
La région maghrébine avec ses cinq pays (Algérie, Libye, Maroc, Mauritanie et Tunisie) forme un groupement socioculturel avec des bases communes et des entités diversifiées et riches en patrimoine, en histoire, en civilisation et en potentialités créatrices culturelles et artistiques. Le secteur cinématographique, dans chacun des cinq pays, a connu des évolutions certaines, à vitesses différentes, mais en s’affirmant continuellement aux niveaux arabe, africain, méditerranéen et international. La créativité et le talent de ces cinéastes des différents pays du Maghreb sont aujourd’hui reconnus par tous. Toutefois, la visibilité des films maghrébins dans les cinq pays souffre d’un problème de circuit de distribution, encore monopolisé par tous genres de films sauf ceux de leurs pays.
Le Festival du film maghrébin d’Oujda (FFMO – 2003) a été une plate-forme qui, au-delà des différences, a permis la création d’espaces de rencontres et d’échanges à l’heure où l’entité maghrébine ne jouit pas encore du privilège d’un véritable échange sur les autres plans, politique et économique. Quelques tentatives dans ce sens ont été pensées depuis les années soixante-dix, mais n’ont pu être concrétisées.
Ces films qui, bien que presque toujours situés sur le territoire national, remettent en cause les frontières sont bien rares à les passer : ils restent largement invisibles du public international. Même dans le circuit qui s’intéresse aux diverses expressions de la planète, le Maghreb est, comme l’Afrique noire, quasi absent.
Peut-on aujourd’hui parler de crise du cinéma maghrébin ?
Si crise il y a, elle est liée à la démission des pouvoirs publics. En Algérie, aucun film ne se fait sans le soutien de la France. Tous parlent français et témoignent d’un problème terrible d’identité. Quant aux Tunisiens et aux Marocains, le fait qu’ils commencent à faire des films qui arrivent à susciter des débats au niveau national et à être bien reçus sur le plan international, est donc très prometteur.
En réalité, les pays comme l’Algérie et Tunisie produisent de manière constante quatre à cinq longs-métrages par an, alors que le Maroc vit un rythme de production constant (en moyenne, dix à quinze longs-métrages par an). Sur le plan technique il reste beaucoup à faire certes, mais des efforts sont déployés pour accompagner les progrès dans ce domaine. Quant aux cinémas libyen et mauritanien, ils se cherchent encore.
Dans ce cadre, le Maroc fait figure d’exception, puisqu’il connaît actuellement un boom de la production, d’énormes succès populaires (À la recherche du mari de ma femme, Le Bandit, Casa negra, Amours voilées…), et l’émergence d’une nouvelle génération de cinéastes comme Nabil Ayouch, Nour-Eddine Lakhmari ou Daoud Aoulad Syad. Le Maroc a essayé, tant bien que mal, d’évoluer en se débarrassant du carcan qui restreignait son essor surtout en ce qui concerne le choix des thèmes. Les cinéastes s’attaquent de plus en plus à des sujets naguère tabous tels que la prostitution, la situation de la femme.
Toutefois, au Maroc comme en Algérie et en Tunisie, on exprime le besoin de fonds de soutien au cinéma plus conséquents, d’une implication du secteur privé, de l’encouragement de la coproduction, ainsi qu’un engagement effectif de l’État.
Par ailleurs, ces productions cinématographiques se heurtent encore au problème de la distribution qui laisse toujours à désirer et le manque de salles de cinéma persiste toujours. Rien n’a été entrepris pour y remédier malgré les incessantes réclamations des professionnels. Tous ces films souffrent de l’absence de distribution à l’échelle du continent, et a fortiori de l’autre côté de la rive méditerranéenne.
Quant à la coopération et la coordination entre les pays du Maghreb, elles se porteraient mieux s’il y avait des institutions cinématographiques maghrébines. C’est pourquoi un intérêt majeur a été accordé au rappel et à la nécessité de mettre en vigueur les dispositions de l’accord sur la coproduction et l’échange cinématographique entre les pays du Maghreb, signé en marge du 3e Festival national du Film, tenu à Meknès en 1991. Ce n’est que de la sorte qu’il est possible d’aspirer au développement du cinéma maghrébin.
L’exception marocaine
Le premier changement qu’a connu la cinématographie en termes de production date en effet des années 1990. Le Festival national du film de Meknès fut un révélateur social et du film marocain et de la demande qui émanait d’un public, dans sa grande majorité jeune. Les années quatre-vingt-dix seront marquées principalement par une progression régulière de la production et surtout par la rencontre du cinéma marocain et de son public.
La reprise fut amorcée certes par le film de Mohamed Abderrahman Tazi en 1993, À la recherche du mari de ma femme qui a réalisé une recette de 3 528 885 DH, alors que 450 000 spectateurs marocains ont vu Ali Zaouïa, avant qu’il ne soit programmé en salle dans vingt pays et que Casa by night ait été vu par plus de 340.0000 spectateurs marocains. Ce sont là autant d’indicateurs qui permettent de penser que le film marocain peut marquer des points, commercialement parlant, ce qui n’est pas sans incidences positives.
L’arrivée d’une nouvelle génération de cinéastes qui après avoir brillé dans le court-métrage, annonce l’émergence d’une nouvelle vague cinématographique portée par un vrai projet esthétique et culturel.
Le Maroc s’est engagé progressivement dans la production de manière régulière depuis le début du troisième millénaire. C’est ainsi qu’il est en passe de devenir le premier pays producteur de films à l’échelle africaine et du monde arabe, devançant ainsi l’Afrique du Sud et l’Égypte.
La volonté politique a été payante depuis l’instauration du fonds de soutien qui a été par la suite reformulé en avance sur recettes. Autre aspect positif qui a dopé la production cinématographique : la décision de l’État d’augmenter l’aide publique à la production cinématographique, qui passe désormais de 30 à 50 millions de dirhams (60 en 2010). Tous ces facteurs ont permis d’atteindre un rythme régulier de quinze longs-métrages en moyenne par an.
Pour atteindre le public au niveau international, il faut absolument sortir du ghetto maroco-marocain. Bien sûr, un film d’auteur n’est pas fatalement destiné aux salles de cinéma d’art et d’essai ou aux ciné-clubs. La production nationale en matière de longs métrages de fiction a connu une grande évolution, aux dépens du court-métrage et du film documentaire qui ne sont pas encore reconnus comme tels et ne sont pas distribués dans les salles de cinéma ou à la télévision.
Par ailleurs, il est à déplorer que le film marocain ne soit pas distribué dans toutes les villes précisant que le public marocain devra être le premier à en profiter, surtout pour certains films marocains qui n’ont jamais été distribués dans les salles marocaines malgré leur bon parcours dans des festivals de renommée internationale ou dans les salles à l’étranger.
Une évolution quantitative et qualitative de la production cinématographique marocaine est un constat qu’on ne peut ignorer aujourd’hui. On peut signaler aussi la diversité des thèmes et d’approches entre les cinéastes vivant et travaillant au Maroc et ceux de la diaspora. Ainsi, on assiste à une profusion des genres et d’une large diversité dans le choix des sujets, avec une bousculade de fait de sujets jugés jusque-là tabous. Mais tous ne passeront pas le tamis de la censure et les rescapés n’en sortiront pas indemnes.
La réussite du cinéma marocain est perçue par de nombreux observateurs maghrébins comme la résultante de deux facteurs déterminants : d’abord l’existence d’une volonté publique de promouvoir le cinéma, illustrée par le Fonds d’aide à la production cinématographique nationale, engagé dès 1980, et ensuite grâce à une thématique ancrée dans l’horizon d’attente du spectateur marocain qualifiée par le concept du scénario de proximité.
Plus généralement, on peut dire que c’est un cinéma qui se caractérise aussi par la diversité à plusieurs niveaux. En termes de générations, par exemple, nous retrouvons les pionniers qui continuent à tourner (Jilali Ferhati, Abdelkader Lagtaâ, M. A. Tazi, Hakim Noury) mais aussi de nombreux jeunes issus en particulier de la diaspora marocaine (France, Belgique, USA) : Ismail Ferroukhi, Hassan Lagzouli, Yasmine Kassari, Hakim Belabbès, Leila Marrakchi… Ce sont eux qui apportent un nouveau souffle à un cinéma dopé en particulier par une aide publique à la production, volontariste et persévérante. C’est également un cinéma diversifié dans sa thématique, même si des sujets récurrents s’installent pour une certaine durée comme un fait de mode.
C’est surtout dans les festivals nationaux que le film marocain arrive à s’imposer en termes de programmation. Ainsi pas moins de vingt et un longs et quarante-deux courts ont été programmés à la 8e édition du festival national du film marocain (Tanger), vingt-cinq longs et vingt courts au Festival du cinéma méditerranéen de Tétouan. D’autres manifestations et rencontres régionales concourent à la diffusion de ces films, les rapprochant davantage d’un public situé dans des villes où les salles font défaut.
Depuis quelques années les films marocains sont sollicités un peu partout dans le monde, à travers leur participation accrue dans les festivals internationaux. Ainsi on peut recenser la présence du produit filmique marocain à des manifestations prestigieuses (Cannes, Bruxelles, Fribourg (Suisse), New-York, Montréal, Mar del Plata (Argentine), Pays-Bas, Montpellier, San Sebastian…).
Malgré cela, la promotion du film reste à faire à l’étranger. Dans cette perspective, les producteurs estiment nécessaire la création d’une agence de promotion du film marocain, avec une structure et un budget annuel spécifique, budget à prélever, si besoin, sur les ressources du fonds d’aide à la production. Sur le plan international, elle doit être présente à travers des stands Maroc dans les festivals internationaux les plus en vue et dans les marchés de films, négocier la vente des films pour la distribution en salles et leur diffusion sur des chaînes de télévision avec un pourcentage à récupérer sur chaque vente effectuée.
Paradoxes du troisième millénaire
Les différentes mesures qui ont marqué le secteur cinématographique furent partielles, puisqu’elles n’entraînèrent nullement un véritable changement dans les autres structures afférentes au secteur (distribution, exploitation). On produit certes des films qui parfois ne sont même pas projetés dans les salles de cinéma, sachant que celles-ci sont en voie d’extinction progressive. L’absence d’une vision claire qui a marqué les années quatre-vingt, 90 et la première décennie du troisième millénaire, à la suite de l’institution du fonds d’aide, n’augure pas de véritable révolution, ni dans les structures, ni dans les pratiques (à part l’introduction du numérique).
La crise du cinéma ne date pas d’hier, elle était endémique depuis les années quatre-vingt-dix. Malheureusement, rien de concret n’a été fait pour parer à la débandade que connaît le secteur. Les facteurs inhibiteurs s’étaient multipliés au fil des années. Après la télévision (1970) et l’invasion satellitaire (1995), le phénomène du piratage est venu enfoncer le clou. En effet, le secteur de l’exploitation s’en trouve sinistré. On a actuellement l’impression que cette crise est maintenant vécue comme une fatalité aussi bien par les exploitants des salles que les distributeurs de films.
Le parc qui comptait 240 salles de cinéma dans les années quatre-vingt, n’en renferme plus qu’une cinquantaine, totalisant quelque 70 écrans opérationnels. Il est vrai que la profusion des chaînes satellitaires a été pour quelque chose dans la chute de la fréquentation. Il y a certes un grand nombre de facteurs qui a concouru à la défection du public des salles, mais le piratage est venu ces dernières années pour donner le coup fatal à un secteur déjà moribond. L’abondance de l’offre audiovisuelle et l’accès facile aux DVD piratés ont gravement sapé la distribution et l’exploitation du cinéma au Maroc. Les sorties en DVD anticipent généralement la programmation des salles. Les copies des productions américaines et autres sont disponibles au prix de 10 à 8 DH. La dernière grosse production américaine est disponible en DVD à 10, voire 5 DH, quelques semaines avant sa sortie dans les salles de cinéma en Europe. C’est le cas d’Alexandre le grand d’Oliver Stone, disponible en VCD juste une semaine après l’avant-première du film au FIFM.
Durant l’année 1998, les salles du royaume ont compté quelque 13 millions de spectateurs. Cinq ans plus tard en 2003, ceux-ci n’avoisinent plus que les 9 millions. Il ne reste plus que quelque 50 salles, essaimées dans le pays, dont à peine une vingtaine répondant aux critères de qualité de l’image, du son et du confort. En 2005, l’exploitation en salles aura enregistré moins de 4,2 millions d’entrées, soit 30 % de moins que l’année précédente et 67 674 704 DH de recettes. Les statistiques relatives à l’exploitation (source CCM) montrent que les salles sont en nette régression.
Statistiques exploitation salles
Années
Nombre de salles
Nombre d’entrées
Recettes en DH
2009
117
4 312 337
67 674 704
2008
117
4 312 337
67 674 704
2007
117
4 312 337
67 674 704
2006
117
4 312 337
67 674 704
2005
117
4 312 337
67 674 704
2004
153
6 021 905
90 042 519
2003
160
9 369 460
125 875 071
2002

8 049 979
93 322 452
2001

11 614 845
116 179 438
2000
117
4 312 337
67 674 704
Les manifestations comme tremplin
Les manifestations cinématographiques constituent une marge de liberté supérieure à celle d’autres festivals. Les JCC se sont attachées à mettre en exergue la production cinématographique maghrébine, de même que le Festival International du cinéma méditerranéen de Tétouan et tout récemment de Le Panorama du Maghreb de Saint-Denis qui a trouvé son ancrage il y a 4 ans. Ce rendez-vous présente non seulement des œuvres de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie, mais aussi celles faites par des auteurs qui s’intéressent à ces pays, ou issus de la diaspora, avec une sélection de 30 films documentaires, fictions, longs et courts métrages d’hier et d’aujourd’hui, Une table ronde est aussi prévue le 1er mai sur le thème « Peut-on parler d’une relance du cinéma au Maghreb ? »
Oujda, capitale du cinéma maghrébin
À l’origine, la septième édition du Festival national du film, organisée en juin 2003 à Oujda, constitua « un cadre propice de rencontres de dialogues et d’échanges cinématographiques permettant d’ouvrir une fenêtre sur le « Septième Art maghrébin ». C’est ainsi que fut programmée la projection de sept films issus du cinéma maghrébin, d’une coproduction maroco-tunisienne, et de Mauritanie et la tenue d’une table ronde sur la coopération cinématographique maghrébine à laquelle participèrent plusieurs cinéastes et responsables en la matière des pays du Maghreb arabe. Cette rencontre permit la réactivation de l’accord maghrébin de coopération et de coproduction cinématographiques, conclu lors de la troisième édition du festival national qui s’est tenue à Meknès en 1991.
Les professionnels maghrébins du cinéma participant ont été unanimes à souligner la nécessité de renforcer les rapports intermaghrébins par la relance de la coopération maghrébine dans ce domaine et de lui donner un contenu plus concret.
Les différents intervenants ont exprimé leur volonté d’aller de l’avant pour contribuer à l’édification du cinéma maghrébin et formulé l’espoir d’asseoir toutes les conditions nécessaires pour une coopération constructive et bénéfique à tous les pays du Maghreb.
Le premier Festival maghrébin
Deux ans plus tard, Oujda accueillit du 18 au 23 juillet 2005 le 1er Festival du film maghrébin, rassemblant ainsi des cinéastes venus d’Algérie, de Tunisie, de Libye et de Mauritanie, et bien sûr du Maroc. Au-delà de la compétition, une rétrospective fut consacrée au cinéma libyen et mauritanien. L’occasion de découvrir les filmographies de deux pays maghrébins beaucoup moins productifs, mais dont les productions sont beaucoup moins connues. La rubrique « Projections en parallèle », rendit hommage à des cinéastes des cinq pays du Maghreb.
Érigée à l’occasion en carrefour de rencontres et d’échanges et trait d’union entre le Maghreb et l’Europe, la capitale de l’Oriental « entendit donner à cette édition une dimension maghrébine et internationale et concrétiser les valeurs d’ouverture et de coexistence » au sein des travaux de cette manifestation qui ambitionna de relancer la coopération maghrébine dans ce domaine et de lui donner un contenu plus concret.
Pour ce faire, les représentants du cinéma des pays du Maghreb (directeurs des organismes cinématographiques, producteurs, réalisateurs et distributeurs, critiques et journalistes des pays du Maghreb) se sont succédé pour exprimer leur volonté d’aller de l’avant pour contribuer à l’édification du cinéma maghrébin.
Une table ronde autour du thème « Cinéma et mémoire du cinéma », sera marquée par les interventions « d’une pléiade d’intellectuels et cinéphiles maghrébins ».
Le festival constitua un espace de dialogue et d’échange d’idées et d’expériences entre les professionnels maghrébins du secteur, une opportunité de rencontres entre les distributeurs pour les inciter à diffuser les films maghrébins dans les cinq pays. Une occasion aussi pour les producteurs d’étudier la possibilité de coproduire des films et une plate-forme d’échanges entre les responsables des chaînes de télévisions des cinq pays pour une coopération concrète.
Une interface régulière et fonctionnelle
Quelles sont les fonctions multiples d’une interface culturelle ?
D’abord en tant qu’espace pour le contact des créatifs et de la visibilité des productions filmiques. La mise en place d’un lieu d’échanges d’idées et d’expériences diverses entre les créateurs, constitue une opportunité de rencontre entre les distributeurs pour les inciter à diffuser les films maghrébins dans les cinq pays, permettre à des producteurs d’étudier la possibilité de coproduire des films ensemble et, par-delà, être une plate-forme d’échanges entre les responsables des chaînes de télévisions des cinq pays pour une coopération concrète.
Les organisateurs du FFMO eurent pour ambition de hisser le festival du cinéma maghrébin au Hit-parade des manifestations cinématographiques régionales. Pour ce, une manifestation de c caractère ou similaire devait assurer popularité, prestige et pérennité. Popularité par la qualité des programmes offerts au grand public, prestige par la présence des cinéastes et acteurs de grande renommée, pérennité par la crédibilité des partenaires, associés et sponsors.
Les longs métrages en compétition ont été accessibles à tous les publics. D’une part, les projections, gratuites, ont permis de drainer une foule considérable surtout lors des projections en soirée. Côté prestige, la population d’Oujda a pu rencontrer les vedettes dont Si Ali Kouirat, l’acteur algérien, qui a remporté tous les suffrages et le prix du meilleur interprète, ex aequo avec un comédien marocain de grande facture, Mohamed Majd.
L’union par le cinéma
Les trois pays du Maghreb ont aujourd’hui leur association de cinéma. Il s’agit de « Maghreb cinémas » qui regroupe la Tunisie, l’Algérie et le Maroc et qui a pour but de promouvoir le 7e art maghrébin.
Cette association, qui se veut un espace de libre réflexion et d’échange d’expériences et de dialogue entre les cinéastes maghrébins de toutes les générations, a été fondée par une trentaine de réalisateurs des pays du Maghreb et de la diaspora maghrébine, réunis lors de la manifestation « Porte ouvertes : Tunisie, Algérie, Maroc », initiée dans le cadre du 58e Festival International du Film de Locarno (en Suisse, qui a eu lieu du 3 au 13 août 2005).
Toujours est-il que dans les manifestations organisées au Maroc en 2003 et plus particulièrement à travers le premier Festival du Film Maghrébin d’Oujda (FFMO) en 2005, on persiste pour la création d’un espace cinématographique maghrébin pour instaurer un véritable dialogue et échange. Et comme pour marquer le pas, la création d’une Association renforce le dispositif afin d’affirmer une expression diversifiée sur le plan international.
Une initiative fort louable qui permettra de « mieux promouvoir le cinéma maghrébin à travers le monde ». Elle est l’œuvre d‘un groupe de réalisateurs tunisiens, algériens et marocains qui ont décidé de donner naissance à une association commune. Une structure qui permettrait de défendre et de promouvoir l’intérêt du cinéma maghrébin. « En se regroupant et en développant des projets en commun, nous pouvons mieux affronter le défi de la mondialisation », ajoute Farida Benlyazid. Une manière selon l’artiste de prôner la devise : « l’union fait la force ».
Cette initiative d’envergure fut initiée par plusieurs réalisateurs des pays du Maghreb et des réalisateurs de la diaspora maghrébine dont Mohamed Chouikh, Belkacem Hadjadji, Mouzahem Yahia, Brahim Tsaki, Saïd ould Khelifa, Nadia Cherabi et Malek Bensmaïl d’Algérie, Nawfal Saheb-Ettaba, Nouri Bouzid, Nidhal Chatta, Ferid Boughedir, Ibrahim Letaief et Kamel Regaya de la Tunisie, Mohamed Asli, Daoud Aoulad Sayad, Jilali Ferhati, Hassan Benjelloun, Farida Benlyazid, Ahmed Belghiti et Saad Chraibi du Maroc qui en est le porte-parole. Les réalisateurs Hassan Leghzouli et Izza Genini (Maroc-France), Yasmine Kassari et Nejia Ben Mabrouk (Maroc- Belgique), Kamel Cherif, Nacer Khemir, Jilani Saadi et Raja Amari (Tunisie-France), Hicham Alhayat (Maroc- Suisse), Jean pierre Lledo (France-Algérie), M’hamed Zineddine (Maroc-Italie) et Mohamed Soudani (Suisse-Algérie), font aussi partie des fondateurs de « Maghreb Cinémas ».
Cette instance est « conçue juridiquement comme une association internationale ayant au départ des antennes dans trois pays du Maghreb ». Ainsi, il y aura donc Une antenne « Maghreb cinémas Casablanca », « Maghreb cinémas Alger » et « Maghreb cinémas Tunis ». Le site de « Maghreb Cinémas » sera hébergé provisoirement par la Cinémathèque de Tanger dans l’attente de la création de son site et sa base de données propre.
L’association « Maghreb cinémas » aura essentiellement, selon les organisateurs une mission de promotion du cinéma maghrébin. Grâce à l’effet de solidarité, des projets cinématographiques pourront être organisés en commun. C’est une structure qui permettra également de représenter les trois pays du Maghreb lors des festivals internationaux de cinéma et donnera l’occasion aux cinéastes, d’une part, de mieux défendre leurs productions lors des manifestations du Nord et, d’autre part, de mieux dialoguer avec l’Union Européenne. À la suite des différentes expériences, qui ont échoué dans le cadre de l’union maghrébine, les réalisateurs affichent leur optimisme sachant bien que « ce projet ne peut être que bénéfique pour le cinéma maghrébin », espérant bien que cette initiative se concrétise en assurant la promotion du cinéma maghrébin à travers le monde.

///Article N° : 11195

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