Soif

De Saad Chraïbi

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L’auteur de Femmes… et femmes, peinture de femmes dans le Maroc d’aujourd’hui qui y avait rencontré un franc succès, situe cette fois son film à la fin de l’époque coloniale. Encore une glorification du combat contre le colonisateur pour la libération nationale ? Aucunement ! Si la lutte nationaliste est bel et bien montrée, elle improvise et fait des erreurs ! Quant au lieutenant français qui commande la petite garnison, c’est un bon bougre qui se demande ce qu’il fait là. Plus encore, sa femme photographe entretient des rapports intimes avec des Marocains. De cette ambiguïté naîtront les problèmes qui, plus que la lutte elle-même, feront l’action du film. C’est bien sûr tout l’intérêt de ce beau film de retravailler ainsi l’Histoire en privilégiant les rapports humains : il n’y a pas les bons et les méchants, il y a tout simplement des hommes et des femmes bien vivants et contradictoires qui vivent leurs désirs autant que leurs idéaux. Le moment de l’indépendance est également étonnant, montrant gardiens et prisonniers tous marocains s’embrasser, le nouvel ordre n’étant plus division mais unité.
Sans tomber dans l’esthétisme, l’image épouse les couleurs sable et ocre avec une grande douceur, sans doute un peu classique mais illustrant l’amour de cette terre que l’on cherche à libérer, tandis que plusieurs fois dans le film, une respiration poétique vient illustrer le propos, en accord avec l’importance accordée à l’expression poétique en culture arabe et notamment dans le Sud marocain.
C’est la même volonté émotionnelle qui fera à plusieurs reprises naître et mourir en même temps les enfants, les vieux et la société, au risque de rendre le scénario trop construit.
Il n’en reste pas moins un film sensible qui confirme les talents du réalisateur.

Maroc, 2000, 109 min., avec Abdallah Didane (Mouh), Mouna Fettou (Menna), Lean-Michel Noirey (Teniente), Louise Lemoine (Florence). prod. Cinautre. ///Article N° : 2631

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