Soley, de Yann Levy et Thomas Noreille

Le rude apprentissage du courage

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Diffusé sur France Ô dans Archipels le dimanche 11 janvier à 14 h 20, Soley témoignage de la vitalité du peuple haïtien dans sa lutte pour la survie et des enjeux humains et politiques à l’oeuvre.

Soley est un film sur le courage. Ce n’est pas une success story enthousiasmante : ces hommes et cette femme qui s’entraînent pour que la boxe leur permette d’éviter la misère n’échapperont pas forcément à leur condition. Mais ils continueront à lutter. Si la boxe est pour eux un exutoire, un espoir de s’en tirer en y trouvant un revenu décent voire un moyen de devenir célèbre, l’intérêt du film de Yann Levy et Thomas Noreille ne se limite cependant pas à cette constatation. La démarche de ces boxeurs est certes emblématique de l’impressionnante vitalité de survie qu’ont développé les Haïtiens confrontés à la catastrophe du tremblement de terre du 12 janvier 2010, une vitalité qui ne leur était pas nouvelle tant elle leur est nécessaire au quotidien depuis des siècles. Cette vitalité s’est exprimée de toutes les façons possibles et nombreux sont les documentaires qui en rendent compte. Mais la force spéciale de Soley est dans la boxe, qui représente à elle seule si clairement le corps-à-corps pour la survie. Le défi et le paradoxe sont énormes : se réapproprier sa vie par la force des poings.
Si bien que le film s’intéresse plus particulièrement à ces corps en entraînement, à leur souffrance et leur silencieuse obstination. Sueur, regards au loin, rêves. C’est un combat solitaire, où chacun se mesure à lui-même. C’est Prométhée qui défie Dieu et se retrouve attaché à un rocher à se faire bouffer le foie tous les jours. Deux figures se détachent : Djaoul qui boxe pour échapper aux gangs de Cité Soleil, et Sonyto qui représente l’espoir de la jeune boxe amateur haïtienne. Face à la violence qui domine le bidonville, la boxe est pour Djaoul une possibilité de maîtriser son espace. Et pour Sonyto, qui entraîne ses camarades, un moyen de les aider à s’en sortir. Les réalisateurs n’en font pas des figures de héros, pas plus que de Pierre-Edy, le président de la fédération de boxe amateur, qui aide sans d’autres moyens que les siens. Le seul qui joue les héros, c’est le président Martelly qui vient sur place, promet un gymnase, et puis s’en va. On comprend vite que Cité Soleil, cette « cité de brigands », sera laissée à elle-même. Les boxeurs restent seuls face à la mer et à la mort, nus comme sur le ring.
Guerline aussi, la seule boxeuse du groupe, travaille dur pour accéder aux podiums. Elle fait penser à ces boxeuses de Kinshasa que Renaud Barret et Florent de La Tullaye avaient filmées dans Victoire Terminus (2006). Elles aussi croyaient que la boxe leur permettrait de gagner leur vie. Le film, qui évitait les interviews pour privilégier au plus près le quotidien et la parole captée, se concentrait sur le rythme du groupe et la vitalité de la synergie. Film de télévision, Soley donne davantage la parole en style reportage mais, par son montage serré et ses ambiances intimes, fait lui aussi saisir la résistance à l’œuvre. Il allie le sens de l’image du photographe Yann Levy et le vécu de proximité de Thomas Noreille, cinéaste franco-suisse qui a vécu trois ans en Haïti avant d’être kidnappé une semaine en 2007 et y revient régulièrement réaliser des films. (1)
Produit par Velvet Films, la société de production de Raoul Peck, Soley témoigne du rude apprentissage du dépassement, du domptage de la rage, de la maîtrise de son destin. Soley est une plongée au pays du courage.

1. Et coproduire des émissions de sensibilisation avec la troupe des « Rescapés » qui proposent aussi depuis 2010 des ateliers artistiques et des spectacles comiques avec les enfants des camps de sans-abriscf. www.digiprod.org et www.lesrescapes.com///Article N° : 12684

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© Yann Levy
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