Son nom est Patson

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On l’appelle le « cocktail explosif« , le « beau gosse« , le « cow-boy du stand-up » ou l' »ennemi des femmes« … A tout juste 40 ans, Patson est surtout devenu l’un des humoristes incontournables de l’Hexagone, riant de tout avec tous et dans la meilleur humeur. Yes Papa ! Jeu de jambes ! Plongée dans la vie d’un artiste qui n’oublie pas son prochain.

Il nous attend dans un café de Bastille (Paris), confortablement installé dans un fauteuil et déjà affairé au téléphone. Au programme ? L’avenir des acteurs de La vie de ma mère, la banlieue est drôle , pièce qu’il a écrit et mis en scène : « l’idée, c’est de développer des duos pour Linda Zohra et Sarah Eva, Jackie Toto et Ricardo et des spectacles individuels pour les autres » explique-t-il en raccrochant. « Cette année, ils rejoueront la pièce tous les dimanches au Splendid (1)« .
« Un vrai comédien est humain »
Depuis 2009, Patson organise en effet des Top Show dans différentes villes de France (Épinay-sur-Seine, Creil, L’Haÿ-les-Roses, Évry) afin de sélectionner des jeunes et leur faire présenter sur scène, en trois mois, des numéros mêlant danse, théâtre, chant et humour. « Ça faisait longtemps que ça trottait dans ma tête. J’ai été éducateur, je suis comédien… Je cherchais comment combiner les deux« .

Sur 300 à 400 candidats, Patson en retient 40 avec qui il travaille pointilleusement à la préparation d’un spectacle dont l’entrée est toujours payante «  parce qu’il faut savoir apprécier les choses« . «  Je travaille à former des humains avant tout, quelle que soit leur couleur de peau, explique celui qui a fait de son groupe une famille. On les responsabilise, on leur montre qu’il y a des lois, on leur apprend le respect. Je veux d’abord faire d’eux des citoyens. Un vrai comédien, c’est quelqu’un qui est humain« . Et regrette : «  Certains jeunes veulent être des stars, passer à la télé et jouer devant 1000 personnes. S’il y a deux personnes dans la salle, ils annulent leur spectacle. Non ! Il faut jouer devant deux personnes et finir devant 1000 personnes, pas l’inverse. Celui qui monte par l’ascenseur descend très vite alors que celui qui prend l’escalier ira plus loin« .
D’Adiaké à l’Île-de-France
Crâne rasé, anneau à l’oreille, regard pétillant, Patson – de son vrai nom Patrice Kouassi Mian – vient justement de loin. Né à Adiaké dans le sud-est de la Côte d’Ivoire, c’est pré-adolescent qu’il est envoyé en France par sa mère, «  au départ pour les vacances« ,en fait pour plus longtemps. Logeant dans la famille ou chez les amis à travers toute l’Île-de-France (Yerres, Les Ulis, Évry, Corbeil, Montreuil…), Patson se retrouve souvent seul. «  Dans ces cas-là, tu dors là où la nuit tombe. J’étais un manouche sans domicile« .

Durant ses années collège à Yerres (91), il fait la connaissance d’une prof d’anglais qui le prend sous son aile et l’introduit auprès de ceux qu’il appelle aujourd’hui «  ses parents adoptifs  » et à qui il ne manque jamais de rendre hommage dans ses spectacles. Un couple français qui l’héberge et l’élève comme leur propre enfant.


Patson homme de couleur par pauletadevreux

Puis vient le temps du lycée à Quincy-sur-Sénart et Savigny-sur-Orge (91), et du BTS «  Mava » (Maintenance et après-vente automobile) qu’il obtient «  en trichant » à Noisy-le-Grand (93) : «  le vendredi je disais à mon voisin de classe : Tu révises hein ? Parce que lundi je vais copier !« , raconte Patson dans un éclat de rire.

Après avoir travaillé quelques temps dans des garages et enseigné la boxe, Patson devient Éducateur de la Protection judiciaire de la jeunesse (PJJ), sans diplôme mais avec « mon expérience du terrain et ma grande gueule. Je n’ai pas attendu d’être artiste pour aider les autres, c’était naturel« . Deux ans plus tard naît son association Micro d’Or qui soutient des projets humanitaires et d’entraides en France comme en Afrique. « Je ne touche aucune subvention. Je suis libre. C’est mon argent que j’investis depuis 1996 dans cette association. Nous avons un réseau : si quelqu’un a besoin de quelque chose, on le lui trouve« .
 » Le rire soigne « 
En parallèle de son travail, Patson démarre des cours de comédie au Point-Virgule de Paris, une démarche logique pour celui qui, réglait déjà «  les problèmes des jeunes par l’humour » à la PJJ. « Le rire ne se vend pas à la pharmacie mais il soigne« . Comme la sœur du joueur de foot Mamadou Sakho qui a accouché « de rire », à sept mois, lors d’un de ses spectacles : « C’est le plus beau métier du monde« , atteste l’artiste avec un large sourire.

Pour autant, Patson a bien conscience que pour beaucoup de gens, comédien n’est pas un métier : « Quand ma mère dit que son fils est comédien, les gens lui répondent : Ah oui ? Il est allé en France pour raconter des blagues ?« . Un point de vue qui a tôt fait d’énerver notre humoriste : «  Monter sur scène c’est du boulot. Écrire une vanne qui reste, c’est du boulot. D’ailleurs on paie plus d’impôts que ceux qui disent que ce n’est pas un boulot !« .

Le besoin de formation, Patson l’a ressenti dès le Point Virgule. En 2001, l’envie de changer d’air le prend. Les États-Unis le branchent mais l’anglais est une barrière. Direction Trois-Rivières au Canada, ce pays « au métissage culturel où tout le monde peut tenter sa chance« , pour un séjour qui lui apporte beaucoup de sérénité dans l’écriture et l’improvisation.

Deux ans plus tard, retour en France («  parce que c’est chez moi et que j’avais envie de percer ici « ) et sur les planches, à La Taverne à Paris, aux côtés d’autres humoristes comme Mathieu Madénian. «  Je jouais tous les soirs dans un sous-sol et quand les gens tiraient la chasse, on entendait tout !« . Une expérience qui forge son moral d’acier « Un soir, je jouais devant quatre personnes. Deux femmes ont passé leur temps à discuter et m’ont laissé un commentaire insultant. Ça m’a tellement révolté que c’est devenu un défi de percer pour leur montrer que oui, je suis un comédien« .

L’avenir lui donnera raison. De 2005 à 2011, Patson anime des pastilles humoristiques sur la chaîne Africa N°1 (Les Canulars de Patson, devenus cette année Yes papa l’émission), participe aux clips de Mokobé, Magic System et Awilo Longomba, présente ses spectacles Homme deux couleurs(2006) et Le Patson Show (2006-2008), et intègre l’équipe du Jamel Comedy Club de 2006 à 2007. « Jamel Debbouze, quelqu’un lui a dit « Il y a un fou sur le terrain » et il a répondu « Il me le faut ». Le Comedy Club, ça m’a permis de gagner du temps au niveau médiatique« .

La consécration, elle, vient avec son spectacle Yes We Can Papa qui le mène de la scène du Palais des Glaces (2010) à l’Olympia (2011). Aujourd’hui, son troisième spectacle Mon nom est Patson  est à l’affiche du Théâtre du Gymnase de Paris (2). Mais pour Patson, rien n’arrive par hasard. « J’aime travailler, lire, écrire… Être complet, c’est important. L’écriture de mon prochain spectacle est terminée. Ce sera le bilan de mes dix années professionnelles « .
Un Top Show en Afrique ?
Sollicité par plusieurs villes pour accueillir le Top Show, Patson se concentre pour l’instant sur La vie de ma mère, la banlieue est drôle , cette pièce qu’il a créée en 2013 avec des jeunes du Top Show de Sarcelles et produit avec sa société KPM L’Araignée. Et songe à ouvrir une école, en France et en Afrique francophone, pour accompagner les comédiens. « Il y a un peu de stand-up dans les rues en Afrique mais il faut de la technique et que les gens considèrent cela comme un métier. Il y a plein de choses à faire, réorganiser, structurer. J’aimerai faire un Top Show en Afrique pour ensuite présenter les meilleurs ici. Je donne des conseils à des comédiens au Cameroun, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, au Congo, au Mali, au Burkina Faso… Mais il faut créer de l’emploi autour, pas seulement les comédiens : des régisseurs, des ingénieurs sons, des attachés de presse… C’est dommage d’avoir un bon artiste sans équipe ou une bonne équipe sans artiste, c’est un tout« .

Quel que soit le message, Patson n’a qu’un mot d’ordre : l’éducation. « Dans tout pays, la culture est au centre de l’éducation. On a tendance à bâcler ça. L’économie d’un pays tient parce qu’il y a la culture et l’éducation derrière. L’avenir du monde, c’est la culture, la jeunesse…« . Alors, pour y parvenir, l’homme qui se définit comme « arrivant quand les gens ont des soucis« , préfère prendre son temps : « Il faut d’abord que je sois bien assis ici pour pouvoir aider là-bas. Mais je le ferai« .

(1) La vie de ma mère, ma banlieue est drôle sera repris à partir du dimanche 28 septembre 2014 à 15h30 au Théâtre du Splendid de Paris

(2) Mon nom est Patson du mardi au samedi à 21h30 au Théâtre du Gymnase///Article N° : 12405

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Les images de l'article
Patson © DR
Patrice Kouassi Mian © Cécile Rogue




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