Le Festival du film de Masuku fait un pas de plus

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La seconde édition de l’événement spécialisé sur la nature et l’environnement s’est déroulée du 13 au 17 août 2014 à Franceville, à près de 800 km de Libreville, la capitale gabonaise. Malgré une programmation riche, le festival cherche encore son public et doit convaincre les cinéastes gabonais.

La carte blanche consacrée à Jean-Claude Cheyssial annonçait déjà la couleur de cette seconde édition du Festival du film de Masuku, nature et environnement. Cinq documentaires du réalisateur français, par ailleurs professeur associé au département cinéma de l’Université de Bordeaux 3, ont été programmés hors compétition. Des films qui amènent le spectateur au cœur d’une forêt gabonaise luxuriante pour lui faire découvrir ses traditions, ses mythes et sa spiritualité.
Cette année, la programmation a été plus diversifiée et ouverte à l’international. C’est le film Siggil, un court-métrage fiction du Français Rémi Mazet (20mn, 2010) qui remporte l’unique distinction du festival, le Prix du public. Ce film nous balade dans des quartiers populaires de Dakar où un vieil homme noir promène une chienne blanche qu’il finit par perdre. Sa quête va alors le conduire à la grande décharge de Mbeubeuss. Siggil interroge l’urbanisme et la place de l’homme dans son cadre de vie.
Autre film remarqué : A la recherche des origines ? 2 milliards d’années d’histoire (44 minutes, 2013) d’Abdelkader El Albani. Ce documentaire retrace la découverte, près de Franceville, de plus de 250 fossiles en excellent état qui prouvent, pour la première fois, l’existence d’organismes pluricellulaires il y a 2,1 milliards d’années. Jusque-là, on supposait que la vie multicellulaire était apparue sur la terre il y a seulement 600 millions d’années. À l’ouverture du festival le 13 août, un hommage a été rendu à Bakary Diallo, dont le film Dankumba (12mn, 2001) était en compétition officielle. Le réalisateur malien est décédé dans le crash d’Air Algérie le 24 juillet dernier, en compagnie de son confrère camerounais Lorenzo Mbiahou.
Concurrence
Cependant, les 18 films annoncés dans le programme du festival n’ont pas été tous diffusés. Nadine Otsobogo, la déléguée générale du festival par ailleurs réalisatrice et chef maquilleuse, l’explique par la présence d’autres écrans dans la ville : « Cette année à Franceville, au mois d’août, il y a eu au moins trois projections organisées par d’autres structures, ce qui n’était pas du tout prévu pour nous. C’était assez compliqué à gérer ».
En effet, dans le cadre de la caravane « Beaufort cinéma plein air », la Société des Brasseries du Gabon (Sobraga) organise une tournée nationale de projections en plein air du 28 juillet au 13 septembre 2014 dans neuf villes, à raison de trois soirées par ville. À Franceville, « Beaufort cinéma plein air » a coïncidé le festival Masuku. Les deux événements avaient pour partenaire l’Institut gabonais de l’image et du son (Igis).
Nadine Otsobogo est quelque peu amère : « C’est bien qu’il puisse y avoir plusieurs festivals ou caravanes au Gabon mais c’est dommage que dans une ville comme Franceville, il y ait plusieurs écrans pendant la même période. Nous ne sommes pas en concurrence. Notre but est que le public puisse aimer le cinéma et qu’à la longue, on ouvre des salles. Nous encourageons les gens à s’unir pour proposer le meilleur de la culture gabonaise et internationale puisqu’on a le même but ».
Toutefois ce fut difficile pour Masuku de rassembler autour d’un écran de 4x3m et des films pas toujours grand public, pendant que la caravane de la Sobraga installait un écran géant de 10x7m et diffusait des films gabonais (des classiques et des productions récentes) au cœur de Potos, quartier le plus chaud de la ville.
Le festival de Masuku s’en ai tiré avec à peine une trentaine de spectateurs à chaque projection, en dehors de la soirée d’ouverture.
Directeur de l’Institut gabonais de l’image et du son, Imunga Ivanga précise que si l’Igis est partenaire des deux événements, il n’en est pas l’initiateur : « nous n’avons aucune influence sur les dates choisies par les deux structures. Nous leur avons fourni des contenus (des films) mais elles avaient d’autres partenaires que nous. Le Festival du Film de Masuku est construit autour d’une thématique bien précise : la question de la nature et l’environnement. Avec des rencontres, des ateliers. Cela se veut plus structuré, très ciblé. L’opération de la société Sobraga vise, elle, à un divertissement total. Cela laisse donc le choix au public. A mon avis différent. Ce qui est intéressant c’est de voir l’intérêt grandissant d’aller à la rencontre de ce public, au-delà de la capitale Libreville ».
Annulation
Sur ses affiches, le festival Masuku annonçait d’autres activités : un atelier de formation et un marché du film. Seul l’atelier sur l’assistanat de mise en scène s’est tenu, animé par François Onana Mezuimendong, scénariste et réalisateur gabonais. L’année dernière, au cours de la première édition du festival, le public s’était montré intéressé à acquérir des copies des films qu’ils avaient regardés pour les partager avec leurs familles. Le marché du film devait essentiellement être consacré aux films gabonais sortis en Dvd. Mais les producteurs, pourtant enthousiastes au départ, n’ont finalement pas envoyé leurs films ni fait le déplacement de Franceville. Nadine Ostobogo le justifie par la nouveauté de la démarche : « Pour l’instant, je crois qu’ils ne s’y retrouvent pas. On se méfie en général de ce qui est nouveau. Nous n’avons pas à conquérir ces personnes. Le but de notre association est la culture pour tous, et l’environnement c’est l’affaire de tous ».
Malgré ces difficultés, la promotrice du festival reste optimiste : « Le bilan est assez positif car à la première édition, on n’avait pas eu autant de films ni autant d’engouement. Notre parrain de l’année dernière [Le ministre sénégalais de l’environnement, N.D.L.R.] n’avait pas pu se déplacer. Cette année, nous avons eu une marraine [Danny Sarazin, directrice du Festival international du film animalier et sur l’environnement à Rabat au Maroc, N.D.L.R.] qui était là, qui nous a impulsés. Elle a apprécié les films et l’initiative. Des bénévoles ont fait le déplacement depuis Libreville pour nous soutenir. Il y a des choses à améliorer évidemment, mais c’est positif, sincèrement, dans l’ensemble ».
Le festival du film de Masuku a pour but de sensibiliser, à travers l’image, le grand public sur la préservation de l’environnement. Il entend multiplier les initiatives tout au long de l’année, pour mobiliser davantage le public au moment du festival. Imunga Ivanga estime que « le festival est jeune et il va grandir d’années en années. Il en a le potentiel. Et ses initiateurs ont la volonté et du talent. Le succès suivra naturellement. C’est un travail de longue haleine. Nous avons initié les Escales Documentaires de Libreville qui en sera à sa 9e édition et c’est toujours un combat de rallier le public. Mais un festival s’apprécie également sur d’autres aspects ».

///Article N° : 12401

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