Dôlè

D'Imunga Ivanga

Pour une poignée de "Dôlè"
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L’action de Dôlè se situe à Libreville, à travers le destin de cinq garçons d’une quinzaine d’années (Mougler, Baby Lee, Joker, Akson et Bézingo) que la providence a bien voulu réunir dans la vie des « matitis » (on dit aussi « mapanes »), ces quartiers de survie qu’on appelle ailleurs « bidonvilles » ou « favelas ».
Ici pas de dénonciation, pas d’antagonisme attendu entre riches et pauvres : le film montre ces jeunes dans leur milieu, vivant leurs rêves, leurs désirs mais également leurs frustrations dans un espace fermé qui n’est pas sans rappeler l’univers kafkaïen. Témoins des menus larcins et des plans boiteux de la petite bande, le spectateur se trouve parfois malgré lui complice du jeu des acteurs, tant leur cause est indéfendable.
Le film d’Imunga Ivanga inverse également les valeurs dans le choix des acteurs. Contrairement à la tendance observée jusqu’ici dans le cinéma gabonais, les premiers rôles sont confiés aux jeunes comédiens, qui quoique néophytes de la scène, ont su intégrer à merveille leurs personnages, tandis que les seconds rôles sont confiés aux comédiens adultes confirmés.
Ombre et lumière
Les images de Dôlè, suffisamment expressives, ne laissent pas indifférent ; prises sur le vif, dans le concret, elles donnent à voir autrement la modernité gabonaise. La caméra ne dit pas plus, mais préfère suggérer par le jeu d’ombre et de lumière, ou par de gros plan saisissants ou encore par le flux continu d’images en cascade qui disent la vie folle et trépidante des matitis. C’est le non-dit qui est amplifié. Un de ces non-dits qui offre au spectateur une grande ouverture de lecture.
La caméra d’Imunga Ivanga scrute la pensée, louvoie, s’accroche à des détails qui, en clin d’œil, formulent le mal-être des personnages à travers l’évolution de la bande à Mougler. Cette nouvelle écriture filmique toute en finesse nous sort des clichés et scénarii qui n’usaient pas du montrer/cacher. Toute cette aventure est dépeinte sur les rythmes et la musique mesurée des artistes musiciens nationaux (François N’gwa, Annie-Flore Batchiellilys, Marcel Réténo). L’accompagnement musical épouse l’émotion des personnages et des situations, prenant le spectateur dans une belle profusion de sons, de couleurs et d’émotions. A caractère sociologique, le film d’Imunga Ivanga se démarque finalement de ses prédécesseurs, par son écriture, sa sensibilité, son feeling proche du zapping et son ambiance musicale.

///Article N° : 1811

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