Le renouveau du cinéma gabonais

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La politique de restructuration du cinéma gabonais entreprise depuis le début des années 90 par le Centre National du Cinéma gabonais (CENACI) sous la houlette de Charles Mensah commence à porter ses fruits. On constate une relance de l’activité cinématographique et audiovisuelle, qui met en exergue des films explorant une thématique riche et variée : du religieux au biographique en passant par le fantastique, l’historique, le sociologique… Si le point positif est la régularité dans la production des films, il reste quelques faiblesses au niveau des ressources humaines et du financement.
La question du financement pose d’abord celle de l’autofinancement. L’aide de l’Etat a été très importante dans le milieu des années 70 et le début des années 80, mais elle conduisit au développement d’un cinéma « officiel ». L’intervention directe de l’Etat s’étendait alors jusqu’aux choix artistiques. Il pouvait décider du scénario, des comédiens, du rythme du tournage, etc. Puis, des contradictions d’individus ont fait cesser son intérêt pour le cinéma. Par la suite, une réflexion personnelle conduite par l’actuel directeur général, convaincu de la nécessité de redonner un nouveau souffle au 7ème art, a pu, grâce au soutien du ministère des finances, obtenir l’augmentation du budget de fonctionnement et de production du CENACI.
Une douzaine de films ont ainsi été tournés en moins de dix ans. Ce qui est assez inédit dans cette dynamique, c’est que c’est à partir de la production vidéo que le cinéma gabonais a pu se requinquer.
Aujourd’hui il s’agit de réfléchir à la manière dont on pourrait renforcer l’aide octroyée par l’Etat en créant une sorte de fonds de soutien à la production. Cela doit nous emmener à mieux penser l’organisation de notre profession. Certains axes de sensibilisation s’imposent comme la création de nouvelles salles de cinémas, une billetterie, des textes réglementaires pour organiser le marché.
Il faudrait également s’attaquer à l’exploitation et à la vente des cassettes vidéo qui sont un grand mal pour la fréquentation des quelques rares salles existantes. Les vidéo-clubs, comme on les désigne ici, inondent les foyers de nouveautés américaines et européennes qui transitent par le circuit canadien avant de pénétrer au Gabon. Dans la mesure où ce commerce se développe de façon anarchique, on pourrait imaginer une taxe sur l’achat et la location de cassettes vidéo. Elle permettrait de reverser des droits aux auteurs de ces films et contribuerait partiellement à alimenter un fonds local de soutien à la production.
Les mécanismes d’aide internationale sont une solution complémentaire. Dans bien des cas, ils conduisent à un partenariat, c’est-à-dire à des co-productions. La réalité est qu’aucun pays en Afrique subsaharienne, en dehors de l’Afrique du Sud, ne possède à lui seul suffisamment de moyens financiers, de techniques et de ressources humaines pour développer véritablement sa cinématographie. Ces co-productions sont donc une nécessité permettant aux différents acteurs et animateurs locaux de capitaliser de l’expérience. Dans le même temps on devrait développer davantage de passerelles Sud-Sud tant au niveau sous-régional qu’avec des pays comme le Maroc, la Tunisie, ou l’Afrique du Sud. Elles permettraient de réduire les coûts de production très élevés car notre marché ne garantit pas de retour sur investissement puisqu’on ne peut s’appuyer sur un réseau fiable de distribution de films, encore moins sur les télévisions africaines.
La question des ressources humaines renvoie à la formation. Un renouvellement qualitatif et quantitatif des hommes est nécessaire. Nous avons de bons techniciens cinéma mais ils sont peu nombreux. Il n’y a pas eu de véritable suivi dans la formation, et avec l’essor des nouvelles technologies, il est urgent d’intéresser des jeunes afin de maintenir le dynamisme de la production. Pour ce faire, il faut organiser des stages de formation ou de recyclage, surtout si l’on veut tenir un rôle majeur dans le développement des cinématographies de la sous-région.

Les films produits et/ou co-produits* par le CE.NA.CI depuis 1992 :
L’Auberge du salut, collectif (1994-1996)
Le Grand blanc de Lambaréné*, de Bassek ba Kobhio (1994)
Les Tirailleurs d’ailleurs d’Imunga Ivanga (1996)
Le Damier* de Balufu Bakupa Kanyinda (1996)
Pierre de Mbigou de Roland Duboze (1998)
Orèga de Marcel Sandja (1999)
Go zamb’olowi*(Au bout du fleuve) d’Imunga Ivanga (1999)
Jean Michonnet, une aventure africaine* d’Alain Oyoué et Claude Cadiou (1999)
Dolè* d’Imunga Ivanga (2000)
Notre Dame de Sindara d’Alain Oyoué (2000)
Le Mvet, d’Antoine Abessolo Minko (2000)
Les Flots de Libreville*, d’Imunga Ivanga (2000)
Les Couilles de l’éléphant, d’Henri Joseph Koumba (2000)
///Article N° : 1810

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