Tableau Ferraille

De Moussa Sene Absa

Print Friendly, PDF & Email

Ils avancent d’un pas vif dans les ruelles de Dakar, non loin de la mer, groupe d’hommes en boubous bleus, la main sur l’oreille pour s’entendre chanter. Leur choeur a la beauté d’une affirmation, leur polyphonie a le souffle d’une Afrique qui s’unit pour résister. C’est le cri du réalisateur sénégalais baye fall Moussa Sene Absa :  » Tableau Ferraille, il est temps de t’éveiller !  » Dans ce quartier de Dakar où il est né, se joue une histoire universelle : l’ascension fulgurante et la chute amère d’un homme politique sincère se heurtant aux intérêts et aux pouvoirs. Scénario éculé repris d’une multitude de romans ? On aurait pu le penser mais une caméra mouvante donne au film un lyrisme qui lui évite le piège de l’académisme : alors qu’on le sent moins à l’aise dans les intérieurs, les images en extérieurs sont superbes et lui ont valu un prix au Fespaco. Moussa Sene Absa l’a bien compris, qui préfère filmer une réunion au pas de course avant d’entrer dans la salle ! Mais ce sont aussi les femmes qui donnent au film sa profondeur et son lyrisme. Malgré l’opposition un peu manichéenne entre la première femme  » aux courbes de bouteille de coca-cola « , toute de beauté et de pureté mais stérile, et de la deuxième femme féconde mais qui n’hésitera pas à trahir, le film trouve un souffle dans les confrontations, les regards et les non-dit. Entre les deux femmes  » c’est la langue et les dents  » : délicate situation d’une maternité par procuration et d’une polygamie pas toujours rose. Et c’est en définitive davantage dans cette tranche de vie que Sene Absa arrive à faire passer cette mélodie qu’il ressent comme une urgence : laisser l’Afrique suivre son propre rythme.

///Article N° : 264

  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire