The Amazing Grace

De Jeta Amata

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Profitant d’une équipe technique britannique, The Amazing Grace propose contrairement à la casi-totalité de la production vidéo nigériane d’où est issu son réalisateur, une image classique mais soignée et un montage maîtrisé. Tourné en 35 mm en coproduction et avec des techniciens britanniques, ce qui est exceptionnel dans un pays où ne se font que des films en vidéo pour un public local dans des quantités astronomiques (plus de 1200 longs métrages par an), le film a une ambition internationale comme en témoigne l’entretien que nous publions avec son réalisateur qui entend le faire tourner dans toute l’Afrique et au-delà. Malgré son jeune âge, Jeta Amata a déjà une trentaine de films vidéo à son actif. Il fait ici le choix d’une reconstitution historique en costumes et, contrairement à son affirmation de la nécessité d’oublier le passé pour aller de l’avant, se penche sur la période troublée de la traite négrière. Le capitaine John Newton (1725-1807), un abruti violent et sans cœur qui pratique le commerce des esclaves à partir des razzias (1ère partie) aura la vie sauve du fait de l’intervention d’un esclave (2ème partie) mais l’attribuera à la grâce divine jusqu’à ce que l’humanité d’un esclave lui fasse découvrir la méchanceté de ses actes. Se tournant vers la religion, il écrira les paroles de L’Incroyable Grâce qui ont fait le tour du monde.
Il est en effet urgent de multiplier les réflexions et rappels de la sombre Histoire de la traite qui fait l’objet de beaucoup de controverses : produit d’une vision, le cinéma ne saurait avoir l’exactitude d’un travail historien mais peut s’en nourrir pour proposer un retravail des faits et des traces dans le temps présent. Ce film affirme un point de vue lorsqu’il insiste sur l’humanité des Noirs qui sauveront leur bourreau mais inscrit le développement de ce personnage dans une rédemption proprement chrétienne qui marque l’ensemble d’un scénario désespérément dualiste entre le bien et le mal, où les dialogues enfoncent le clou d’un message moralisant déjà asséné par la narratrice. Souscrivant à l’idée d’un paradis perdu, elle commence par : « Je suis né ici. Nous étions un peuple libre… » jusqu’à ce qu’arrive le bateau fatidique. La reconstitution prend de larges libertés, notamment sur les costumes, simplistes et immaculés, les rapports entre personnes, les coutumes et les danses. Le film plonge dans une vision proprement hollywoodienne avec le bon Blanc enfermé avec les esclaves et qui leur apprend l’anglais, au point qu’on se demande qui a écrit le scénario. « Pourquoi notre créateur a-t-il permis cela ? » : on va rarement au-delà de la triste constatation de la violence faite aux Noirs ou de la supercherie utilisée par les recruteurs qui disent proposer du travail (à un peuple pourtant présenté comme se suffisant à lui-même mais que l’on peut imaginer tenté par l’aventure de l’ailleurs). Le suicide de l’amoureuse du capitaine qui ne peut l’emmener achève cette surprenante inversion des points de vue où l’on se demande ce que défend le film.
Il y a encore à faire pour que le Nigeria parvienne comme il y aspire à une reconnaissance internationale de sa nouvelle culture cinématographique et une exportation de ses images jusque là limitée au marché local et à la diaspora.

///Article N° : 4514

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