The chronic : Je rappe donc I A M

Lire hors-ligne :

Capitaine Alexandre, du collectif On A Slamé Sur La Lune, pose un regard tout en slam sur l’actualité. A l’occasion du numéro spécial du magazine Afriscope sur le hip-hop, le poète rend hommage à cette culture avec laquelle il a grandi.

Ma génération a grandi avec le R.A.P
En musique de fond
Sur les murs de nos vies
A la dérive
On taguait nos rêves
De révoltes et révolutions
Premiers vers
Sans sommation
Sans concession
Garçon
J’ te fais pas la leçon
Mais si tu montes le son
Tu comprendras ma passion
Pour le Hip Hop

Le H.I.P H.O.P m’a chopé
Au milieu des années 80
« Je me souviens des soirées »
R.A.P
Rien A Péter
De rien
De rien
Nous ne regrettons rien
Ados incandescents
On se tapait l’Affiche
Dans R.E.R
On se cherchait
On se perdait
On allait voir ailleurs
On se retrouvait
Et sur la route
On forgeait
Nos doutes
Et nos premières évidences
La danse en était une
Et sur la piste on était uni
Comme les 5 doigts de la main
Les 5 sens de l’humain
Les cent pages d’un bouquin
« Everybody dance yo »
C’était le temps des « battles »
Des B. Boys de Douala
Danser, rapper
Pour s’extraire
Du train-train
Quotidien
La routine
Mortifère
Petit frère
On voulait
« Grandir trop vite »
Danser, rapper
Pour plaire
A nos gos et à celles d’à côté
Tant pis
Pour les gars moins côtés
Lesquels dégoûtés
Venaient nous chercher
Sur la piste
On était unique
« Everybody dance yo »
C’était le temps des premières boogies
Des permissions de minuit
Night-club « Interdit »
Et nos LIFE remixées par des DJ

Jimmy Jay accompagnait un MC
Solaire nommé Claude
Et nous, on reprenait les refrains
Re-frè
« Bouge de là avant de devenir obsolète »
On flirtait
Avec des amies « Caroline »
Superbes filles suspendues
Aux lèvres de LL qu’elles trouvaient COOL
« Assis sur un banc,
C’était au printemps »
« I need L.o.v.e »

Premiers émois
D’un mouvement
HIP HOP
Qu’on trouvait Peace
Qu’on trouvait Love
Qu’on trouvait Fun
« Everybody dance yo »
Sur la piste
On dansait
Le MIA
Mais ça, ça c’était avant…

….
Assez vite
Vint le temps des cerises
Des « raisons de la colère »
Du Rap social
Engagé comme un roman de Steinbeck
Marquant nos esprits rebelles
Comme les films de Raoul Peck
Allongé dans le canap
Devant MTV
On découvrait
Que le HIP HOP était aussi
Une pièce
De théâtre
De rue
Côté pile
Le message d’Afrika Bambaata
« Stop the violence »
Côté face
« Fight the power »
Et Public Enemy
Œil pour œil
Dent pour dent
Premiers clashes
Dans nos têtes
Et fractures
Entre les Rappeurs
Et les gouvernements qui sèment la peur
Parfois
Nous mentent et
Démentent
Les bavures
Les injures
Violences
Policières
Politiques
Attisant flammes et discordes
Entre les « farces de l’ordre »
Promptes à jouer les matons
Qui guettent ceux des camps de bétons
Entassés dans les quartiers Benetton
On s’éloignait du HIP HOP de Sydney
De nos jeunes années
Et on se laissait pénétrer par le discours radical
D’un RAP conscient du malaise
De sociétés mal à l’aise
Avec leur diversité
NTM voulait marcher sur l’Elysée
Pour brûler les vieux à l’essence
Tandis qu’IAM posait ses rimes
Sur le rythme des
« Tam-tam de l’Afrique »
C’était le « Retour aux pyramides »
Dans la chaîne hi-fi
Les X-MEN pro black
Se proclamaient
« Jeunes, coupables et libres »
Et TUPAC rappait
« Dear Mama »

…
« Je me souviens »
Des premiers freestyle
Dans la cour de récré
De l’amitié qui procrée
Des hymnes qu’on crée
Du monde qu’on recrée
Le R.A.P
Nous a permis
De délier nos langues
Lier nos life
Comme les 5 doigts de la main
Les 5 sens de l’humain
Les 100 pages d’un bouquin
On a appris à s’aimer
En partageant des mots
Appris à semer
Le vent
Pour récolter le tempo
C’était le temps
Des jeans, des baggys
Des « Hip Hop mélodies »
Ecouteurs sur les tempes
Walkman dans la poche
« Music makes me High »
« Sing your song »
Baby baby baby
Cry
And fly, fly…
Like a butterfly

Ma musique est ma came
Ma musique est ma flamme
Ma musique est mon arme
Ma musique a une âme

Mon école ?
Celle du « MIC en bambou »
ORIGINAIRE D’AFRIQUE NOIRE
GURU et Jazzmataz
FUGEES
BAHAMADIA
THE ROOTS
MOS DEF et TALIB KWELI
« Je voulais »
Jumper
Comme KRISS KROSS
Gratter
Comme WYCLEF
Rapper comme LAURYN HILL
C’était le temps des vinyles
33/45 tours qui tournent
Encore et encore
En boucle
Dans ma mémoire qui s’endort
Tampon
Entre les époques
« Entre dans mon monde »
Allons faire un check
A Heavy D et Chuck D
Lionel D
« Mon frère le beur »
Posons-nous
Et causons
Sans nous attarder
Sur ces pseudos artistes
Qui font plus de buzz et bruit
Que de musique et de son
Oubliant qui ils sont
Modèles de jeunes
Qui comme eux
Mordent à l’hameçon
D’un système
Qui défroque et culbute
Certains rappeurs
Qui portent leur fut trop bas
Punchline 
« Ma façon d’envisager le Rap
Est élémentaire
Et quand j’ai fini mon couplet
C’est sans commentaire »
Je repense à Fabe
A sa « Lettre au président »
L’impertinent avait le verbe pertinent
Fiston
« Aime ta mère et ton dictionnaire »
Message
A tous les « Jeunes de l’univers »
Comme ROCCA et sa Cliqua
« Je représente
Représentons »
Défendons
Notre « Hip Hop forever »
Celui des « acharnés et des rêveurs »
Flashback
C’était le temps d’avant
L’enfer sur terre
De MOBB DEEP
Et NAS
Qui imaginait…
Un autre monde
‘’Imagine that »

Le Hip Hop est mort ?
Non il vit
Court, et coule toujours
Dans nos veines de feu
Je rappe
Donc I AM
Demande à KERY
« MILK COFFEE SUGAR »
« SUGAR Hill »
APKASS
CEPTIK STILL
S TEAM
NEGRISSIM
Comme notre Afrique
Le Hip Hop repousse
Notre Hip Hop repousse
Alors sur de simples « samples
De guitares sèches »
On pose nos voix
En accord avec
Nous-mêmes
Désaccord avec
Un système
Qui cultive vide et néant
N’ayant pas le choix
On avance
Dans les pas de nos pères
Riche et fort de l’héritage
Des anciens et des sages
THE LAST POETS
GIL SCOTT HERON
ART BLAKEY et ses Jazz messengers

Le Hip Hop est mort ?
Non, il vit en nous
Jamais à court d’idées
Entre « Spleen et Idéal »
Le Hip Hop court
Dans la brousse
Le Hip Hop débrousse
Le chemin
Le Hip Hop repousse
Les ténèbres
Mon Hip Hop est lumière

« Old-school, new-school là n’est pas la question »
Fuck les caricatures et les codes
« J’suis pas né de la dernière soirée hip hop » à la mode
« Jamais dans la tendance
Mais toujours dans la bonne direction »
« Je revendique » mes références
Datant
De temps immémoriaux
Je tire ma révérence
Aux MC’S
D’antan
Militants et conscients
Qui m’ont donné envie
De dire
« Kicker sur la mesure »
Oser
Faire preuve de démesure
Parfois
…
Par foi
Je vous ‘’rapconte » cette histoire
Depuis la fenêtre de la chambre
D’un gamin de vingt ans
Que je revois encore
Sourire
Enlisé dans un livre
Et demandant à Bourdieu
Ce que rapper veut dire …

Dédié à my men Bouly, Dex, Fred, Oscar, Blaise et Dj Sweet que je revois encore dans la cour de récré… DOUL & The Gang forever 
HIP HOP is not Dead …

B.O du texte :

‘Drop » (Pharcyde), ‘‘Renee » (Lost Boyz), ‘’Blueprint/Momma loves me » (Jay-Z), ‘’Prose combat » (Mc Solaar), ‘’Fils du Hip Hop » (Gael faye), ‘’Fais quoi, fais quoi » (AK-Sang Grave feat Fulaw), ‘’Afroptimisme » (M.A.L feat S-Team), ‘’Me agaisnt the world » (Tupac Shakur)
‘’Brown Skin »(India Arie), Mr Wendal (Arrested Development),
‘’I used to love her » (Common), ‘’Doul » (OAN)
‘’New-York is killing me » (Gil Scott Heron)///Article N° : 11486

  •  
  •  
  •  
  •  
  •  

Laisser un commentaire