Vues d’Afrique 2005 : sous le soleil de Montréal

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S’il est une ville où le métissage harmonieux se fait palpable, il s’agit bien de la québécoise Montréal. Pour ses organisateurs, le Festival Vues d’Afrique et ses 21 éditions,  » y sont pour quelque chose « , tant il permet la diffusion de la culture de diverses régions du monde. Soutenu, entre autres, par l’Agence Canadienne de Développement International, les Affaires étrangères ainsi que l’Agence pour la Francophonie, nul doute que ces journées du cinéma africain et créole se sont installées dans le paysage culturel du Québec.
Cette édition du 14 au 24 avril 2005 a ramené du Fespaco (Ouagadougou, mars 2005) une grande partie de sa sélection. La Chambre Noire (Hassan Benjelloun, Maroc, Etalon d’argent Fespaco 2005), Lettre d’Amour Zoulou (Ramadan Suleman, Afrique du Sud, Meilleure Interprétation Féminine Fespaco 2005, Prix de l’Union européenne), La Nuit de la Vérité (Fanta Régina Nacro, Burkina Faso, Meilleur Scénario Fespaco 2005) figuraient parmi la sélection. En plus de ces locomotives, le festival a présenté en une dizaine de jours près de 110 films courts et longs, fiction et documentaire, d’Afrique, des Caraïbes, du Canada et de France. Pléthore pour le public montréalais qui semble avoir répondu présent à l’appel.
Parmi les invités de marque, on pouvait rencontrer entre deux conférences de presse, le cinéaste sénégalais Moussa Touré, heureux du succès de son nouveau documentaire 5×5 (Sénégal, 2005), qui raconte l’histoire de Jean Salif Diallo, de ses 5 femmes et de ses 25 enfants. A suivre de près, sa diffusion au Sénégal qui promet de relancer l’intérêt des publics locaux pour ses cinéastes. Egalement présents, Hassan Benjelloun et Jean-Marie Teno. Ce dernier présentant son récent film Le Malentendu Colonial (Cameroun, 2004) a fait salle comble et a reçu le prix du meilleur documentaire. Comme à son habitude, le cinéaste camerounais poursuit ses investigations historiques et politiques sur les relations de l’Afrique avec les anciennes puissances colonisatrices. Dans ce document passionnant, il s’intéresse de plus près aux missionnaires allemands du 19ème siècle partis  » civiliser  » la Namibie et le Cameroun. Teno mène une enquête minutieuse parsemée d’archives et d’entretiens. Sa caméra ne s’embarrasse pas d’effets esthétiques alors qu’il s’évertue à dénoncer les crimes de la colonisation. Documentaire commandité par l’Allemagne à l’occasion de sa commémoration du génocide colonial du peuple Herero (1904-1907), il serait de bon augure que ce film soit vu dans d’autres pays européens, surtout à l’heure où les parlementaires français célèbrent encore  » le rôle positif de la colonisation  » (Le Monde, 15 avril 2005).
Autre bonheur du palmarès 2005, le prix du meilleur film de fiction attribué au premier long-métrage de la belgo-marocaine, Yasmine Kassari. (voir critique et entretien par Olivier Barlet sur le site) L’Enfant endormi (Belgique/Maroc, 2004) raconte l’histoire d’une jeune mariée d’une province marocaine reculée, dont le mari quitte le pays pour la clandestinité au lendemain de leurs noces. En attendant le retour improbable de son mari, Zeinab décide d’endormir l’enfant qu’elle attend de lui, selon une pratique ancestrale. Endormissement du fœtus comme métaphore de l’attente douloureuse des femmes dont les maris partent pour l’émigration, la caméra de Kassari, pudique, brosse à traits fins le quotidien et la solitude forcée de femmes pour qui les hommes sont à la fois porteurs d’espoir et d’adversité.
A Vues d’Afrique, il y a plus que la projection d’images. Cette année, entre autres, les cinéastes ont pu rencontrer les diplomates de leur pays en poste au Canada, lors d’une réunion informelle organisée par le festival,  » pour réconcilier le politique et le culturel «  selon le président du conseil d’administration du festival, Ousseynou Diop. En parallèle, un colloque universitaire sur le thème Afrique réconciliée. Mémoire et Histoire (organisé par le centre de recherche Le Soi et l’Autre, UQAM, Dr. Sathya Rao) s’est tenu à l’Université Concordia pour réfléchir aux défis rencontrés par les cinémas d’Afrique, ses liens avec la littérature, avec l’oralité ainsi qu’avec l’impérialisme passé et présent. Grâce à cet évènement, le professeur Sada Niang, spécialiste du cinéma de Sembène et Mambéty, a également tenu une classe de maître ouverte à tous et le professeur Jean Ouedraogo a pu officialiser le lancement de son ouvrage Cinéma et Littérature du Burkina Faso (voir entretien avec Jean Ouedraogo).
Lors de ces Journées, cinéastes, diplomates, universitaires et cinéphiles ont fait bon ménage, révélant l’importance effective de cette plateforme pour le dialogue et la compréhension mutuelle. Ses activités se poursuivent sur le continent africain avec des projections dans des festivals partenaires, un programme d’incitation à la coproduction Nord/Sud et des ateliers de formation.

21èmes JOURNÉES DU CINÉMA AFRICAIN ET CRÉOLE
PALMARÈS 2005
PANORAMA DU Cinéma Africain et créole : fiction
Le Prix de la communication interculturelle long métrage remis par Radio Canada Télévision est décerné à
L’ENFANT ENDORMI de Yasmine Kassari (Maroc)
Le jury a attribué une mention spéciale au film LES SUSPECTS de Kamal Dehane (Algérie) et souligne par un coup de cœur le film BIGUINE de Guy Deslauriers (Martinique)
Le Prix de la communication interculturelle court métrage remis par Radio Canada Télévision est décerné à
RENCONTRE EN LIGNE de Adama Roamba (Burkina Faso)
Le jury a attribué une mention spéciale à SAFI, LA PETITE MÈRE de Raso Ganemtore (Burkina Faso)
Le Prix Images de Femmes Micheline Vaillancourt remis par le CIRTEF et le magazine AMINA est décerné à
LA NUIT DE LA VÉRITÉ de Fanta Régina Nacro (Burkina Faso)
Le jury Panorama du cinéma africain et créole fiction était composé de Marcel Beaulieu, Wladimir Jeanty, Renée Roy et Yves Rousseau.
PANORAMA DU CINÉMA AFRICAIN ET CRÉOLE : DOCUMENTAIRES
Le Prix de la communication interculturelle documentaire offert par TV5 est décerné à
LE MALENTENDU COLONIAL de Jean-Marie Teno (Cameroun)
Le Prix Images de Femmes offert par OXFAM Québec et le magazine AMINA est décerné à
LE PLAFOND DE VERRE de Yamina Benguigui (Algérie)
Le jury a attribué une mention spéciale à DES VIES EN RÉPARATION de Ndeye Thiam Daquo (Sénégal) et à UN AMOUR PENDANT LA GUERRE de Oswalde Lewatt-Hallade (Cameroun)
Le jury Panorama du cinéma africain et créole documentaires était composé de Isabelle Hachette, Marie-Noëlle Houé, Mahalia Verna et Pierre Wilson.
REGARD DU MONDE SUR L’AFRIQUE ET LES PAYS CRÉOLES
Le Prix Vues d’Afrique est décerné à
VIEUX CROCO, PETIT POUSSIN de Philippe Dutilleul (Belgique)
Le jury a attribué une mention spéciale à DJOUROU, UNE CORDE À TON COU de Olivier Zuchuat (Suisse) et QUAND L’AFRIQUE SE RACONTERA de Christine Carrière (France)
Le jury Regard du Monde était composé de Eric Bernard, Khadija Darid, Nosrat Haouari et Erwan Massiot.
REGARD D’ICI
Le Prix ONF du meilleur film canadien est décerné ex-aequo à
MARABOUTAGE de Louis Cyr
Et HÔTEL SAUDADE de Cameron Bailey
La Bourse spéciale à la meilleure production indépendante offerte par l’ONF est décernée à ces deux films.
Le jury a attribué une mention spéciale à LE PRIX DE LA PAIX de Paul Cowan et STORY OF A BEAUTIFUL COUNTRY de Khala Matabane
Le jury Regard d’ici était composé de Bachir Bensaddek, Lisa Ndejuru, Pierre Pageau et Marc Thibodeau. ///Article N° : 3796

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Les images de l'article
Une rencontre réunissant diplomates et cinéastes avec notamment Hassan Benjelloun et sa productrice Rachida Saadi © Jasmine Champenoix
banderolles Vues d'Afrique flottant dans la ville de Montréal © Jasmine Champenoix




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