En sortie le 4 novembre 2026 dans les salles françaises, nourri du vécu de Jonas d’Adesky et de Sonia Rolland, Kwibuka, se souvenir accompagne un retour au Rwanda où la mémoire familiale ouvre sur la question du pardon et le travail collectif du cinéma.
Ce film allie en effet deux vécus. Le réalisateur est belgo-rwandais, et son interprète principale, Sonia Rolland, est franco-rwandaise. Auteur d’un long métrage tourné en Haïti, Twa timoun, sur trois enfants orphelins après le tremblement de terre de 2010, Jonas d’Adesky voulait revenir à ses propres origines, bien qu’il soit né et ai grandi en Belgique. Il retrouve sa grand-mère paternelle en préparant ce film. Elle a plus de 80 ans et il la croyait morte dans le génocide. En fait, il avait été confronté aux silences de son père rwandais.

Sonia Rolland est née au Rwanda puis, sa famille habitant au Burundi, elle a dû partir à 13 ans au moment du génocide pour aller vivre chez sa grand-mère en France. Le basket a facilité son intégration, au point de devenir Miss France 2000 à 18 ans. Dans le film, Lia est une championne de basket, sollicitée pour jouer dans l’équipe rwandaise. Son père français (Jean-Hugues Anglade) est resté au pays et on l’appelle le père Noël car il ne donne des nouvelles qu’à Noël. Sa mère rwandaise a été victime du génocide, de même que son frère Daniel. Mais est-il vraiment mort ? Le récit tend un fil incertain entre le père retrouvé et la recherche du frère.
Cela suppose pour Lia d’arriver à comprendre son père et d’enquêter dans un pays qu’elle ne connaît pas. Sans en connaître la langue, elle progresse cependant malgré les fausses pistes. Une comptine de son enfance remonte : la petite fille qu’elle était se réveille en elle. Le père a dessiné dans un calepin le vécu qu’il n’arrive pas à dire : le trait devient mouvement et l’animation dessine l’irreprésentable. Alors que dans leur échange, les mots restent coincés, Lia doit assumer en parallèle le tournoi de basket et tout ce qu’il entraîne. Cette passerelle génère des liens, comme ce fut le cas pour Jonas d’Adesky lorsqu’au Rwanda, il a voulu travailler et nouer des relations.

Le film démarre et se termine avec la même image. Durant ce temps, nous avons accompagné Lia dans sa quête. Les choses se sont éclaircies. L’enjeu pour elle était de pouvoir renouer avec son père, mais qu’en est-il des femmes qui ont perdu leurs enfants ? Comment ancrer un pardon qui se doit d’être collectif car il en va du devenir de la société ? Cela passe par la parole : convoquer la mémoire, nommer les crimes. Kwibuka = se souvenir.
Cependant, entre témoigner, obtenir la reconnaissance d’un crime et pardonner, le chemin est long. Le génocidaire Jean-Baptiste, ancien chanteur populaire, voudrait retrouver une place parmi les vivants. Mais le soulagement du criminel est une charge à porter pour les familles des victimes. Elles sont les seules à pouvoir pardonner. La société cherche les moyens d’un vivre ensemble qui reste improbable, tant elles restent dans leur colère, ce qui est parfaitement leur droit, en accord avec leur ressenti. Nombreux sont les films qui ont traité du génocide mais cette contradiction est au cœur du personnage de Vénéranda dans le récit du dernier en date, Ben’Imana de Marie-Clémentine Dusabejambo (sortie France programmée au 3 février 2027) : le pardon qu’elle défend en public est déstabilisé par les blessures de sa vie privée. Un bourreau porte le poids de la honte mais en face, le prix émotionnel à payer est énorme pour qui pardonne...

Sans doute est-ce là que Kwibuka rencontre l’ambiguïté de son récit autocentré : en cherchant dans le tribunal gacaca où la parole se dénoue un horizon scénaristique pour le parcours de Lia, il laisse moins de place aux résistances que cela soulève. Les dessins du carnet du père livrent leur mystère et cette boucle permet à Lia de pouvoir chanter avec lui une chanson de Renaud : « C'est pas l'homme qui prend la mer / C'est la mer qui prend l'homme ». Mais au niveau du procès, la mémoire retrouvée débouchera-t-elle sur le pardon ? Kwibuka répond lui aussi avec une grande maturité, issue là aussi de la longue réflexion que suppose la réalisation d’un film sur un sujet aussi complexe. C’est un zoom arrière que nous propose finalement Kwibuka : que faisons-nous ensemble de cette mémoire ?
Tourné avec une équipe à 80 % rwandaise, le film est issu de rencontres et d’un travail collectif. En élargissant le cadre au-delà du destin de Lia, il ouvre la perspective de cette histoire de reconstruction. Ce que nous avons vu est une représentation, portée par des choix et des personnes. Après l’histoire de Lia, le travail de mémoire se poursuit : il reste celui de ceux qui la racontent.


