La Filière Cinéma et Audiovisuel comme facteur de développement des pays ACP

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Responsable de l’atelier Cinéma et Audiovisuel lors du colloque « Culture et création : facteurs de développement » organisé à Bruxelles du 1er au 3 avril 2009, Toussaint Tiendrébéogo, a préparé l’atelier par ce document proposé aux experts et professionnels européens et ACP participants au colloque. Il offre un très intéressant état des lieux, des conclusions et propositions pour le secteur cinéma et audiovisuel.

Importance et dynamique de la filière cinématographique et audiovisuelle et ses évolutions récentes

La production et la diffusion d’oeuvres cinématographiques et audiovisuelles constituent l’un des secteurs les plus dynamiques de la croissance mondiale du fait d’une augmen-tation constante de la consommation des ménages.
En l’absence de données statistiques fiables et accessibles sur la situation dans les États ACP, la seule donnée qui puisse être avancée est celle de la tendance à l’augmentation des dépenses audiovisuelles (principalement télévisuelles et vidéographiques) des ménages. Comme tous les peuples du monde, les populations ACP sont des consommatrices importantes d’images.
En Afrique du Sud, les revenus tirés du cinéma sont estimés à 5,5 milliards de rands (550 millions USD) avec des emplois de l’ordre de 30 000 personnes.
Au sein des huit États membres de l’Union économique et monétaire Ouest africaine (UEMOA), le chiffre d’affaires direct du secteur de l’image était grossièrement estimé, en 2002, autour de 50 milliards de francs CFA (94,7 millions USD) avec des emplois de l’ordre de 8 000 à 16 000 personnes. L’importance économique de la filière au sein des États membres de l’UEMOA est certes modeste, mais le marché est en croissance et celle-ci est bien supérieure à celle du PIB des États.
Par ailleurs, le poids économique de la filière ne peut pas s’analyser uniquement sous le seul angle des activités cinématographiques et audiovisuelles. En effet, celles-ci sont en interconnexion avec d’autres secteurs de l’activité économique (importation et commercialisation d’équipements tels que les téléviseurs, les magnétoscopes, les lecteurs DVD, etc.) et culturelle (recours à des créations intermédiaires comme la musique, le design, l’art contemporain, la valorisation du patrimoine et la promotion du tourisme…). Dans une approche transversale, le poids économique de la filière serait bien plus important que ce que peuvent révéler les rares chiffres disponibles.
Cependant, faute d’un minimum d’organisation des marchés nationaux et régionaux, d’une politique incitative et d’une offre conséquente de programmes télévisuels et de films, les revenus générés par la filière dans les États ACP vont au profit d’images étrangères importées. Une part écrasante du marché est en effet préemptée par des images extérieures aux États, ce qui ne contribue, ni à la connaissance mutuelle des populations, ni au développement économique d’une industrie nationale et/ou régionale de l’image.
Outre les enjeux économiques, cette situation pose un problème majeur d’identité culturelle et de cohésion sociale. La domination écrasante des images européennes et américaines réduit les populations ACP à de simples consommateurs d’images, lesquelles véhiculent des modes de penser et d’agir exogènes et qui remplacent progressivement et inexorablement, leurs propres valeurs culturelles.
Si toute culture doit, bien naturellement, s’ouvrir à l’extérieur, elle se doit, en même temps, de préserver les valeurs qui la nourrissent et l’enrichissent de l’intérieur. C’est un enjeu à la fois culturel, politique et économique. Le combat engagé par l’UNESCO pour la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles s’inscrit dans cette prise de conscience.
L’impact informationnel et affectif des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles est tel qu’il n’est pas admissible de laisser les populations des régions ACP dans une situation de dépendance culturelle totale à l’égard des images venues d’ailleurs alors même que leurs potentialités artistiques et capacités techniques de produire des images en nombre et en quantité pour leurs populations et le reste du monde ne sont pas négligeables, encouragées en cela par de nombreuses opportunités, notamment : la très forte demande des populations pour des images qui reflètent leur quotidien, leurs valeurs culturelles et leur vision du monde, quel que soit le support de fabrication et de diffusion utilisé ; l’élargissement de l’offre télévisuelle rendu possible par la libéralisation du paysage audiovisuel ; la révolution numérique qui bouleverse l’économie de la production et de la diffusion d’images en facilitant l’indépendance technique et financière, et en conséquence, la créativité des auteurs.
Du reste, ces dernières années ont vu le foisonnement d’une quantité remarquable de production vidéo grâce aux nouvelles technologies numériques.
Le cas de la « home vidéo nigériane », avec environ un millier de films tournés chaque année, est exemplaire à cet égard, car il a permis l’émergence d’une industrie locale de production et de diffusion avec un modèle économique qui lui est propre. En effet, en l’absence de réponses appropriées aux besoins de consommation d’images de la population nigériane par les circuits traditionnels (télévision et salles de cinéma), cette industrie a su réactiver et dynamiser un marché intérieur qui compte plus de 120 millions d’habitants.
Ce phénomène s’observe également dans d’autres États en Afrique où la production de films en vidéo prend de l’ampleur en dehors de tout cadre formalisé. Contrairement à la « home vidéo nigériane », cette production peine cependant à trouver un modèle économique qui lui assure une croissance pérenne, sans doute à cause de la taille et de l’inorganisation des marchés sur lesquels elles sont produites.
Enfin, le besoin de consommation d’images des populations ACP est à ce point si important qu’il s’exprime par le développement sauvage, dans la quasi-totalité des États, de lieux de vidéo-projection publique et payante dans les quartiers populaires. Dans des États où l’on dénombre à peine une salle de cinéma, il est aisé de compter au moins 2 000 à 3 000 lieux où des films sont projetés chaque jour, dans ces conditions certes pas très professionnelles et au mépris du droit d’auteur.
Toutes ces initiatives, aussi bien en terme de production que de diffusion, même si elles s’opèrent dans un cadre informel (également par la piraterie des oeuvres pour la diffusion), témoignent d’un potentiel latent qui ne demande qu’à s’exprimer.
Cependant, en l’absence de stimulations politiques et professionnelles très fortes, les États ACP ne sont pas en mesure d’exploiter ce potentiel de création et de diffusion d’images au service de leur développement. Trois constats caractérisent en effet la filière de l’image :
– des politiques publiques ignorantes, ou même, le plus souvent inexistantes ;
– l’absence d’un marché national ou régional organisé et encadré ;
– la forte dépendance de la production aux financements publics extérieurs, au demeurant globalement faibles et en diminution.
Le désintérêt ou le désengagement de la majorité des États, alors que dans les pays du Nord le cinéma et l’audiovisuel sont réglementés et soutenus financièrement y compris par les gouvernements les plus libéraux, ont conduit à de nombreux obstacles qui entravent fortement le développement des activités audiovisuelles et cinématographiques. Sans viser une quelconque exhaustivité, il n’est pas inutile de rappeler quelques-uns de ses handicaps : absence d’organisation, même modeste, d’un marché national et ré-gional pour les productions nationales, faute de véritables entreprises de distribution, de l’effondrement du parc de salles de cinéma et surtout de la position de repli des télédiffuseurs nationaux ; absence et/ou insuffisance de financement national (qu’il s’agisse de fonds publics, d’apports des télévisions, ou d’investissements privés) pour contribuer aux besoins d’investissements dans la filière ; faiblesse et discontinuité de la production na-tionale qui ne permettent aucune capitalisation des savoir-faire et des talents ; absence d’établissement, ou de réseau de formation professionnelle spécialisée ; non-respect des droits d’auteur et fléau de la piraterie qui dissuadent tout investissement d’envergure ; absence de mesures fiscales et douanières adaptées aux entreprises de la filière.
A ces handicaps, il convient d’ajouter les carences des milieux professionnels, notamment les faiblesses économiques, souvent aussi professionnelles, des producteurs qui seraient pourtant les seuls à même de créer un lien dynamique entre les différentes activités de la filière et de structurer quelque peu les bases d’une industrie de l’image ; l’inertie des organisations professionnelles qui ne jouent pas efficacement leur rôle de force de proposition et de pression. S’y ajoute le dé-couragement de certains professionnels qui ne ressentent pas la nécessité de s’engager dans l’action collective aux fins d’améliorer l’environnement et leurs conditions de travail.
Cette énumération est loin d’être exhaustive, mais elle dessine des pistes d’actions prioritaires qui viseraient à la fois une relance quantitative de la production d’images et une réactivation des marchés cinématographiques et audiovisuels dans les régions ACP et, enfin, la professionnalisation et la structuration nécessaires pour l’émergence d’une industrie cinématographique et audiovisuelle.

Les principaux besoins de la filière et les attentes des professionnels ?

Il n’y a pas d’exemple d’émergence ou de développement d’une industrie cinématographique et audiovisuelle significative, à l’échelle d’un Etat ou d’une région, sans qu’ait été engagée et poursuivie, de manière durable, une action publique forte, en termes de réglementation et de contribution au financement.
De la même manière, le cinéma et l’audiovisuel dans les pays ACP ont besoin que soit mis en oeuvre un cadre juridique et économique adapté au développement des ini-tiatives et du marché ; des mécanismes de financements appropriés afin de soutenir le développement de l’industrie ; et des actions destinées à la structuration du secteur.

Un cadre juridique et économique adapté

L’absence dans de nombreux États d’un minimum d’encadrement de la filière ne favorise pas l’assainissement de l’environnement professionnel (conditions d’accès et d’exercice des professions) et économique (transparence et circulation des flux financiers entre les différents acteurs de la filière).
Le renforcement de la législation et de l’administration publique de l’industrie cinématographique et audiovisuelle est nécessaire afin de créer un cadre juridique et économique adapté à son développement.
Par ailleurs, la mise en place d’un environnement fiscal et douanier incitatif, susceptible d’alléger les charges des entreprises qui se trouvent aux stades les plus stratégiques ou les plus fragiles de la filière est nécessaire. L’absence d’un cadre fiscal et douanier spé-cifique pénalise, par le cumul de taxes, les entreprises du secteur de la diffusion, notamment au niveau de l’exploitation cinématographique où la pression fiscale aboutit, dans certains États, à des situations réellement abusives.

Des mécanismes financiers (publics et privés) destinés à soutenir la création et les investissements des entreprises

– Des financements à caractère public et/ou privé, accordés à fonds perdu ou sous forme d’avances remboursables, sont nécessaires même s’ils représentent un pourcentage faible ou modéré du coût de la production.
Ils sont indispensables pour compléter les financements éventuels des diffuseurs, donner une base économique territoriale à la production cinématographique et audiovisuelle et accroître son autonomie par rapport aux bailleurs de fonds internationaux, en attendant que, à moyen et long terme, le développement du marché permette de recentrer, voire de réduire l’apport de fonds publics.
– Un accès facilité au crédit bancaire pour accompagner l’investissement et le développement des entreprises. La non-bancarisation d’une grande partie de la filière est un obstacle évident à son développement. Dans le cas inverse, les exigences de garanties à l’octroi d’un crédit sont souvent excessives, et les conditions et le coût élevé du crédit fortement handicapants.

Des marchés organisés et encadrés

– Le marché télévisuel est de plus en plus stratégique, à la fois comme premier marché des programmes audiovisuels, et comme second marché des films cinématographiques. Or, la position actuelle de repli des chaînes de télévision nationales (publiques et privées) et la faiblesse de leurs commandes et/ou coproduction de programmes à des producteurs nationaux constituent un sérieux handicap.
– Le marché de la vidéo est sans doute celui qui connaît actuellement le plus de dynamisme et de croissance. Le problème est qu’il est dominé par la piraterie des oeuvres. Si l’éradication totale du piratage est probablement illusoire, du moins la réglementation et le contrôle des projections publiques sont possibles et d’autant plus indispensables qu’à l’instar des pays anglophones d’Afrique de l’Ouest, la production de films pour une diffusion vidéo est appelée à se développer.
– Le marché de la salle de cinéma. La situation de crise que vit l’exploitation cinématographique dans la majorité des États appelle, en plus des mesures fiscales et douanières, un régime d’aide à l’investissement, et un soutien indispensable à la distribution et à la promotion des films ACP ainsi qu’à leur programmation.
– Le marché international. Celui-ci peut avoir ponctuellement un rôle important, mais globalement doit être considéré actuellement comme secondaire. En revanche la modestie de chaque marché national plaide pour la mise en place d’un marché harmonisé à l’échelle régionale.
Seule une expression durable de la production, suscitée par les marchés nationaux et régionaux, va permettre à celle-ci de reprendre place de manière plus saine sur le marché européen ou mondial.

Un développement de la formation professionnelle

Les quelques dispositifs de formation actuellement opérationnels sont de taille modeste avec des limites objectives de leur cursus et de leurs moyens.
Les besoins de formation concernent tous les métiers et prioritairement ceux qui vont être affectés par des mutations importantes, d’ordre technologique ou d’ordre organisationnel et économique. Il s’agit de :
– toutes les professions techniques concernées par la généralisation de la technologie numérique, aussi bien pour son utilisation dans le processus de production et de diffusion, que pour sa maintenance ;
– les entreprises de production ;
– l’ensemble de la profession de la diffusion cinématographique et vidéographique.

La préservation et la valorisation du patrimoine cinématographique et audiovisuel

La sauvegarde et la valorisation du patrimoine cinématographique et audiovisuel sont des besoins récurrents. Le problème se pose avec plus d’acuité et d’urgence pour les archives télévisuelles, puisqu’il s’agit de sauvegarder la mémoire de l’histoire sociale, politique, culturelle des États, tel que la télévision a pu en rendre compte ; ainsi que de celle même de l’histoire de ce média.

Le renforcement de la coopération entre institutions et organisations professionnelles

L’insuffisance de l’information et de sa non-circulation entre les organisations professionnelles, les entreprises et les administrations constitue un sérieux handicap. Cela concerne aussi bien les données quantitatives, sta-tistiques, les textes réglementaires que les expériences professionnelles et managériales.

Une coopération internationale plus ambitieuse et structurante

En l’état actuel, les cinématographies ACP ne sont pas capables de susciter leur propre développement en l’absence de réformes et de stimulations fortes des États, bien entendu, mais aussi de la part de la coopération inter-nationale qui joue un rôle fondamental. En effet, de nombreuses oeuvres n’auraient pas pu être produites sans le soutien décisif de certains États et organismes institutionnels du Nord comme l’Union Européenne, l’Orga-nisation Internationale de la Francophonie et la Coopération française.
Or, ces dernières années ont vu la baisse des budgets consacrés par la coopération internationale à l’appui au cinéma et à l’audiovisuel des pays du Sud. Certains organismes ou États ont pu maintenir leur soutien financier, mais ils ont été amenés, dans le temps, à l’élargir leurs champs d’intervention. L’arrêt en 2003 du programme d’appui au cinéma ACP de l’Union Européenne a eu des conséquences négatives dans le maintien d’un volume significatif de la production. L’Union Européenne était en effet, en termes d’enveloppe budgétaire et de niveau de soutien, le premier bailleur de fonds des cinématographies ACP.
En outre, les politiques actuellement
mises en oeuvre par la coopération internationale n’apportent aucune valeur ajoutée à la filière dans les États. L’approche retenue étant celle d’un simple guichet de financement, la coopération internationale se place dans une attitude passive, se contentant de recevoir des projets ponctuels suite à des appels à propositions (aux procédures longues et complexes) et dans le cadre desquels la maîtrise de la forme de présentation des dossiers apparaît plus importante que les contenus.
Pourtant, les besoins de la filière, tels qu’énumérés ci-dessus, militent pour une attitude plus active et volontariste de la coopération internationale pour concevoir et accompagner des initiatives pilotes qui puissent servir d’exemples aux professionnels et aux États.
Enfin, les processus de décision de la coopération internationale, en réponse à de nouveaux besoins, sont excessivement longs à tel point que la nature de la problématique a souvent changé au moment de la prise de décision. C’est le cas notamment du programme « Africa Cinémas » financé conjointement par les trois principaux partenaires financiers des cinématographies ACP. Destiné à apporter des réponses aux problèmes de la distribution et de l’exploitation des films africains en Afrique, ce programme n’a pas eu les résultats escomptés, car il a souffert d’un décalage important de délais entre sa conception et les réalités du terrain au moment de sa mise en oeuvre.

Quelles recommandations prioritaires pour dynamiser la filière ciné-matographique et audiovisuelle dans les États ACP ?

Compte tenu de l’importance des enjeux et des besoins, du chevauchement des domaines culturels, politique, industriel, financier et technique, de l’échelle internationale propre à l’industrie cinématographique et l’audiovisuelle, l’utilisation d’une gamme très large d’interventions s’impose. D’autant que les conventions internationales, notamment la Convention de l’UNESCO sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles et linguistiques, offrent aux États un cadre normatif pour la définition et la mise en oeuvre de politiques appropriées.

Au niveau national et régional

Pour la plupart des États, il s’agit d’engager une double mutation de leur politique ou plus exactement de leur attitude à l’égard de l’industrie cinématographique et audiovisuelle, plus précisément de substituer à des inter-ventions ponctuelles, une politique globale, qui soit d’abord de régulation et de soutien ; d’inverser l’environnement économique et fiscal du secteur vers une attitude délibérément positive.
Quant aux professionnels, l’adoption d’une démarche « entrepreneuriale » et d’une problématique de marché doit s’imposer à leurs initiatives.
De manière opérationnelle, les recommandations prioritaires suivantes peuvent être formulées.

Dégager une capacité nationale et régionale de financement pour la production et les besoins d’investissement de l’ensemble des entreprises de la filière

La capacité nationale et régionale de financement s’entend en terme de déploiement de plusieurs mécanismes complémentaires :
– des financements marchands : en organisant, d’une part, le retour d’une partie des flux financiers générés par le secteur de la diffusion et de la commercialisation vers celui de la production, et d’autre part, en engageant le système bancaire dans le financement des besoins d’investissement des entreprises par l’entremise de Fonds de garantie ;
– des financements du mécénat, du sponsoring et de l’épargne privée par la mise en place d’un cadre fiscal adapté et incitatif ;
– des financements publics circonscrits et aux règles clairement définies. Les champs d’application des financements publics, accordés à fonds perdu ou sous forme d’avances remboursables, doivent prendre en compte l’ensemble de la filière qui va de la formation des opérateurs individuelles à la production et à la diffusion d’un film dans les salles de cinéma, sur un écran de télévision et la commercialisation vidéo.

Réglementer et réguler les marchés

Tout marché doit être réglementé et encadré, a fortiori, lorsqu’il concerne la création artistique et qu’il est porteur de valeurs culturelles. Il convient notamment de définir :
– les conditions d’exercice des différentes professions et l’organisation des rapports économiques entre les différents secteurs de la filière. A titre d’exemple, il est impératif, dans la situation actuelle, de définir et d’assurer la mise en oeuvre contractuelle de règles de commande, de coproduction, de promotion et de diffusion d’oeuvres cinématographiques et audiovisuelles aux télédiffuseurs. Il en est de même pour les câblos-distributeurs de programmes internationaux ;
– un régime fiscal et douanier adapté aux entreprises de la filière ;
– le contrôle de la régularité du fonctionnement du marché par un organisme administratif ;
– des règles de préférence et/ou de coopération afin de favoriser les coproductions, la circulation, l’exploitation et la diffusion des oeuvres. La modestie des marchés nationaux doit conduire à des rapprochements ou au moins des partenariats à l’échelle régionale et entre régions ACP. Ces rapprochements sont décisifs pour la reconstitution des marchés. C’est une nécessité d’ordre économique autant que culturel.

Au niveau de la coopération internationale
Les objectifs prioritaires de la coopération internationale doivent aujourd’hui concerner, d’une part, la structuration des marchés nationaux et régionaux, et d’autre part, favoriser l’accès aux marchés internationaux pour la production cinématographique et audiovisuelle ACP, seuls capables de permettre l’émergence d’une industrie et d’assurer en partie son autonomie et sa pérennité.
Or, si la notion de marchés et de structuration d’une économie est peu à peu prise en compte dans les dispositifs actuels d’appui au cinéma et à l’audiovisuel des pays du Sud, les mécanismes mis en oeuvre n’en contiennent aucune application concrète.
De manière opérationnelle, les recommandations prioritaires suivantes peuvent être formulées :

Assurer une synergie de l’appui international avec les politiques nationales et régionales mises en oeuvre

Les situations sont diverses d’un Etat et/ ou d’une région à un(e) autre. Les activités cinématographiques et audiovisuelles sont inexistantes dans quelques-uns, significatives, malgré les difficultés, dans d’autres. Il apparaît dès lors illusoire d’espérer que tous les États arrivent, en même temps, à un niveau de développement de la filière. En conséquence, il convient que l’appui de la coopération internationale soit étroitement lié aux efforts des États qui s’emploient dans la définition et la mise en oeuvre d’une véritable politique publique.

Pérenniser les programmes d’appui et renforcer les ressources financières

Les interruptions répétées de certains programmes d’appui (c’est le cas notamment de l’Union Européenne) inhibent toute capitalisation des acquis des programmes précédents. La sécurisation des programmes d’appui sur plusieurs années et l’inobservance d’une période de carence entre la fin d’un programme et le début du suivant est une nécessité absolue.
Par ailleurs, la baisse des budgets consacrés par la coopération internationale à l’appui au cinéma et à l’audiovisuel des pays du Sud ces dernières années doit être corrigée. Aussi, il convient que les différents partenaires financiers et techniques s’engagent à augmenter de manière significative les ressources financières affectées à leurs programmes d’appui.

Favoriser l’accès au marché international des oeuvres produites dans la zone ACP

Le premier marché international privilégié pour les oeuvres cinématographiques et audiovisuelles ACP est celui de l’Europe. Un effort de solidarité, en terme de programmation et de coproduction d’oeuvres originaires de la zone ACP, pourrait être sollicité des télédiffuseurs européens au besoin par le biais de la réglementation et des cahiers des charges des télévisions publiques.
Egalement, des dispositifs de soutien aux distributeurs et aux salles cinématographiques engagées dans la diffusion d’oeuvres ACP seraient un bon catalyseur à l’image du dispositif de soutien aux cinématographies peu dif-fusées mis en oeuvre efficacement en France.
Enfin, il convient de soutenir des regroupements de producteurs, de distributeurs et de vendeurs dont la vocation est de mettre en commun leurs forces pour une présentation collective de leurs catalogues sur les principaux marchés mondiaux.

Faire des organisations professionnelles des partenaires privilégiés

La responsabilisation et la professionnalisation des organisations professionnelles devraient êtres soutenues, car elles constituent une des conditions majeures de réussite de toute politique intervention dans la filière. Elles devraient être associées à la définition opérationnelle, à la mise en oeuvre et au suivi des politiques d’appui.

Pour le cas spécifique de l’Union Européenne

Il est souhaitable que l’Union Européenne donne plus d’ambition à son engagement aux côtés des cinémas ACP, en renforçant et en élargissant ses axes d’interventions, et enfin en utilisant tous ses instruments de coopération :
– au niveau politique, encourager et accompagner les États à définir et à mettre en oeuvre une politique cinématographique et audiovisuelle active dans le cadre des Programmes Indicatifs Nationaux (PIN) et/ou des Programmes Indicatifs Régionaux (PIR) ;
– soutenir des actions d’accompagnement, contribuant à la structuration de l’industrie, prioritairement dans les domaines de la distribution, de l’exploitation et de la formation qui appellent des interventions au niveau des régions et des Programmes Indicatifs Régionaux (PIR) ;
– favoriser l’insertion des oeuvres cinématographiques et audiovisuelles ACP dans les marchés de l’Union Européenne, en soutenant les manifestations de promotion du cinéma ACP et les regroupements de professionnels dans le cadre des programmes Intra ACP ;
– réviser complètement les procédures actuelles imposées aux professionnels ACP, dans le cadre des programmes Intra ACP qui sont longues, complexes et totalement inadaptées au secteur cinématographique et audiovisuel alors même que l’Union Européenne a su mettre en place les procédures appropriées dans le cadre du programme MEDIA destiné à soutenir l’industrie cinématographique et audiovisuelle européenne.
Texte publié à l’occasion du Colloque « Culture et création : facteurs de développement » (organisé par la DG/dev UE à Bruxelles du 1er au 3 avril 2009).

///Article N° : 10595

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Toussaint Tiendrebeogo © DR





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