Pour ses dix ans, Tënk interroge sa manière de programmer à l’occasion d’une table-ronde le 20 août 2026 aux Etats généraux du film documentaire de Lussas.
Les chiffres et nouveautés de l’Assemblée générale de Tënk de juin 2026
Comme l’a rappelé Valentine Roulet, alors présidente du conseil d’administration lors de l’AG, 260 nouveaux sociétaires ont rejoint Tënk en 2025, ce qui porte leur total à 615 sociétaires, une des coopératives culturelles les plus importantes.
Le développement de la vie coopérative a été un axe majeur en 2025 avec des contacts approfondis avec Ardèche Images et le Village Documentaire de Lussas ; une amplification des actions des sociétaires-ambassadeurs, véritables porte-paroles de Tënk dans les territoires ; et un renforcement des liens avec le monde de l'économie sociale et solidaire (prises de parts croisées avec des coopératives Licoornes, dispositif Regards coopératifs qui a réuni 2500 spectateurs sur 86 projections publiques).
Quant à la plateforme, la nouvelle offre et la nouvelle tarification en avril et le lancement de Tréma en novembre ont permis une croissance de 7% des revenus d'abonnements individuels. L’offre collective a augmenté de 30%, et un accord a été conclu en fin d'année avec le ministère de l'Education nationale et le CNC pour que les 78 000 enseignants de Ma Classe au ciné aient accès gratuitement à Tënk. A également été renforcée l'éditorialisation de la plateforme, riche de plus de 2000 titres,véritable cinémathèque du documentaire en ligne.
Au niveau du soutien à la création, 17 films ont été pré-achetés en 2025 et un tarif coopératif pour l'accès aux studios de post-production a été établi. Sur les réseaux sociaux, la barre des 100 000 followers a été atteinte.
Et, cerise sur le gâteau, Tënk atteint presque un équilibre financier, grâce à la croissance des abonnements et aux soutiens du CNC, d’Europe Créative MEDIA, de la Cinémathèque du Documentaire, de LaScam et du Département de l'Ardèche.
La programmation de Tënk
Comme le rappelle Eva Tourrent qui anime la table-ronde, la plateforme revendique un principe simple : les films sont choisis par des personnes, et non par un algorithme. Cette programmation « à la main » fait son identité. Tënk part d’un désir de cinéma. Un programmateur voit un film, l’aime, le défend. La table ronde revient sur dix années de transformations. Elle pose aussi une question plus large : comment continuer à programmer du documentaire dans un monde dominé par les plateformes commerciales, l’abondance et l’immédiateté ?

Eva Tourrent, Jérémy Jorand et Line Perron
La direction artistique est collégiale. Eva Tourrent s’occupe de la programmation. Jérémy Jorand de l’éditorialisation. Line Perron de la production. Ensemble, ils composent avec les désirs des programmateurs, les droits, les contraintes techniques, l’argent disponible et les habitudes des abonnés.
Depuis 2016, près de cent personnes ont participé à la programmation de Tënk. Certaines ont été invitées ponctuellement. D’autres ont travaillé avec la plateforme pendant plusieurs années. Le comité de programmation compte aujourd’hui 14 personnes. Il en a compté jusqu’à 26.
En 2025, 55% des films venaient du comité de programmation. Les invités et partenaires en proposaient 15%. L’équipe éditoriale en apportait 30%. Ce partage montre que Tënk fonctionne comme un espace collectif. Il repose sur un noyau permanent, mais reste ouvert à des voix nouvelles.
L’élan des débuts
Les débuts de Tënk sont marqués par l’enthousiasme. Le projet avance vite. Chacun apporte des idées, des films, des contacts, des savoirs. Il y a une forme de liberté. Mais aussi une part d’inconscience. Au départ, l’équipe ne mesure pas encore toutes les difficultés. Les droits sont complexes. Les copies ne sont pas toujours accessibles. Les ayants droit sont parfois nombreux. Les budgets sont serrés.
L’exemple de Raymond Depardon revient souvent. Ses films faisaient partie des œuvres rêvées. Pourtant, Tënk n’a pas pu les montrer. Les droits étaient trop compliqués ou trop coûteux. Ce n’est pas un refus artistique. C’est une limite structurelle.
Le modèle économique de Tënk reste modeste. La plateforme ne peut pas rivaliser avec les chaînes de télévision ni avec les grandes plateformes internationales. Elle doit négocier film par film. Elle choisit donc ses combats.
Pour autant, l’ambition ne change pas. Dès l’origine, Tënk veut montrer toute la diversité du documentaire. Du film patrimonial au film contemporain. Du cinéma direct au film d’essai. Du récit intime à l’enquête. De l’archive à l’expérimental. Du documentaire pur aux formes hybrides et mises en scène.
Cette ambition impose une diversité de regards. Pour trouver des films différents, il faut des programmateurs différents. Le choix des personnes devient donc aussi important que celui des œuvres.
Les binômes et les plages
Au début, la programmation est organisée en « plages ». Chaque plage est liée à un thème ou à une forme. Elle est souvent confiée à deux programmateurs.
Il y a eu jusqu’à dix-sept plages. Certaines sont consacrées à l’art, à l’histoire, à la politique, à l’écologie ou aux sciences. D’autres mettent en avant une forme : l’essai, le son, l’expérimental.
Ce système vient en partie de la télévision. Les cases aident le public à se repérer. Mais Tënk les adapte à un média non linéaire, accessible à la demande.
La grande originalité est ailleurs : les films ne sont pas classés seulement par sujet. Ils le sont aussi par forme. Tënk affirme que le documentaire peut être découvert par une manière de filmer, d’écouter, de monter ou de raconter.

La plage « Essai » en est un bon exemple. Elle rassemble des œuvres très diverses, mais portées par une recherche de pensée et de forme. La plage « Écoute » accorde, elle, une attention particulière au son et à la création sonore au cinéma.
Les binômes jouent un rôle essentiel. Ils permettent la confrontation des sensibilités. Olivia et Aurélien, qui ont longtemps programmé ensemble la plage « Essai », racontent qu’ils s’échangeaient des films, se faisaient découvrir des œuvres et discutaient longuement de leurs choix.
Le but n’était pas de faire une liste commune. Il fallait construire une programmation. Trouver des correspondances. Créer un équilibre. Accepter aussi les désaccords.
Au départ, les programmateurs ne sont pas rémunérés puis seulement via les avis qu’ils écrivent pour le site internet. Tënk ne leur demande donc pas un travail de repérage massif. Ils apportent plutôt leur propre mémoire du cinéma : des films vus en festival, dans des médiathèques, dans des réseaux de diffusion ou au fil de leurs recherches.
Les premiers programmes reposent beaucoup sur le coup de cœur. Cette liberté est enthousiasmante. Tënk permet enfin de montrer des films que l’on aime, mais que le public ne peut presque jamais voir hors des festivals.
Puis la méthode évolue. Les programmateurs se demandent non seulement quels films ils aiment, mais aussi ce que les films peuvent éclairer aujourd’hui. L’enjeu n’est pas de coller à l’actualité : il est de proposer des œuvres qui aident à penser le présent.
Les escales et les parcours
En 2018 apparaissent les « escales ». Ce sont des programmations thématiques de plusieurs films, accompagnées d’un texte. Elles servent de porte d’entrée pour les abonnés. Elles permettent aussi de remettre en lumière des œuvres déjà diffusées.
Une escale n’est pas une simple playlist. Elle construit un parcours. Les films dialoguent. Le texte crée un fil. Le spectateur est invité à regarder une œuvre, puis une autre, en percevant ce qui les rapproche ou les oppose.
Environ soixante-quinze escales ont déjà été produites. Elles ont permis à Tënk de travailler avec des programmateurs invités, des bibliothécaires, des chercheurs, des collectifs et des acteurs de la diffusion.
Dominique, chargée du cinéma à la médiathèque Carré d’Art de Nîmes, raconte ainsi une escale conçue avec le chercheur Vincent Deville. Intitulée « À l’écoute du monde », elle interrogeait les relations entre les humains et les autres formes du vivant.
Le travail à deux a été décisif. Dominique apportait des films dont elle connaissait la force. Vincent Deville proposait des œuvres plus rares, souvent plus expérimentales ou poétiques. Leur dialogue a donné une programmation plus riche.
Les escales offrent de la liberté. Mais elles imposent aussi des contraintes. Un programmateur peut proposer vingt titres. Tënk n’en retient parfois que quatre ou cinq. Il faut trancher. Faire des choix. Accepter les frustrations.
Les droits compliquent encore le processus. Un film central peut être indisponible, trop cher ou difficile à négocier. Parfois, l’absence d’un seul titre suffit à changer toute la couleur d’une escale.
Le texte d’accompagnement est une autre contrainte. Il doit être court. Pourtant, il doit transmettre une idée, un geste critique et une envie de voir. Il doit créer une rencontre entre les films et les spectateurs.
Tënk accorde aussi une place importante aux courts métrages. Environ 40% des films proposés durent moins de trente minutes. C’est un choix éditorial. Mais aussi une réponse aux usages : un court métrage est souvent moins intimidant. C’est une première marche.
Les longs films restent essentiels. Tënk programme aussi des œuvres exigeantes, comme peuvent l’apparaître celles de Wang Bing. Mais la diversité des durées permet de ne pas réduire le documentaire à un territoire réservé aux spectateurs les plus aguerris.
Le « coup de cœur » joue une fonction proche. Cette étiquette désigne des films qui peuvent attirer un public non spécialiste. Des œuvres accessibles par leur récit, leur énergie, leur émotion ou leur force formelle.
Donner du temps aux films
Au fil des années, Tënk a changé de rythme. La plateforme a parfois mis en ligne jusqu’à huit films par semaine. Elle a aussi multiplié les escales. Mais cette abondance risquait de noyer les œuvres.
L’équipe a donc choisi de ralentir. Elle a compris que les films avaient besoin de temps. Et que les abonnés avaient besoin d’espace pour les découvrir.
En avril 2025, la durée de disponibilité des films est passée de deux à quatre mois. Certains restent accessibles pendant un an. Cette décision fait suite à une étude des usages menée en 2023. Les abonnés demandaient plus de temps. Les offres collectives en avaient besoin. La presse aussi. Avec deux mois seulement, il était difficile de faire connaître un film et de lui laisser une chance de trouver son public.
Tënk garde toutefois un rendez-vous hebdomadaire. Chaque vendredi, la page d’accueil est renouvelée. Une lettre présente les films de la semaine. La plateforme reste donc vivante et mobile. Mais les mises en ligne sont désormais davantage organisées par mois. Cela facilite le travail technique. Cela donne aussi à l’équipe plus de temps pour les droits, les sous-titres, les matériaux de communication et l’éditorialisation. Tënk cherche ainsi un équilibre. Il faut proposer du nouveau. Mais il faut aussi laisser les films exister.
La plateforme devient progressivement une cinémathèque du documentaire. Sa base de données compte plusieurs milliers de lignes de diffusion. Plus de 2 000 films sont disponibles à la location. Un film ne disparaît donc pas nécessairement après sa période d’abonnement. Il peut rester accessible. Il peut être redécouvert des années plus tard. Il peut trouver un nouveau public à l’occasion d’une escale, d’une projection ou d’une recommandation.
Cette dimension intéresse aussi les programmateurs extérieurs. Plusieurs professionnels utilisent Tënk comme espace de recherche. Ils y découvrent des auteurs, repèrent des films et conçoivent des séances publiques.
Plus de chemins pour les spectateurs
Les plages ont finalement été abandonnées. Elles stimulaient les programmateurs, mais elles pouvaient enfermer les spectateurs dans des catégories trop rigides.

Tënk a donc créé des étiquettes plus souples. Elles portent sur les thèmes, les formes, les durées ou les matériaux. Un spectateur peut chercher un film d’archives, un documentaire sonore, une œuvre expérimentale ou un court métrage.
Ce système répond aux usages du web. Les abonnés n’ont pas tous la même façon de chercher. Certains veulent être guidés par une sélection. D’autres veulent explorer seuls la page « Tous les films ». Tënk veut répondre à ces deux envies. La plateforme propose des parcours éditorialisés. Mais elle laisse aussi le spectateur circuler librement dans son catalogue.
La disparition des plages ne signifie pas la disparition des sensibilités. Chaque programmateur conserve sa « teinte ». Son goût. Son histoire de spectateur. Ses références. Le choix d’une programmation décoloniale ne débouche par exemple pas forcément sur une escale mais irrigue l’ensemble.
Un même film ne serait pas présenté de la même manière par deux personnes différentes. C’est là que réside la dimension humaine de Tënk. Le choix du film compte. Mais l’avis du programmateur.trice (« la notule) qui l’accompagne compte aussi.
La plateforme permet désormais d’identifier les membres du comité de programmation. Les abonnés peuvent ainsi suivre les choix d’une personne particulière. Comme on suit un critique, un festival ou une collection.
Mais l’équipe reconnaît que cette entrée concerne surtout les spectateurs déjà très cinéphiles. Le vrai défi reste d’accueillir celles et ceux qui ne savent pas quoi chercher.
Les cartes blanches
Tënk a aussi lancé des cartes blanches confiées à des personnalités de cinéma : Ovidie, Corinne Masiero, Mathieu Amalric, Reda Kateb ou Luc Moullet.
L’idée est simple. Faire entrer d’autres voix. Déplacer les habitudes. Donner envie à des publics qui ne se sentent pas spontanément concernés par le documentaire d’auteur. Ces invités ne sont pas toujours des spécialistes de la programmation. Mais ils arrivent avec une histoire, une curiosité et des choix personnels. Cette singularité peut produire des sélections inattendues.
Mathieu Amalric a exploré très largement le catalogue avant de choisir ses films. Reda Kateb a revu une partie des dix ans de Tënk et a retenu quatre œuvres. Certaines n’étaient pas les titres les plus évidents ou les plus visibles du catalogue. Corinne Masiero a proposé une programmation liée à ses engagements. Elle y abordait les violences faites aux femmes, l’inceste et les formes de lutte. Sa sélection incluait aussi un film plus proche de l’univers télévisuel que des habitudes de Tënk.
Ces cartes blanches obligent la plateforme à se déplacer. Elles posent une question utile : qu’est-ce qu’un « film Tënk » ? L’équipe se méfie de cette expression si elle devient une norme. Tënk doit avoir une ligne. Mais elle ne doit pas se fermer sur elle-même.
Les personnalités invitées peuvent aussi aider la plateforme à gagner en visibilité. Elles attirent l’attention de la presse. Elles créent un point d’entrée pour des spectateurs attirés par un nom connu. L’objectif n’est pas de réduire le documentaire à une stratégie de communication. Il est de créer une passerelle. Une personne vient pour Corinne Masiero ou Reda Kateb. Puis elle découvre d’autres films.
La carte blanche reste cependant limitée par les droits. Un invité peut rêver d’un film. Mais Tënk ne peut pas toujours l’obtenir. Les négociations, les tarifs et les territoires de diffusion imposent leurs propres règles.
Les droits et l’économie
La question des droits est au cœur du travail de Tënk. Chaque film doit être négocié séparément. Les interlocuteurs changent : producteurs, distributeurs, auteurs, ayants droit ou vendeurs internationaux.

Le budget annuel consacré aux droits atteint environ 80 000 euros pour près de 250 films. C’est une somme importante pour Tënk. C’est aussi l’un de ses principaux postes de dépense. Mais ce budget reste très inférieur à ceux de la télévision ou des grandes plateformes. Tënk ne peut pas toujours payer les tarifs demandés. Elle doit donc arbitrer sans cesse.
Les forfaits versés ne sont pas comparables à ceux d’une grande chaîne. Les intervenants ne le cachent pas. Mais ils rappellent que la présence sur Tënk a une valeur en soi.
Un film devient visible. Il est découvert par des spectateurs, des programmateurs, des journalistes et des institutions. Il peut trouver de nouvelles occasions de diffusion. Il peut renforcer le parcours de son auteur ou de son autrice. Cette fonction est particulièrement importante pour les premiers films et les courts métrages. Ceux-ci sont pratiquement absents des salles. Ils restent longtemps prisonniers des festivals ou de réseaux professionnels.
Des films ont rencontré un public grâce à Tënk, notamment parce qu’ils étaient difficiles à trouver ailleurs. Vers la tendresse, d’Alice Diop, reste l’un des films les plus vus de la plateforme.
Tënk préachète aussi environ quinze films par an tandis que les Studio de Tënk offrent les activités nécessaires à la post-production. La plateforme accompagne ainsi les œuvres dès leur fabrication. Elle ne cherche pas l’exclusivité. Elle souhaite que les films soient vus dans plusieurs lieux, sur plusieurs supports et au long cours.
Les films hors radar
Tënk n’a jamais été conçue comme un festival à soumissions. Historiquement, les films arrivent par les programmateurs, les festivals partenaires et les réseaux professionnels. Mais ce modèle a une limite. Que faire des films qui ne passent pas par les grands festivals ? Des œuvres qui n’ont pas trouvé de diffuseur ? Des films restés invisibles malgré leur qualité ?
Pour répondre à cette question, Tënk a lancé des appels à films ciblés. Le but n’est pas d’ouvrir une soumission générale toute l’année. Il est de chercher, à certains moments, ce qui a échappé aux radars.
Un appel a ainsi porté sur les documentaires d’auteur destinés au jeune public. Le résultat a été mitigé. L’équipe a vu beaucoup de films faibles. Mais elle a aussi fait des découvertes.
Ces appels posent une question de fond : Tënk doit-elle devenir un lieu de découverte première ? Ou doit-elle rester un relais éditorialisé, qui s’appuie sur le travail de repérage des festivals et des réseaux de diffusion ? La réponse n’est pas arrêtée. L’équipe envisage d’autres appels, notamment autour du court métrage et de films non récents. Elle cherche surtout à mieux comprendre ce que la plateforme peut apporter à des œuvres qui n’ont trouvé leur place nulle part ailleurs.
Un comité en mouvement
Le comité de programmation évolue lui aussi. Pendant longtemps, ses membres restaient sans durée clairement définie. Certains ont participé pendant six, huit ans ou davantage.
Aujourd’hui, le cadre est plus précis. Les membres s’engagent pour trois ans. Chaque année, un tiers du comité est renouvelé. Ce principe garantit un mouvement. Il évite que la programmation se fige. Il permet aussi à de nouveaux regards d’entrer dans le projet.
Tënk réfléchit désormais plus ouvertement à la diversité de son comité. Diversité de générations. De métiers. De pratiques de cinéma. De territoires. De genres. D’origines sociales et culturelles.
La question est vaste. Comment représenter une diversité sociale et humaine réelle avec seulement quatorze ou quinze personnes ? Comment éviter de programmer entre personnes blanches, issues des mêmes milieux et nourries des mêmes références ? La plateforme n’apporte pas de réponse définitive. Mais elle reconnaît que ce travail doit être mené.
Le comité est un collectif fragile. Ses membres vivent dans des villes et des pays différents. Ils ont souvent d’autres métiers. Ils ne se voient pas assez. Les échanges se font par téléphone ou en visio, dans les festivals, lors de réunions à Lussas ou autour d’un verre. Ces moments informels comptent beaucoup. Des idées de programmation naissent parfois d’une conversation, d’un souvenir ou d’un film cité au détour d’une discussion.
Ce collectif n’est jamais entièrement stable. Il se construit dans le temps. Il repose sur l’écoute, les échanges et le respect entre les personnes. Les intervenants insistent sur la qualité de ces relations. Les programmateurs.trices se sentent accompagnés. Ils apprécient la possibilité de discuter des films, des copies, des sous-titres et des difficultés concrètes de diffusion.
Mais un problème demeure : personne ne peut tout voir. L’équipe centrale ne peut pas visionner toutes les listes soumises par tous les programmateurs. Il faut donc apprendre à connaître les sensibilités de chacun. Comprendre ce que signifie, pour telle personne, un « beau film », un film important ou un film nécessaire. La coordination devient alors un travail de confiance. Il faut respecter les désirs individuels. Mais il faut aussi construire une ligne générale, une cohérence annuelle, une circulation entre les films.
Prendre le temps de penser
La table ronde se conclut sur une conviction forte : Tënk ne doit pas courir après l’actualité. Un événement survient. Un cinéaste meurt. Un conflit éclate. Une crise politique éclaire brutalement une situation. La tentation est grande de programmer vite.
Tënk choisit souvent de résister à cette urgence. Elle préfère prendre le temps. Attendre les films justes. Construire une réflexion. Accepter qu’une programmation arrive plusieurs mois plus tard. Cette lenteur n’est pas une fuite. C’est une position éditoriale. Le documentaire ne doit pas seulement expliquer le présent. Il doit aider à le penser.
Tënk se définit ainsi moins comme une simple plateforme de vidéo à la demande que comme un lieu de transmission. Les films y sont sélectionnés, contextualisés et remis en circulation. Ils y rencontrent des spectateurs, des programmateurs et d’autres films.
Sa force repose sur cette alliance : des choix subjectifs assumés, une exigence critique, des contraintes économiques fortes et une volonté constante d’élargir la cinéphilie documentaire.


