Ziad Daroueche, rock et intranquille

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Né dans l’archipel des Comores, Ziad Daroueche se réclame aussi bien de Madagascar, où il a habité, que de la Réunion, où il construit sa carrière. Mêlant rock, blues et de la pop afro, sa musique porte l’empreinte d’une nécessaire « part de folie ».


Ziad aurait pu prendre la voie du twarab, ce genre qui l’a bercé. Suivre le tracé de son père, guitariste de Seif El-Watwan, orchestre des plus célèbres aux Comores. Il monte sur scène, à ses côtés, lorsqu’il est adolescent à Mutsamudu, pour assurer quelques remplacements à la basse. La figure paternelle lui offre un autre monde avec sa discothèque des années 1970 et les reprises qu’il en tire. Le son des guitar heroes qu’il reprend forgent l’oreille du minot. Georges Benson, Jimmy Hendrix, Carlos Santana, etc. C’est l’explosion du rock et ses expérimentations, la contre-culture, le mélange des genres, les frontières qui se brouillent. De cet héritage, il se taille son propre style, dans une fusion intrigante.

D’autres références viennent nourrir ses influences directes : Keziah Jones et son blufunk ou encore Fela Kuti et l’afrobeat. Une ouverture esthétique qu’il partage avec son frère aîné Mounawar, issu de la même matrice et dont le nom est bien connu dans la sous-région de l’ouest indianocéan.

« J’ai découvert l’univers de Fela Kuti, je suis tombé amoureux de cette musique qu’est l’afrobeat, d’ailleurs j’ai eu la chance de faire la première de son ancien batteur, Tony Allen ».

S’il ne semble pas s’intéresser aux cuivres qui caractérisent le genre, il en embrasse néanmoins les rythmes expressifs, le chant en appel-réponse sur des riffs entêtants à la guitare.

A l’heure où la scène comorienne se noie dans la monotonie du mainstream, on reconnaît chez Ziad l’audace d’un pas de côté. D’incarner s’il le faut la dissonance. Son style ne ressemble à aucun autre parmi les productions qui y émergent. Il revendique d’ailleurs une part de folie pour qualifier ses choix. La quête esthétique qui le meut exige de faire chemin loin des facilités, de ne pas céder à la mode des emprunts qui anime toute une génération. Il s’amuse même à balancer de la distorsion dans sa gratte électro acoustique pour un son rock qui embrase.

« Un artiste doit pimenter un peu sa création pour se démarquer » sourit celui qui déserte les studios d’enregistrement, faisant vivre son talent sur scène. Cherche-t-il à éprouver toutes les possibilités de sa musique avant de la figer dans un disque ? « Je privilégie la création avant tout, et puis, oui, c’est un bonheur de pouvoir traverser les frontières pour parler de ta musique, jouer, etc. »

Un album est pourtant prévu mais Ziad choisit de laisser planer le mystère. Le bonhomme n’est pas du genre bavard. Pour l’instant, on devra se contenter de ce qu’il offre sur les scènes de l’Océan indien, qu’il parcourt, et en Europe, où il s’est produit jusqu’au Baiser salé, club parisien, où sont passés les meilleurs. Il en tire de l’humilité, il sait le chemin encore long. Il y a cette conscience d’appartenir à une géographie éclatée. C’est au croisement des parcours qu’il inscrit son discours d’artiste, célébrant le commun et chérissant les différences dans un esprit one love, quelque peu débonnaire.

« Je suis un insulaire. Je suis né aux Comores d’ascendants comoriens et malgaches. La Réunion m’a adopté, j’appartiens entièrement à ces territoires, j’appartiens aussi à d’autres territoires, sûrement »

Sans écarter, bien sûr, l’Afrique de l’Est où il se rend souvent. Le titre Dunia, écrit dans un mélange de swahili, de français et d’anglais, célèbre son monde.

A la Réunion, il partage d’abord son temps entre des études en sciences sociales et la musique, avant de se consacrer à la musique. « Certes une vie artistique a beaucoup d’incertitude mais certains arrivent à en vivre, c’est un monde à découvrir, il faut l’aimer et être beaucoup patient ». Cette année, l’artiste s’est produit en Corse et sera sur scène à Toulouse, Paris, Troyes et Nantes. Sous ses airs calmes, le musicien est porté par une énergie volcanique.

Fouad Ahamada Tadjiri, le 23 octobre 2026.

Découvrir le Soundcloud de l'artiste
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