100 portraits de l’injustice

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Site internet avec des contenus radiophoniques, le collectif Cases Rebelles se définit comme « panafrorévolutionnaire ». Il publie, le 23 février 2017, un premier ouvrage aux Editions Syllepse, 100 portraits contre l’État policier.

« Chaque cas mériterait d’être un livre, une contre-enquête« , expliquent les membres du collectif Cases Rebelles pour présenter la démarche de leur ouvrage 100 portraits contre l’Etat policier. Tous les « protagonistes » du livre sont décédés entre 1948 et 2016 dans des circonstances diverses et pas toujours élucidées mais en lien direct avec les forces de l’ordre : percutés par une voiture de police, touchés par balle, noyés ou écrasés dans leur fuite, étouffés lors d’arrestations, ou lors d’expulsions, morts en prison ou pendant des mouvements sociaux. Des cas célèbres comme ceux d’Edouard Mazé, Lounès Ladj et Wissam El-Yamni. Mais aussi ceux moins médiatisés de Charles-Henri Salin, Edouard Salumu Nsumbu et Léopold Dawano : « À côté des victimes historiques on a voulu avoir des gens inconnus ou sur lesquels la narration est partielle ou erronée « .

Le collectif Cases Rebelles a choisi de les mettre en lumière accompagnés de portraits dessinés signés Xonanji. Membre du collectif, elle s’inspire du graff, des murals chicano ou irlandais, mais surtout de la production artistique de Justiceforourlives d’Oree Orignol et des travaux d’Elizabeth Catlett, Emory Douglas, Mode2, Cheik Ledy, Cheri Samba ou Lorna Simpson. le projet du livre se dessine en 2015, lors de la commémoration de la mort de Lamine Dieng (1), à Paris. Des portraits de victimes de violences policières aux Etats-Unis sont collés sur des cartons et portés pendant la marche. Le but : créer un lien avec les victimes de France. L’année suivante, pour la même commémoration, le collectif Cases Rebelles décide d’aligner des portraits de victimes de la police française dans la rue des amandiers (Paris 20e) : « On avait rédigé des petits textes au dos de chaque image, parce qu’on voulait que celui / celle qui porte l’affiche connaisse l’histoire de la personne représentée« .

C’est à cette occasion que le collectif rencontre différentes associations de familles de victimes et d’autres collectifs comme Urgence notre police assassine ou Ferguson in Paris et que le livre prend forme. C’est une première pour Cases Rebelles. Regroupant moins d’une dizaine de membres, il est avant tout un site internet lancé en 2010 et alimenté de contenus radiophoniques. Entretiens avec des enfants des Black Panthers, avec l’afro-féministe allemande Katarina Oguntoye, critique d’ouvrages d’auteurs africains ou afrodescendants ou documentation de faits historiques mal connus comme le mouvement contestataire de 2008 au Cameroun, sont quelques-uns des sujets abordés. L’équipe est composée de plumes africaines et caribéennes âgées de 25 à 40 ans, certaines nées en France, d’autres pas et ayant en commun la volonté d’analyser les faits sociaux sous un angle décolonial.

Avec 100 portraits contre l’Etat policier, Cases Rebelles poursuit aussi l’un de ses axes de réflexion : le racisme systémique. une partie des crimes questionnés sont-ils vus par la justice comme des actes racistes, notamment depuis la loi de 2003(2) ? Selon le collectif, il existe une continuité troublante de ces violences aussi bien que de l’impunité d’un certain nombre d’entre elles. si le recueil n’a pas la volonté de développer une approche sociologique et statistique, 100 portraits contre l’Etat policier a le mérite d’offir un panorama méconnu et d’encourager d’autres personnes à s’y intéresser.

1. FRANÇAIS D’ORIGINE SÉNÉGALAISE DE 25 ANS MORT PAR ÉTOUFFEMENT DANS UN FOURGON DE POLICE LE 17 JUIN 2007.
2. LE 3 FÉVRIER 2003, LE CARACTÈRE RACISTE D’UN CRIME EST RECONNU PAR LA LOI N° 2003-88, VISANT À AGGRAVER LES PEINES PUNISSANT LES INFRACTIONS À CARACTÈRE RACISTE, ANTISÉMITE OU XÉNOPHOBE
///Article N° : 13938

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