Le grand combat, la violence raciale aux états-Unis

Le grand combat, dont la version française vient de sortir aux Éditions Autrement raconte une Amérique violente et ségréguée. celle de la jeunesse du journaliste afro-américain Ta-Nehisi Coates.

Lorsque le crack débarqua à Baltimore la civilisation s’effondra “. Le grand combat se situe dans l’Amérique de Reagan, à la fin des années 1980. À West Baltimore le gang de Walbrook Junction sème la terreur et le crack montre son vilain nez sur fond de ghetto-blaster jouant “Children’s story” de Slick Rick. Le titre original du livre The beautiful struggle est une référence à un album de Talib Kweli, sorti en 2004. Ce n’est pas une coïncidence quand on connaît l’engagement du rappeur américain au côté du mouvement Black lives matters contre les violences policières envers les Noirs aux Etats-unis. dans son récit autobiograhique, Ta-Nehisi Coates, aujourd’hui journaliste pour le magazine The Atlantic, retrace une jeunesse qui semble le condamner à devenir un “bad boy”. À l’image de son grand frère Big bill qui flirte avec la délinquance, flingue en poche. Jeune homme timide, Ta-Nehisi “côtoie la rue sans jamais en faire partie“. Dans le même temps il est “révélé” par son père Paul Coates, un ex-black Panther qui l’initie aux lectures militantes de Kwamé Turé ou Chancellor Williams et lui fait rencontrer l’activiste et mère de 2pac Afeni Shakur. Une éducation qui s’est affinée à la “Mecque noire”, l’université africaine-américaine Howard à Washington. Un Noir tue un autre Noir Mais la violence raciale reste omniprésente au fil de ce récit, marqué par ce que Toni Morrison appelle le “white gaze”, c’est à dire l’idée d’une oppression blanche liée à l’esclavage. La réalité dépasse la fiction quand, dans un passage du livre, l’auteur et ses amis évoquent les qualités comparées de Boyz n The Hood et Menace II Society, deux films emblématiques sur la violence des ghettos noirs-américains. Publié aux Etats-Unis en 2008 avant d’être édité en France en janvier 2017, Le grand combat précède le best-seller Une colère noire – mauvaise traduction du titre original Between the world and me.
Une colère noire raconte notamment le meurtre en 2000 de son ami Prince Jones par un policier… noir. “Le racisme est une pré-conception systémique”1 explique ta-nehisi coates “en le voyant dans sa voiture le policier s’est dit qu’il a dû la voler. il n’y a aucune raison pour qu’un noir échappe à ce genre de préjugés… “. Cet épisode de violence policière a traumatisé durablement l’auteur: “J’ai mis quinze ans à me demander pourquoi il est mort” explique-t-il. “Cette mort, survenue quinze ans avant la naissance de mon fils m’a laissée dans la peur “. Malgré cette peur et l’arrivée au pouvoir aux Etats-Unis du très racialiste Donald Trump, Ta-Nehisi Coates garde espoir pour la génération de son fils: “On a eu un président noir. Ça a un effet sur l’imagination politique. Je n’aurais jamais imaginé ça étant enfant. À mon époque il n’y a que sur le Cosby show qu’on voyait des noirs à la télévision“.

Coup de coeur. 93370 Les Bosquets, un ghetto français
De Jean-Riad Kechaou
Les bosquets c’est la pire des cités“. De la cité de Montfermeil (93) à la légende sulfureuse, seule une tour subsiste aujourd’hui. À partir de 2000 l’enseignant et blogueur Jean-Riad Kechaou s’y est rendu souvent : “c‘était un ghetto au sens propre, avec l’insalubrité, la gale… “. Ponctué de témoignages d’acteurs locaux, policiers, médiateurs ou encore du controversé maire de Montfermeil Xavier lemoine, son livre retrace un apartheid territorial qui a mené aux révoltes de 2005.
Éditions Melting book, janvier 2017, 9,90€.

1. EXTRAIT DE L’INTERVIEW ACCORDÉE À L’ÉMISSION “LA GRANDE LIBRAIRIE” SUR FRANCE 5.///Article N° : 13936

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