#4 Le théâtre à l’assaut des cours de Ouaga

ZOOM : Culture burkinabè et transition

Retours sur le festival Les Récréâtrales
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Un peuple se soulève. Un président quitte ses fonctions. Un gouvernement de transition est nommé. Et pendant ce temps-là, les opérateurs culturels continuent de s’activer. Qu’en est-il des rendez-vous phares des burkinabè ? Qu’est ce que cela change ou non pour eux ? Dans quel contexte ont-ils évolué ? Comment envisagent-ils l’avenir ? Après le Festival de contes Yeleen, le festival de danse Dialogues de corps et le festival de musique Jazz à Ouaga, dernier cas d’école cette semaine avec le festival de théâtre Les Récréâtrales, qui se déroule à Ouagadougou depuis 2002.

Du 28 au 31 octobre 2014, le peuple burkinabè est sorti dans la rue pour mettre fin à la présidence de Blaise Compaoré, en poste depuis 27 ans, qui souhaitait modifier la Constitution pour être réélu en 2015. Suivant ce soulèvement populaire, de nombreuses infrastructures ont été incendiées et saccagées et des manifestations culturelles ont été, fin 2014, annulées. Pourtant, en pleine insurrection, un festival s’est tenu à Ouagadougou, faisant de sa 8e édition un souvenir historique. Il s’agit du festival de théâtre Les Récréâtrales, fondé en 2002, qui présentait du 25 octobre au 2 novembre 2014 sa plateforme festival.

Le metteur en scène et comédien burkinabè Étienne Minoungou, fondateur du festival, se souvient : « Nous ouvrons le village le 23 octobre. Les premières représentations ont lieu le 24, le plateau concert le 25. Les femme rouspètent avec leurs spatules le 27 octobre; le grand meeting a lieu le 28; le deuxième jour d’insurrection a lieu le 29; le 30, l’Assemblée Nationale est brûlée; le 31 octobre, Blaise Compaoré s’en va, le 1er novembre nous nous réveillons avec le colonel Zida (officier burkinabè désigné chef de l’État de transition du Burkina Faso par l’armée, NDLR) et le 2 novembre, le couvre-feu est ramené à minuit, jour de clôture du festival« .

Malgré l’agitation politique du moment, les Récréâtrales 2014 ont donc bel et bien lieu : « Nous avons pu tenir l’ensemble de la programmation, sauf le 29 car le couvre-feu est intervenu à 18h, poursuit Étienne Minoungou. Nous n’avons pas eu de représentations mais nous sommes restés sur le site, ouverts. La gendarmerie est venu regarder et nous a laissé tranquille. Le 30, nous avons repris normalement. Un dimanche (le 2 novembre 20014, NDLR), nous avons tout organisé en matinée dans les cours familiales. Puis nous appris que le couvre-feu allait jusqu’à 22h. Au moment de clôturer, alors que j’étais sur scène, je reçois un coup de téléphone d’un ami policier qui me dit :  » Monsieur Minoungou, le couvre-feu vient d’être ramené à minuit donc vous pouvez faire la fête ». Alors nous avons fait la fête jusqu’à deux heures du matin« .

« Nous aurions fait exprès, nous n’aurions pas mieux fait »

Une édition à noter dans les annales, comme le souligne l’opérateur culturel burkinabè Ousmane Boundaoné : « En voyant ceux programmés lors de la dernière édition, on se dit qu’un vent de révolution se préparait. Et ça n’a pas manqué. « Tenir la main au futur, qu’il ne tremble pas, qu’il sourie » était la thématique du festival. Avec des pièces comme Nuit blanche à Ouagadougou, il fallait le faire ! (1) »

« La programmation était absolument hallucinante et prémonitoire, confirme Étienne Minoungou. Nuit blanche à Ouagadougou avec Smockey, La malice des hommes qui parle de Norbert Zongo et de Thomas Sankara, La nuit des 3 morts qui traite de la modification de la constitution, M’appelle Mohamed Ali, cri de revendication… Nous aurions fait exprès, nous n’aurions pas mieux fait« .

Et effectivement, durant l’insurrection populaire d’octobre, le public répond présent, tout comme les artistes n’hésitent pas à se mêler à la foule lors des manifestations. « Je n’ai jamais eu peur. Personne n’était paniqué. Il y avait une sorte d’assurance : « Enfin cette fois-ci, ça y est, nous avons raison, ça va marcher, tu vas partir, on est ensemble ». Il y avait des formes de fraternité et de solidarité dans la rue incroyables. Des femmes sortaient devant chez elle déposer des seaux d’eau pour que les jeunes trempent leurs serviettes contre les gaz lacrymogènes. Nous avions tellement conscience d’avoir raison… Chanter dans la foule place de la Révolution, aller à Kosyam (2)… Et le soir, nous étions au théâtre et le public suivait. Il y avait une telle connexion ! Les Récréâtrales est l’événement de la ville. Tout le monde savait que Smockey était dans une des créations et dans le Balai Citoyen donc tous les membres du Balai Citoyen venaient aux Récréâtrales puis repartaient dans les manifestations et à la fin des représentations ils donnaient des informations…« . La question d’annuler le festival n’a même pas effleuré l’équipe. « Des non-burkinabè étaient dans la rue avec nous. C’était la ferveur. Le 1er novembre, en sortant dans la rue, j’ai vu tout le monde en train de nettoyer – des vieilles, des vieux, des jeunes, le maire de la ville sur une moto. J’ai pleuré. Je n’ai jamais senti que j’étais Burkinabè aussi fort que ce 1er novembre « .

Un projet intégré

Au-delà de cette édition, les Récréâtrales ont su, depuis 2002, s’imposer comme un rendez-vous théâtral exemplaire dans toute la sous-région et à l’international : « Les spectacles qui sortent de ce festival vont à la conquête des scènes mondiales. Ce qui démontre la pertinence d’un tel événement. Ce ne sont pas des spectacles au rabais. Pour moi, Les Récréâtrales c’est plus qu’un festival, témoigne Ousmane Boudaoné. C’est un projet intégré qui touche d’un bout à l’autre la création théâtrale. Il donne un espace de travail à des dramaturges, des comédiens, des techniciens, un espace d’expression à des scénographes qui pensent la scène de théâtre, et qui essaient d’inventer, pour le Burkina, quelque chose qui soit en lien avec le territoire, adapté ou proche des besoins des gens« .

Initié en 2002 dans le but d’offrir aux créateurs et aux artistes africains de théâtre, un espace de travail, de formation et de réflexion, les Récréâtrales ont d’abord eu une genèse, en 1996/1998, lorsqu’Étienne Minoungou jouait au sein de la troupe du Théâtre de la Fraternité de Jean-Pierre Guingané (célèbre dramaturge burkinabè décédé en 2011, NDLR). « J’ai commencé à développer de petites formes avec un ami comédien : nous choisissions un sujet, commencions les répétitions sans texte en essayant de créer un canevas et à partir de là, laissions libre cours aux acteurs de développer leur imagination« . Par ce biais, Étienne Minoungou touche à l’écriture collective et crée trois spectacles d’une heure : Tu ne tueras point (1998), Prisonniers et Dur, dur d’être comédien (2000), cette dernière ayant été jouée « plus de trente fois et ayant circulé en Europe entre mai et septembre 2000« (3). Jean-Pierre Guingané les programme chaque semaine, du jeudi au samedi, au Théâtre de la Fraternité. « C’était la première fois au Burkina qu’un théâtre proposait une programmation régulière au public« , témoigne Étienne Minoungou.

Fort de ce succès, Étienne Minoungou développe avec Madame je vous aime, une pièce de théâtre inspirée de son séjour au Rwanda en 2000, une résidence collective. Il cherche dans la sous-région des auteurs et metteurs en scène tentés par l’expérience de créer chacun leur pièce, présentée ensuite devant un public restreint. L’occasion de se réunir pour discuter des problèmes de financements, de formation, d’esthétique et d’autres problèmes habituellement discutés dans les festivals d’Abidjan, Bamako ou Lomé. « J’avais envie de centraliser tout cela dans un espace de résidence d’écriture et de recherche théâtrale pour essayer de prendre tous les problèmes à bras le corps et essayer de trouver des solutions« , explique aujourd’hui le metteur en scène burkinabè.

Ainsi naît en 2002, à l’Espace Gambidi de Ouagadougou (4), la première édition des Récréâtrales, avec des auteurs du Mali, du Niger, de Côte d’Ivoire, du Togo et du Burkina Faso. Mais au rêve de l’artiste s’ajoute soudain les contraintes de l’opérateur culturel : comment faire venir ces auteurs, où les loger, qui va payer ? « L’une des choses qui manque à la création théâtrale en Afrique c’est le temps et les moyens pour aller au bout de nos propositions artistiques« , affirme Étienne Minoungou qui se colle aux demandes de subventions pour offrir le plus de temps possible aux artistes – à savoir deux mois de résidence. Succès : le projet décroche 70000€ et Madame je vous aime circule dans les cinq pays invités à la rencontre du public, en diptyque avec les pièces créées à l’occasion des Récréâtrales et les artistes afin de témoigner de cette expérience. « Cela suscitait un enthousiasme énorme. C’est là que j’ai compris que nous venions d’inventer quelque chose qui convenait aux gens : les questions que l’on se posait là étaient les mêmes partout« . Aux ateliers d’écriture, de mise en scène, de jeu d’acteur s’ajoutent donc des projections de film et des lectures de poésie, pour se baigner dans une atmosphère de créativité. « Un artiste doit avoir une certaine culture« , affirme Étienne Minoungou.

En 2004, la résidence dure trois mois au lieu de deux. La question de la scénographie est posée. « Une petite équipe de menuisiers-décorateurs qui travaillaient pour nos décors nous disent vouloir profiter de l’expérience des recherches pour pousser plus loin leurs questionnements en tant que décorateurs de théâtre« , poursuit le directeur du festival qui, victime de son succès, prend l’année 2005 pour réfléchir et prendre en compte les forces et faiblesses du festival.

En 2006, la 4e édition se tient et fait place aux scénographes afin que le décor puisse être intégré dans le jeu et la dramaturgie. Un an plus tard, l’idée de séparer les différentes étapes jaillit. La Quarantaine (en février) accueille la phase de recherche des auteurs en résidence. Le Côté Cour (en juin), permet aux scénographes de développer leurs créations, les Résidences de Création (septembre/octobre) permettent à tous de créer les spectacles et la Plateforme Festival (octobre/novembre) permet de diffuser ces œuvres. Les Récréâtrales dépassent donc le statut de festival en devenant un processus de création annuel, présenté tous les deux ans à Ouagadougou.

« Le théâtre africain existe »

C’est en cette même année 2007, que naît la Fédération du Cartel, réunion de plusieurs compagnies de théâtre burkinabè autour d’un pôle administratif. Structure d’administration et de gestion, la Fédération du Cartel permet de mutualiser les moyens de cinq compagnies de théâtre burkinabé grâce à l’emploi de onze salariés à plein temps financés par Africalia et la Coopération Suisse : la Compagnie Falinga (compagnie d’Étienne Minoungou en charge des Récréâtrales); le Théâtr’ Évasion (qui organise les Casting Place Publique et Bains artistiques.), le Théâtre Éclair (organisateur du Festival International de Théâtre Jeune public, de Paroles croisées et de DOREMI – formation musicale pour le secondaire), ainsi que de l’Association Grâce Théâtre du Burkina (AGTB) qui organisent les Nuits internationales de la plaisanterie et la Compagnie du fil (organisatrice de Filigrane, formation continue à destination des marionnettistes africains). Ensemble, ces cinq compagnies organisent depuis 2011 la saison théâtrale du Cartel qui permet la diffusion de spectacles de ces compagnies dans différentes villes du Burkina Faso.

Le centre névralgique du festival déménage en 2008 du quartier Dassasgho au quartier Bougsemtenga de Gounghin à Ouagadougou. Une rue est habillée, un podium musical permet aux artistes de se réunir. Le dernier soir, Étienne Minoungou et le metteur en scène français Patrick Janvier déambulent dans le quartier en discutant. Regardant vers la cour de M. et Mme Bazié, des habitants du quartier, à côté du siège du Cartel, le comédien burkinabè énonce : « Je crois que le théâtre africain existe. Il me demande : « Comment ? Alors que nous passons notre temps à ne pas nous définir comme africain tellement nous avons envie d’être théâtre monde ? » Je lui dis : Regarde : cette cour-là, si on l’aménage on peut en faire un espace de théâtre« . Après deux heures de discussion, commence à se former dans la tête de l’artiste burkinabè l’idée précise qu’il se fait du théâtre mais qu’il n’arrivait pas à formuler : ce qu’est le théâtre. « Je le trouve dans ma langue, en mooré, et lui traduis : « Viens on va discuter pour élargir la parenté ». Le deuxième concept, c’est « Viens on va coudre la calebasse de la famille », comme lorsqu’il y a un conflit familial, que l’on se réunit dans la cour, qu’on expose les problèmes et que pour la réconciliation, on boit tous dans la même calebasse. Lorsque tu vois dans une cour une calebasse cassée cousue avec des fils, c’est pour garder le souvenir que par le passé, il y a eu un conflit, nous l’avons résolu, nous l’avons recousue et nous gardons les traces de cette couture pour se rappeler à notre mémoire le temps de notre conflit et de notre réconciliation« .

Le Côté cour, l’Académie et l’Elan

En juin 2010, les Récréâtrales s’invitent donc chez cinq familles du quartier Bougsemtenga, créant un espace théâtral de proximité dans les cours familiales (le Côté Cour) et renouvellent ainsi le public de la plateforme festival. « Pourquoi les gens ne viennent pas dans nos théâtres ? Si tu joues à l’Institut Français, c’est le public de l’Institut Français qui vient. Si tu joues à l’Espace Gambidi, il faut mettre beaucoup d’argent dans la communication pour que les gens viennent. Nous avons toujours assimilé le théâtre à une consommation de classe bourgeoise, universitaire, artiste, expatriée… Certains nous ont même dit que « le théâtre, c’est pour les Blancs » sauf pour le théâtre de sensibilisation et les sketchs…« , analyse Étienne Minoungou.

Après avoir posé les problèmes concrets à résoudre en déplaçant le théâtre dans les cours, l’équipe des Récréâtrales crée des structure mobile (planches, gradins, projecteurs, lampes) pour donner aux artistes créateurs « le même confort mais une flexibilité par rapport aux espaces non-théâtraux qu’ils vont investir de manière à pousser plus loin leurs imaginations« . Tout un travail de sociologie est développé autour du quartier pour inclure les habitants : création d’emplois (aménagement de l’espace, chauffeurs, billetterie, accueil des festivaliers…), dispositifs de restauration légère mis en place par les familles (boissons, brochettes…), ateliers pour les enfants. U travail collectif qui mène à la création, en 2011, d’un comité de quartier.

La réalisation d’un système d’écoulement des eaux de pluie et d’un système de collecte de déchets est également mis en place avec le concours de la Ville de Ouagadougou – qui terrasse chaque année la rue à raison d’une semaine de travaux – afin de minimiser les impacts négatifs d’une augmentation de population dans le quartier. « Les artistes africains ont un rôle à jouer dans l’aménagement des villes pour donner des espaces de respiration, affirme Étienne Minoungou. Nous pouvons devenir la limite des plans d’aménagements urbains. Regardes Ouagadougou : la création des échangeurs a nécessité le déplacement de plusieurs populations. Si le processus continue, nous allons vider tout le centre-ville de sa charge historique et créer autour de Ouagadougou des villes-dortoirs. Les artistes doivent travailler à contre-courant de cela et trouver des formes d’investissement sur le territoire qui permettent d’interroger les logiques d’investissement urbains en dialogue avec les municipalités« .

Dans la continuité, l’équipe de scénographes du festival met en place, à partir de 2010, l’habillage du quartier : décoration de la rue et des cours familiales. « Les habitants achètent des chaises en fonction de la couleur de la scénographie qui passe devant chez eux. Elles ne sont pas dans un espace anodin mais solennel et entrent dedans. Il y a onze portes d’entrée dans la rue. Pour chaque entrée, les scénographes font une porte grandiose. Tu sais que tu es à l’intérieur de quelque chose« . Le 5 juillet 2012 est inaugurée, dans la même rue que la Fédération du Cartel, l’Académie régionale des arts scénographiques qui rassemble l’ensemble du patrimoine accumulé par les Récréâtrales : 300m2 de plateaux modulables, une centaine de projecteurs, des gradins pouvant accueillir un millier de spectateurs, des perches, des pendrions, des consoles lumière… Le tout géré par deux techniciens rattachés à la Fédération du Cartel.

En 2014, les Récréâtrales ont également mis sur pied, avec le Sokan Théâtre de Côte d’Ivoire, Acte Sept du Mali et Les Bruits de la Rue du Congo, un programme triennal (2014-2015-2016) de recherche et de formation en théâtre afin de stimuler l’émergence d’une pépinière de créateurs. Durant la Résidence de création puis la Plateforme festival, ce sont 5 auteurs, 5 metteurs en scène, 5 scénographes, 10 comédiens stagiaires et 10 administrateurs culturels qui se sont formés à Ouagadougou, soulignant la place centrale qu’occupe aujourd’hui le Burkina Faso en matière de création théâtrale.

Et après ?

Avec plus de 50 spectacles créés et présentés à l’international (Allemagne, Belgique, Congo, Côte d’Ivoire, France, Mali, Suisse – dont deux spectacles sélectionnés dans le programme officiel du Festival d’Avignon5), 1000 professionnels formés, 150 artistes réunis à chaque édition, et 25 000 spectateurs tous âges confondus assistant aux représentations, les Récréâtrales sont devenues une référence en matière de théâtre sur le continent.

Soutenues par le Ministère de la Culture et du Tourisme du Burkina Faso, la Fondation Doen, Prince Claus, Africalia, Wallonie-Bruxelles International, l’Institut Français, l’UEMOA, l’UNESCO, la Coopération Suisse, l’Organisation internationale de la Francophonie, le SCAC de l’Ambassade de France, Bank of Africa, la Sonabel, la Lonab et Telecel, les Récréâtrales ont multiplié par quatre leur budget au fil des années, atteignant la somme de 325 000€ en 2014.

Fort de cette expertise, les Récréâtrales seront mises à l’honneur par le festival les Francophonies en Limousin, à Limoges à l’automne 2015 : « Nous ferons une rue sténographiée, la chef des femmes qui s’occupent de la salubrité et le chef du quartier viendront car c’est devenu un événement coproduit par les habitants du quartier« , explique Étienne Minoungou.

Après un moment de creux connu dans les années 2005/2006 avec l’affaissement de festivals comme le Festival international de théâtre du Bénin (FITEB), le Festival des Réalités (Mali) ou et le Marché des arts et du spectacle d’Abidjan (Côte d’Ivoire), le théâtre en Afrique, selon Étienne Minoungou, se renouvelle : « J’ai l’impression qu’une très bonne reprise est en train de se faire, notamment parce qu’il y a de très bons metteurs en scènes, comédiens, scénographes et que les gens tentent de travailler sur l’offre locale« .

Au Burkina Faso, « c’est le printemps du théâtre, l’apogée ! Nous sommes dans une phase où tout le monde nous envie » affirme l’artiste. D’ailleurs, analyse l’opérateur culture Ousmane Boundaoné, « le nombre des festivals au Burkina démontre deux choses : une vitalité et l’envie des gens à s’exprimer, en ce sens que les gens n’ont pas accès aux différents moyens de communication qui existent. Certaines personnes se sentent oubliées, minimisées, écrasées par l’hégémonie du plateau central donc plusieurs petits festival naissent dans des coins reculés. Les gens n’ont plus envie d’attendre deux ans les éliminatoires de la Semaine nationale de de la Culture (SNC) qui ont lieu dans les provinces. Ils veulent se faire mieux connaître et divertir les populations car il y a une très longue saison morte, en milieu rural, entre octobre et juin« .

Durant les jours qui sont suivi l’insurrection populaire, Étienne Minoungou a été pressenti pour devenir Ministre de la Culture et du Tourisme du gouvernement de transition. C’est finalement Jean-Claude Dioma qui a été nommé à ce poste. Bien qu’en 2016, les Récréâtrales seront dirigées par le comédien et metteur en scène burkinabè Aristide Tarnagda pour offrir de nouvelles impulsions, Étienne Minoungou demeurera président de l’association pour poursuivre sa vision de la Culture : « De la transition burkinabè, l’enjeu est : après avoir identifié que la Culture est la colonne vertébrale du redressement de ce pays, quelle sera la réponse politique par rapport à ces préoccupations ?J’ai fait le calcul : s’il y a 15 milliards de FCFA (22 867 353€) par an consacrés à la Culture, qu’on répartit entre la production, la formation, la diffusion et la recherche, on peut commencer. Mais le plus gros, ce sera d’accompagner ceux qui travaillent bien et ne pas lésiner. Tant pis si l’on perd de l’argent mais mettons le paquet pendant dix ans et faisons le bilan après. Les opérateurs privés et les partenaires internationaux ont pris beaucoup en charge, maintenant c’est à l’État de constater que nous avons fait nos preuves et qu’il doit consacrer à la Culture une partie de ses ressources. Il n’y a pas un pays où l’on a autant réfléchi à la politique culturelle. Tous les outils sont là. C’est une décision politique que nous, artistes, devons influencer« .

Claire Diao, à Ouagadougou et Bruxelles

(1) Nuit blanche à Ouagadougou est un spectacle mis en scène par Serge-Aimé Coulibaly, écrit et mis en musique par le rappeur Smockey qui a pris part à l’insurrection populaire via le collectif Balai Citoyen, qui explore « à travers le parcours d’une nuit imaginaire dans une capitale africaine, un mouvement social violent pour un hypothétique changement de situation sociale, politique et économique. Une nuit pendant laquelle le destin d’un pays se joue« .
(2) Résidence du président du Burkina Faso situé dans le quartier chic de Ouaga 2000.
(3) HERBERT Ian, LECLERCQ Nicole, The World of Theater: Edition 2000, éd. Routledge, p. 40
(4) Centre professionnel de rencontres, d’échanges artistiques, lieu de créations, productions, diffusions et d’animations artistiques et culturelles créé en 1996.
(5) Shéda de Dieudonné Nganguna, Et si je les tuais tous Madame d’Aristide Tarnagda en 2013.
///Article N° : 12881

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Les images de l'article
Devant l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
© Claire Diao
Dans le quartier Bougsemtenga de Gounghin © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Dans la cour de la Fédération du Cartel © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Le camion des Récréâtrales © Claire Diao
Au siège de la Fédération du Cartel © Claire Diao
Au siège de la Fédération du Cartel © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
Au siège de la Fédération du Cartel © Claire Diao
Vue de l'Académie régionale des arts scénographiques © Claire Diao
© Claire Diao
© Récréâtrales
© Récréâtrales
© Récréâtrales
© Bertrand Dupuy
© Bertrand Dupuy
© Eustache Agboton
Étienne Minoungou © Récréâtrales
La Malice des hommes mis en scène par Paul Zoungrana © Eustache Agboton
Nuit blanche à Ouagadougou mis en scène par Serge-Aimé Coulibaly © Eustache Agboton




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