Africaphonie : un concert pour la mémoire

Entretien d'Astrida Rotsaert avec Alain Bidjeck et Modeste Sallah, fondateurs du festival Africaphonie

Paris, avril 2008
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Depuis 2007, l’association Orig’in organise le 10 mai le festival Africaphonie à Paris. Un grand concert pour commémorer la traite négrière, l’esclavage et leurs abolitions.
Labellisé par l’UNESCO dans le cadre de l’initiative « sur la route de l’esclavage », le Festival Africaphonie accueille de nombreux artistes d’Afrique, des Caraïbes, de l’Océan Indien, et de France. Cette année le plateau réunira au Cabaret Sauvage : Davy Sicard, Blick Bassy, Sally Nyolo, Dede Saint Prix, Muntu Valdo, Soha, Elsa Martine, Adjabel, Dife Kako, Princess Anies, Cheick Tidiane Seck…
Alain Bidjeck et Modeste Sallah fondateurs du Festival Africaphonie et membres de l’association Orig’in reviennent sur les ambitions de cette manifestation.

Comment est née l’idée de ce festival ?
Modeste Sallah
: Lorsque je travaillais comme chroniqueur pour TV5 Monde, j’ai écrit la chanson Africaphonie pour la première commémoration de l’abolition de l’esclavage. Le morceau a été diffusé, en présence de Salif Keita. le clip a été vu un peu partout dans le monde. Avec Alain, on s’est dit que ce serait bien d’organiser un festival autour de cette date. Une manière de faire connaître notre engouement pour la cause africaine. On a rencontré Françoise Vergès, présidente du Comité pour la Mémoire de l’Esclavage qui nous a d’emblée donné son soutien.
Alain Bidjeck : Le Festival Africaphonie met en avant les diverses sonorités issues de l’héritage africain. Du plus épuré au plus consistant. Contes, slam, rap, concerts acoustiques, concerts plus « musclés ». L’ambition d’Africaphonie est de réunir tous les peuples autour de la mémoire de l’esclavage. L’histoire de l’esclavage, c’est une histoire que l’on partage tous, que l’on soit Européen, Africain ou Caribéen.
Que faites-vous pour que le festival Africaphonie soit perçu comme un évènement particulier, lié à la mémoire de l’esclavage ?
M.S
: Africaphonie est un mouvement. Ce n’est pas un quelconque festival. Nous sommes en train de mettre en place un mouvement qui met en avant l’héritage africain.
Africaphonie, c’est aussi une chanson, un clip vidéo, un documentaire. Nous essayons d’utiliser tous les arts possibles pour faire découvrir au plus grand monde l’héritage afro caribéen.
Quel est l’engagement des artistes par rapport à votre festival et plus largement par rapport à la journée du 10 mai ?
M.S
: Leur engagement se traduit de différentes manières. L’an dernier, des artistes comme Dédé Saint-Prix et Richard Bohringer ont accepté de jouer gratuitement. Ils seront encore présents cette année. Dédé Saint Prix est un des parrains de cette seconde édition.
A.B : Pour Davy Sicard, originaire de la Réunion, c’est très important de s’exprimer le 10 mai. Pour d’autres artistes, le fait de se rendre disponible, c’est déjà un engagement. La plupart des artistes présents se reconnaissent dans cette dynamique de commémoration.
Quel regard portez-vous sur la journée du 10 mai ?
A.B
: Pour ma part, c’est un devoir de mémoire personnel. Cette journée du 10 mai s’inscrit comme une prise de conscience personnelle de l’histoire. Cette journée de commémoration lance un coup de projecteur sur l’histoire. Nous pouvons enfin rendre hommage à notre histoire, comme on peut rendre hommage à la Shoah. Il ne faut pas oublier que l’abolition de l’esclavage reste un point fort de l’histoire de France. Il faut reconnaître l’histoire des populations pour pouvoir construire un avenir commun. Le 10 mai, Africaphonie établit une passerelle entre les générations et les cultures pour rétablir l’échange.
Cette année, on fête les 160 ans de l’abolition de l’esclavage. Il a fallu batailler, que ce soit les marrons dans les Caraïbes, les Africains, les mouvements associatifs, les politiques jusqu’à Madame Taubira en 2001. Avec cette loi, la République reconnaît que l’esclavage a bien été un crime contre l’humanité. Grâce aux gens qui se sont battus pour cette cause, on commence enfin à l’apprendre dans les établissements scolaires.
M.S : Je ne veux pas être mauvaise langue, mais quand tu commets des actes aussi atroces que ceux de l’esclavage, tu préfères les oublier. Et la France a préféré oublier ce côté négatif de l’histoire. Heureusement elle s’est fait rattraper par l’histoire.
Cette date marque aussi l’importance pour nous de faire le deuil. C’est un besoin. Quelque part, il y a un deuil à faire, lié à cette histoire douloureuse.
Vous produisez un documentaire, dans quel but ?
A.B
: Il est réalisé par Michaël Gosselin et réunit de nombreuses personnalités, de la culture et de la politique, qui s’expriment sur ce que représente pour elles l’héritage de l’esclavage. À travers leurs témoignages, on comprend pourquoi il est essentiel de célébrer cette mémoire toujours vivante.
Comme dit Jimmy Cliff dans le documentaire, se recueillir sur l’histoire permet de libérer son esprit et de se construire, d’avancer.
Ce documentaire sera diffusé sur France télévision, et sur Canal horizon. Notre volonté est de porter le message au-delà de nos frontières. Une manière de montrer que les populations des diasporas se mobilisent et contribuent à la mise en valeur de la culture africaine. Nous sommes des ambassadeurs ! Nous espérons mettre en place le festival à l’étranger. Pourquoi pas ?
Quel est votre modèle économique sur ce projet ?
A.B
: On est tous bénévoles sur ce projet. Le Festival est produit par l’association. Mais notre association Orig’in fonctionne principalement avec l’appui de subventions. Actuellement, nous sommes en train de mobiliser des partenaires privés. Car l’idée, c’est aussi de mettre en triangulaire, les institutions, les entreprises et les initiatives citoyennes. Plus on s’autofinance, plus on a de liberté dans notre directive artistique.

Au programme d’Africaphonie :
Le 9 mai de 15h à 19h. Projection du documentaire : « 10 mai Africaphonie ». Débat sur la représentation de l’histoire de l’esclavage dans les médias. Auditorium de l’Hôtel de ville.
Le 10 mai de 10 h à 18h. Ateliers autour des contes, repas et conférence sur les origines africaines du jazz. Espace Mercoeur.
De 20h à 05h : Concert au Cabaret Sauvage- Parc de la Villette 75019 Paris.
Info 06 82 01 02 74 Info : www.origin-asso.fr, bientôt Entrée15 à 20 €.
L’association Orig’in :
« Véritable passerelle artistique entre les cultures », l’Association Orig’in promeut les nombreux talents issus des diasporas afro caribéennes. Un accompagnement personnalisé qui permet aux artistes de consolider leurs univers artistiques. Elsa Martine, Blick Bassy, Munto Valdo font parti de ces artistes talentueux qui poursuivent leurs chemins avec Orig’in. L’association organise des évènements culturels comme le festival Africaphonie et Afroca’soul, soirée de solidarité en faveur du Cameroun.
Association Orig’In : 01 72 38 08 29 ///Article N° : 7564

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Les images de l'article
Alain Bidjeck
Modeste Sallah
Dédé Saint Prix
Elsa Martine




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