Ali Farka Touré For Ever

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Maître des musiques de la terre, des sables et du fleuve, une grande figure de la musique malienne est passé de l’autre côté de la rive le Mardi 7 Mars 2006. Décédé à 67 ans, Ali Farka Touré laisse derrière lui, un riche héritage musical qui ne finira pas de nourrir artistes et mélomanes.

Le Mali a perdu l’un de ses fils des plus illustres. Lauréat du Grammy Award en 1994 avec l’album Talking Timbuktu Ali Farka Touré venait d’obtenir un deuxième trophée en Février 2006. Sa dernière production, In The Heart Of The Moon, réalisée avec son compatriote Toumani Diabaté, célèbre joueur de Kora, a été primée dans la catégorie du meilleur album de la musique du monde traditionnelle. L’ensemble de son œuvre est perçue comme le lien musical le plus évident entre son Afrique et ses cousins d’Amérique. Il est normal qu’il ait été au cœur du propos du film From Mali to Mississipi réalisé en 2004 par de Martin Scorsese.
Son Blues africain est un poème au fleuve et à la terre. Il conte les idylles et félicite l’ardeur du cultivateur. Il dit les blessures de l’opprimé et souligne l’identité de son peuple.
Ali Farka Touré descend d’une famille d’agriculteurs. Des nobles de l’ethnie Arma de la tribu des Songhaï. Né en 1939 à Kanau au bord du fleuve Niger, il grandira à Niafounké à 200 km au sud de Tombouctou où sa famille déménage à la suite de la mort de son père, tué pour la France à la guerre mondiale de 39-45.
Enfant, il manifeste un vif intérêt pour la musique. Ce qui n’enchante guère ses parents. Il s’intéresse surtout aux instruments à cordes tels que le sokou ou njarka, violon traditionnel, le ngoni, luth à 4 cordes, le gurkel, petite guitare traditionnelle.
En 1956, il assiste à un spectacle des Ballets Africains du Guinéen Kéita Fodeba. Il est subjugué. C’est décidé, rien ne l’arrêtera, il fera de la musique.
Malgré les réticences de la famille, le jeune Ali s’initie tout seul à la guitare acoustique qu’il emprunte aux infirmiers du dispensaire de Niafounké où il est chauffeur. Après s’être perfectionné auprès de son maître Mamby Touré, il joue ici et là avec des groupes traditionnels de la région. Au lendemain des indépendances il dirige l’orchestre de Niafounké avec lequel il participe aux concours des biennales artistiques et culturelles du Mali. Il se distingue par son jeu de guitare. Après avoir remporté le premier prix du festival de Mopti, il est invité en 1968 au Festival International des Arts à Sofia en Bulgarie où il achète sa première guitare.
En cette fin de la décennie des indépendances Ali Farka découvre John Lee Hooker et le Blues américain. Et en Décembre 1968, l’armée de Moussa Traoré destitue Modibo Kéïta, le premier président du Mali et dissout les troupes régionales. N’ayant plus de formation à Niafounké, l’artiste descend à Bamako en 1970 pour intégrer l’orchestre de radio mali tout en y occupant la fonction de preneur de son. Cet autre orchestre sera dissous par la junte militaire en 1973. Ali Farka se lance alors dans une carrière solo et enregistre en 74 son premier disque suivit par la Drogue et Sidi Gouro.
Le producteur anglais Nick Gold le découvre en 1986- 1987 lors de sa tournée internationale à travers le Japon, les USA et l’Angleterre. Depuis, ils ne se quitteront plus. Son label, World Circuit l’enregistrera au rythme d’un album tous les deux ans : Songs From Mali (1988), The River (1990), The Source (1992), Talking Timbuktu (1994), Radio Mali (1996) et Niafounké (1999) On marque une pose par une réédition, Red & Green (2004). C’est une compilation reprenant les titres de La Drogue et Sidi Gouro. En 2005, retour en studio pour In The Hearth Of The Moon en duo avec Toumani Diabaté.
Malgré son énorme succès international et les propositions mirobolantes à jouer avec des célébrités comme Ry Cooder ou Taj Mahal, Ali Farka Touré n’a jamais été attiré par l’aventure occidentale. Riche de sa culture musicale traditionnelle largement ouverte sur le monde, il est resté solidement attaché à son terroir.  » l’Afrique est ma source d’inspiration, mon repère, mon bonheur « . Se plaisait-il à répéter à tous ceux qui s’étonnaient de son retour à la terre. Toujours soucieux de servir les siens, le musicien agriculteur a développé une vaste exploitation agricole dans sa ville de Niafounké dont il était le maire. Son projet agricole avait aussi pour objet d’offrir du travail à la jeunesse de la région afin de réduire l’exode rural. Sans pour autant abandonner l’artistique, il rachète le studio  »Oubien Production »à Bamako qu’il renomme  »Mali K7 »qui s’avère l’outil indiqué de production et de manufacture de cassettes et de CD pour les artistes nationaux.
Ces dernières années, Ali Farka Touré a laissé dans ses concerts une large place à Afel Bokoum qu’il a présenté comme son dauphin musical et spirituel.

///Article N° : 4349

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