Baby Boy

De John Singleton

10 ans plus tard…
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En 1991, John Singleton avait fait sensation avec son film semi-autobiographique, Boyz ‘N The Hood. Il avait 23 ans, ses personnages en avaient 18, et on sentait dans sa description de la vie du ghetto un mélange de respect, d’amertume et d’espoir, de réalisme et de naïveté, qui dénotait une proximité émotionnelle et temporelle dont dix ans de vie à Hollywood semblent l’avoir dépouillé.
Boyz ‘N The Hood mettaient déjà sur le dos des familles éclatées, et en particulier des mères célibataires et des pères absents, les problèmes de violence, de sous-éducation, de grossesses involontaires et surtout de désespoir qui hantent les quartiers noirs des centres villes américains. Baby Boy reprend tous ces éléments et les amplifie, avec la même misogynie conservatrice dont Boyz, ainsi que la plupart des films dits de ghetto des années 90, avaient été largement accusés, à l’image de la musique rap de leurs bandes originales. Jamais il n’est explicité dans Baby Boy que peut-être, c’est avant tout parce que ces jeunes noirs sont pauvres et n’ont pas accès à l’éducation que l’absence de famille nucléaire les mine autant. Combien de fils de PDG vit avec ses deux parents jusqu’à l’âge adulte ? John Singleton préfère faire état de la théorie de la psychiatre afro-américaine Frances Cress Welsing qui explique le manque de responsabilité dont font preuve les hommes noirs par leur incapacité à couper le cordon ombilical : en l’absence d’un père capable de leurs montrer comment devenir des hommes, ils restent toute leur vie des enfants, incapables d’élever les marmots qu’ils engendrent dès l’âge de 15 ans.
Finalement, les personnages les plus intéressants de Baby Boy sont sans aucun doute les parents des jeunes qui sont au centre de l’intrigue. Ving Rhames en particulier a l’occasion d’incarner un gangster assagi qui n’a pas pour autant renié son passé, un personnage fort rare puisqu’ils ont l’habitude de mourir jeunes… Comme si finalement il y avait bien un moyen de grandir même quand on est noir, tatoué, et qu’on a fait de la prison. Encore que, sans vouloir gâcher le suspense, il va lui aussi démontrer les limites de sa maturité.
Finalement, Baby Boy a le mérite d’actualiser le discours sur la misère du ghetto, une misère semble-t-il plus psychologique qu’économique. On a finalement du mal à compatir, étant donné le rude jugement que le film fait aux personnages.

2001. Avec Tyrese (Jody), Ving Rhames (Melvin), A. J. Johnson (Juanita), Snoop Dogg (Rodney). Une production New Deal pour Columbia.///Article N° : 2834

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