Beur is not beautiful ?

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En musique, comme en littérature, l’adjectif « beur » s’accole aux artistes du jour et des lendemains de la Marche pour l’égalité et contre le racisme. Visant pour certains une reconnaissance fédératrice dans une singularité, il fait très vite office de case, renouvelant des préjugés antirépublicains, sur fond d’essentialisation. Certains artistes en jouent, d’autres le contournent et le récusent. Retour en musique.

LA BEUR ATTITUDE, concept émergeant de cette marche des 100 000 pas, a pu se distinguer, non sans mal, à ses débuts, dans le figé du paysage culturel français. Face aux pratiques existantes, aux acquis d’une époque, à une tradition vivante mais frileuse, dès lors qu’il s’agit de se frotter à une altérité agissante, les beurs ont pu dérouter, émerveiller, court-circuiter des manières d’être, des manières de faire, en art et en littérature. Ils ont pu créer l’événement, en librairie, au cinéma, au théâtre, sur les scènes de Paris et de Navarre. Entre le désir de figurer le feu des origines et le besoin d’affirmer son plein ancrage dans le pays d’adoption des parents, s’est installé, au fil du temps, une forme de buzz, attisant la curiosité des producteurs les plus curieux. Exotisme et branchitude nourriront le phénomène en profondeur.
Il faut dire que l’appellation « beur », mise entre guillemets, au début des années quatre-vingt-dix, par ceux-là mêmes qui s’en réclamaient (1), une décennie plutôt, a tiré son succès de l’incapacité qu’ont eu certains à capitaliser les luttes menées à la fin des années soixante-dix, hors des appartenances communautaires. La faute, sans doute, aux fausses notes d’une institution républicaine, entretenant, sciemment, la peur de l’Autre entre les barres des HLM. Pour autant, cela n’empêche pas les artisans d’une culture de la diversité de transcender, avant l’heure, les frontières établies, entre leurs petits mondes, d’abord, au nom d’un idéal « black blanc beur »(2), ensuite, au nom de la France d’en bas (3), une France au regard bigarré, n’en déplaise aux extrêmes. De son vivant, Deleuze pensait que l’art et la littérature devaient sensiblement servir à faire peuple. À inventer le peuple qui manque. Il n’a jamais dit « en refus de l’Autre ». Les fils et filles d’immigrés auraient donc pu se raconter des tas de choses en 1981, d’autant que la Gauche française s’apprêtait à mentir, à l’époque, sur les symboles rassembleurs d’une Nation oublieuse de son histoire. Qui sont ces « bougnoules » et ces « bicots » sous les ponts, qui sont ces « nègres » et ces « niakoués » sur le pavé ? De vrais enfants de France à qui Marianne devrait tendre la main ou des gueules d’étrangers déroutées par le sens du vent qui tourne ?
En musique, comme pour le reste, la Marche pour l’égalité et contre le racisme, son vrai nom, a vu son esprit se dédoubler. Avec la réécriture du masque identitaire français par des artistes trop longtemps confinés à la marge, logés à la périphérie, certes, mais se refusant à rester dans leur coin, à l’étroit. Un projet ouvert à la base. Seulement, l’appellation « beur » fit grincer des dents, dès le départ. L’invention d’une mémoire exclusive au sein d’une dynamique sociale concernant un grand nombre de minorités ne pouvait que freiner tout un tas de gens. En réalité, les artistes, avant l’apparition du « beur », y compris en milieu communautaire, traficotaient déjà hors de leurs frontières balisées. Du moins, c’est ce que l’on comprend, en reprenant cette histoire par le début. Djamel Allam était déjà apparu en première partie de Brigitte Fontaine en 1972, Rachid Bahri jouait avec Manu Dibango en 1974. La plupart des grands noms de la musique maghrébine, conversant avec leurs diasporas respectives, participent d’un mouvement plus général, en ces années-là, transformant Paris en capitale de la sono mondiale. Tous ou presque jouent au banquet des mariages musicaux les plus inattendus et visent le public « métropolitain ». De l’Afrique continentale à l’Océan indien, en passant par les Caraïbes ou l’Asie, ils sont tous là, dans la ville-lumière, ces artistes en quête d’un nouveau souffle. Des virtuoses de la kora, du valiha, du gwoka ou du gamelan, inscrivant leurs pas dans une avant-garde, annonçant les vagues monstrueuses à venir, de la world music. Des damnés de la terre, qui ont le sens de la fête, de la danse et du sacré, et qui ambitionnent de s’acoquiner avec la grosse industrie du disque sur le continent de leurs conquérants d’hier.
Paris devient alors un repaire de vieux requins de studios portés par des sons étranges, attendant leurs heures de gloire sur une scène aux rêves perchés. Les Maghrébins, comme les autres, sont dans la place, rêvant d’un public plus large, avec des cauchemars de pays déserté plein la tête, des mélodies et des voix sublimes. De Nass El Ghiwan aux Parisiens de Raïna Raï, en passant par Idir, l’esprit du bled traverse la banlieue française, avec les sonorités de « là-bas ». Parmi ceux qui les suivent dans ce qui apparaît comme un ghetto culturel, des fils et filles de migrants, biberonnés aux slogans de la république « une et indivisible ». Ils formeront le quart ou le tiers du public dit « de proximité » pour ces musiques du pays d’origine. La question posée par eux est celle, toutefois, de l’entre-deux. Quelle musique produit-on, en effet, quand on est le rejeton direct ou le petit-fils d’une histoire postcoloniale, revendiquant une digne place dans cette société française bientôt en crise identitaire ? Les « beurs » affichent une tendance typique de toutes les diasporas en présence sur le sol français. En lien avec leur passé proche et portés par la volonté de tracer de nouveaux chemins de vie, des groupes font leur apparition soudaine, avec des envies de remodeler le paysage culturel français, des visages avides de reconnaissance, des chants de libertaires farouches, qui s’apprêtent à revendre chèrement leurs peaux de métèque sur la scène du mépris, de l’exclusion et du déni. Car la France, c’est aussi cela pour eux, qui ont grandi en périphérie, sous le poids des discours d’intégration, dézinguant tout funambule voulant se produire, sans un filet homologué par Marianne et sa suite. Vous êtes français, arabes ou les deux mon général ? Et ma musique, est-ce que tu l’aimes ? Au fond, elle ne parle que de toi…
À l’époque, tout n’est pas rose. D’aucuns vous parleront d’un temps où l’on interdisait aux radios de passer du raï à l’antenne. Mais Paris devenant une rampe de lancement pour les Africains de la world, la France entière prête ses oreilles inquisitrices aux enfants de la migration, nés français, rappelons-le, ou grandissant comme tels, à l’ombre des cités-dortoirs. C’est alors qu’arrivent les Carte de séjour(4) sur la scène. Ils partent de l’usine de chauffage à Lyon, oud, bendir et derbouka en bandoulière, et se transforment en Captain Marvel de l’intégration. La partie se négocie principalement entre punk rock et musique orientale. Au micro, Rachid Taha, le syndicaliste repenti, retrace le quotidien des « beurettes » dans Zoubida, son premier succès. Plus tard, il reprendra le Douce France de Trenet contre les attaques faites à l’immigration, contre le racisme et l’intolérance. Jack Lang, éternel ministre de la Culture pour la gauche socialiste, s’empressera de distribuer le disque à l’assemblée nationale, en novembre 1986, en soutien au projet de loi pour la révision du code de la nationalité. Tout un symbole ! Mais Carte de séjour, qui clôture la Marche des Beurs par un concert inoubliable sur la Place de la Bastille, pendant que les Mitterandistes inventent le mythe de la carte de dix ans, ne sera pas seule à porter le drapeau. Djurdjura et ses ternaires dansant de musique berbère apparaissent durant ces années, où l’on chante bien évidements les malheurs du migrant, tout en révolutionnant les tierces et les harmonies d’une tradition séculaire, qui va de l’Orient à l’Occident, et vice-versa. Sapho, entre simons, heshadj et luth vénitien, entre Oum Koulsoum, Antar et Brecht, parle de ces métissages sans fin, reprenant Rimbaud dans le texte et se souvenant d’avoir fait le Petit Conservatoire de Mireille, en voulant conjuguer le rock aux in¬fluences gnawi de son enfance. Cosmopolite serait le mot approprié pour arriver à mettre tout ce beau monde dans le même pot.
Juste artiste ?
Mais le plus insolite de tous fut et reste Karim Kacel. Un amoureux des faubourgs de la chanson française, enfant du Kremlin-Bicêtre, qui se fait si rare, qu’il confie un jour à Libé : « Je me suis réorganisé comme quelqu’un vivant en bas ». À chacun sa France, donc. Kacel de la France d’en bas a chanté le pays de son père, cette Kabylie qu’il n’a connu qu’à partir de ses six ans en colo, avec un accent parigot à couper au couteau, comme s’il n’avait jamais traversé la Méditerranée.
Plus proche de Jonasz et de Brassens que des Cheb du raï ou de Cheik El Anka. Catherine Nay, dans Le Figaro, l’a même comparé à Nougaro, avec dans la voix du Julien Clerc. Affirmation discutable. L’Algérie et ses crises politiques, Kacel la vit en tout cas comme n’importe quel citoyen démocrate : « Et ça m’émeut autant que ce qui passe au Burkina ou au Japon. Mais je ne suis pas très « famille ». Je ne suis pas sur Beur FM toute la journée. Quand je lis « Karim Kacel revient à ses origines » parce que j’ai mis quelques mesures de violon arabe, ça me fait rire. Les gens semblent me dire « ça fait 20 ans que tu nous fais chier avec ta chanson française, mets du violon arabe et du oud ! » J’ai même lu récemment que mon disque était « heureusement ouvert aux musiques du monde » ! Pourquoi « heureusement » ? ! J’ai l’impression d’appartenir à des gens qui m’ont mis dans des cases ». Depuis Mouloudji, la France n’avait pas connu un tel phénomène. Karim Kacel apparaît en 1984, lors d’un tremplin d’Emi, en interprétant Banlieues, ce titre, qui, tel un manifeste, prendra largement, encore aujourd’hui, le dessus sur la fameuse « beur attitude ». Un tigre a-t-il besoin de proclamer sa tigritude ? Prolétaires de toute la Nation, unissons-nous, sonnerait mieux dans son cas, bien mieux que le fait d’être né français du déracinement.
Il est de ceux qui réclament l’ancrage au « lieu » d’une manière quasi indiscutable. « Banlieue / Empêche-les de vieillir, leur jeunesse se tire / Banlieue / Eh banlieue / Ta grisaille ne m’inspire que l’envie de partir / Ne nous laisse pas tomber on a le droit d’exister nous aussi ». Karim Kacel chante la France au quotidien, celle des oubliés, des ouvriers, celle qui rit, qui pleure, sans a priori communautaire. Et lorsqu’on l’affuble d’un titre de chanteur de gauche, il parle d’amalgame. Les fils et filles d’immigrés ont aussi le droit d’être des gens tout ce qu’il y a de plus ordinaire : « Ceux que la gauche et Jack Lang ont fabriqués (…) étaient encartés au PS, ils représentaient quelque chose dans la jeunesse et quand on voulait des invitations pour les voir en concert, il fallait appeler rue de Solférino. Je ne suis pas ce produit-là ». Un positionnement qui a aussi contribué à brouiller son image publique : « Les branchés ne voulaient pas de moi, parce que je n’étais pas branché. Les puristes arabes ne voulaient pas de moi parce que je chantais en français. Les puristes de la langue française disaient que je ne faisais pas partie de leur sérail ». Car la question court toujours sur les faubourgs. Un fils de Kacel doit-il absolument rêver en arabe, répondre des âneries du FN, coller aux clichés antiracistes, en étant de l’Hexagone ? Les réponses frôlent parfois la facilité pour l’artiste, qui, lui, jamais, ne l’a admis durant sa très longue carrière. « À chaque album, c’est : « Alors Karim Kacel, le Front National, qu’en pensez-vous ? » C’est plus intéressant de demander ça à Sardou. Qu’on me parle de ma musique ! ». Ce sera encore le cas pour les Toulousains de Zebda, longtemps après. Mais quand on leur causera politique, eux l’assumeront, pleinement, à l’instar d’un Coluche, jadis, et peut-être même en plus convaincus. Avec Le Bruit et l’Odeur, un album au front bigarré, clairement affiché comme tel, écrit sur la base d’une gaffe politique signée Jacques Chirac sur les étrangers, ils vont finir de Tomber la chemise, tel un masque, dans la « ville rose » en 1999, afin de mieux camper la complexité française, y compris dans les urnes. Ils seront sur une liste électorale, celle des fameux « M-o-t-i-v-é-e-s » et se revendiqueront de toutes les mémoires en lutte, aussi bien en France qu’ailleurs dans le monde, en reprenant, entre autres choses, des chants de résistance aussi révolutionnaires que le Bella Ciao des Italiennes des rizières du Pô, aux côtés des communistes de la LCR. Comme l’écrira Salah Amocrane, parte prenante avec son frère de l’aventure, dès les débuts : « Tout dans [notre]parcours se fait au service au service des enjeux et luttes d’aujourd’hui »(5). Magyd Cherfi, autre membre fondateur du groupe Zebda, lorsqu’il voudra chanter en solo, le fera, lui, encore plus en français, et sans devoir s’excuser d’être le fils de l’Arabe, ayant grandi dans les quartiers populaires. La beur attitude n’est alors qu’une possibilité pour lui, alors que la nouvelle génération, à laquelle il appartient, veut, elle, s’offrir la totale et ce, malgré une France retors(6). Ni rejet du feu des origines, ni confiance aveugle en une religion. Ni rejet du feu des origines, ni confiance aveugle en une religion de prêcheurs républicains, les nou-veaux venus, fatigués de devoir singer les immigrés à perpèt(7), dans le hip hop notamment, s’inscriront dans une tendance, où il est surtout question de transcender les zones de non-droit et les stéréotypes sociaux. De transcender également ce que l’on connaît du legs, à la fois français et immigré pour exister. Un « endroit » où ils rencontrent la diversité française dans ses limites et ses ambiguïtés. Le lieu d’une nouvelle utopie contre les tenants du discours rance et de la vieille France. Il y est beaucoup plus question de citoyenneté affranchie et de résistance aux entreprises de démolition du socle commun. Il n’est plus question d’y afficher sa beur attitude comme un préalable à l’intégration d’un projet unique : celui du mieux vivre en¬semble. Cette génération émerge du quartier au rythme de la complexification des relations avec son voisin, qui n’est plus de la même association communautaire, et qui parle, certes, de religion, mais plus pour les mêmes raisons qu’à l’époque où chacun se retrouvait avec sa famille d’origine contrôlée, dans le repli et le refus de la différence. Aujourd’hui, les fils et filles de migrants font partie d’une ban¬lieue définitivement composite, où le fait de se réclamer « beur », sans prendre de gants, pourrait même prêter à sourire ou passer pour un rejet de l’Autre(8). Ceux-là se retrouveraient, en l’occurrence, dans l’idéal d’une France des banlieues, déjà aperçue chez Mathieu Kassovitz (La haine) dans les années 90, ou, récemment, chez Rachid Djaïdani (Rengaine), de manière plus gênante, voire conflictuelle.
D’où ce constat. La beur attitude, ce concept d’autodésignation, verlan synonyme du ras-le-bol d’un groupe au visage vite défiguré par le temps, a fini par échapper au projet originel, qui, lui était, rassembleur. En parabologie, il est parfaitement admis que l’histoire est affaire de ponctuations, pendant que la mémoire est suite de virgules. La Marche des beurs, elle, est une histoire de l’entre-deux : un point-virgule, expression d’inachèvement d’une lutte populaire aux slogans fédérateurs, mais longtemps tenue derrière la limite de l’appartenance communautaire. Les revendications d’égalité et le rejet d’une société minée par le racisme en 1983 figuraient pourtant la France d’aujourd’hui, cette France à travers laquelle les discours sur la diversité rivalisent en uniformes et en gestes contre la complexité. Certains, cependant, ont transformé l’essai en une marche labellisée, qui, de fait est devenue celle de l’exclusion de tous ceux qui ne sont pas passés sous l’étiquette. Musique « beur » ? Musique, tout court ! Un choix simple et clair, si l’on veut pou¬voir répondre à ceux qui estiment la France encore envahie par les singes, les bicots, et leurs enfants. Nous sommes en 2013, et la France des invisibles va devoir reprendre des couleurs pour exister, durablement, sans exclusive, et sans générer un nouvel esprit de ghetto, à l’instar de la « beuritude ».

(1)- Voir F. Reynaert, Le Nouvel observateur, 1993 : « Y a-t-il une culture beur » ?
(2) Un sacré label, celui-là, comme si le « Jaune » ne pouvait être que couleur de grève.
(3) Au sens premier : la France des petits, du bon peuple, de la majorité, qui n’est pas toujours maître des décisions.
(4)Avant eux, Rock Against Police (RAP), inspiré d’une expérience anglaise, joue, entre 1980 et 1982, dans la périphérie et les cités-dortoirs contre l’injustice policière, la violence de race et les problèmes sociaux vécus par les migrants et leurs familles. Fondé par Mounsi, RAP sera vite rejoint sur le terrain par les Zaâma de banlieue, un groupe de jeunes maghrébines de Lyon, qui deviendra l’un des premiers soutiens des Carte de séjour, à leur naissance.
(5)In Générations : un siècle d’histoire culturelle des Maghrébins de France, ouvrage collectif, Gallimard, 2009.
(6) « Tout nous ramenait comme la vague un Arabe sur nos pompes. On partait toulousains, on revenait beurs, au départ de Toulouse on était sept Français et trois indigènes apparaissaient à l’arrivée. C’est dingue ! À jouer dans les souffrances de l’exil, Hakim, Mouss et moi on s’arabisait. » in Livret de familleChroniques métissées, Paris, Alain Moreau, 1986.
(8) On se souviendra du désir exprimé par Radio Beur, lorsque ses propriétaires ont voulu changer de nom en 2009 : « Ce changement de nom, c’est l’aboutissement d’une réflexion. Le mot « beur » a toujours été très chargé de sens politique et social. Ce serait une erreur de renier ce mot qui correspond à une époque, les années 80, qui ont vu naître « la Marche des Beurs », et l’émergence des questions d’identité d’une génération. Aujourd’hui, quand on interroge les jeunes qui reflètent « la diversité française », rares sont ceux qui se reconnaissent dans ce mot et pensent que ce mot les identifie. Au contraire, certains croient qu’il est péjoratif, d’autant plus qu’il a donné lieu à une déclinaison de catégories « beur », « beurette », « re-beu »… D’un point de vue médiatique, Beur FM avait une raison d’être extrêmement forte dans le contexte social des années 80 et 90 : c’était la radio d’une génération d’enfants d’immigrés qui voulaient marquer leur appartenance à la France tout en préservant une certaine spécificité. C’était une justification on ne peut plus respectable. Après, un média, ce n’est pas un monument, qui serait figé, sans être appelé à évoluer. En tant que rédacteur en chef (depuis six ans), j’ai tenté d’élargir l’au¬dience, veillé à ne pas la limiter aux Français d’origine maghrébine, invité au micro toutes les composantes de la population et traité tous les sujets. Les programmes de la radio ont déjà largement dépassé le cadre du mot « beur ». Il y avait une contradiction entre le nom de la radio et son contenu. Est-ce que je pourrais faire une accroche du genre »Beur FM, la France d’aujourd’hui  » ? Non, parce que la signification est trop chargée, en tout cas trop limitative ». Il y avait une contradiction entre le nom de la radio et son contenu » confiait, à l’époque, Ahmed El Keiy, son rédacteur en chef, au journal Télérama. L’antenne voulait prendre alors le nom de « Dix Radio ». Et le même d’ajouter : « Pour le moment, et sous réserve de l’accord définitif du CSA, on est dans la logique de Dix Radio.  » Dix « , un mot qu’on peut associer à  » diversité « ,  » discussions « ,  » discrimination « … On peut débuter nos programmes à dix de l’heure, établir les dix questions de la semaine… Et démarrer le 1er janvier 2010. Nous aurons une marge de manœuvre beaucoup plus grande qu’avec le mot  » beur  » et serons dans une logique de rassemblement et de reflet de la société française d’aujourd’hui ».
///Article N° : 12009

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