Bona Makes You Sweat

De Gino Sitson

Transpiration
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Francophone et humoriste, volontiers adepte de l’autodérision, Bona n’aura sûrement pas titré au hasard ce cd : « Bona vous fait suer » !
On aura vite fait de comprendre qu’il faut le prendre au pied de la lettre, car c’est sûrement à ce jour son disque le plus « funk » (mot qui en argot africain-américain désigne l’odeur de la sueur). Certains passages font d’ailleurs penser au « Cold Sweat » de James Brown.

Il y a longtemps qu’on espérait de Bona ce premier album « live ».
Conformément à son esprit primesautier, c’est le résultat d’un pari, lancé inconsidérément, un soir à Budapest, à la fin d’un concert où il avait trouvé le public particulièrement chaleureux : « je reviendrai, et si j’enregistre un disque « live », ce sera chez vous, avec vous ! »
Personne n’y croyait, mais parole de Bona, il est revenu et en voici le résultat, totalement inattendu, pour ne pas dire inouï.
Parmi les nombreux musiciens africains qui se sont établis à New York depuis les années 1990, Richard Bona est probablement le mieux « installé », en ce sens qu’il a plongé et appris à nager dans le « melting pot » mieux que d’autres. Il y vit comme poisson dans l’eau.
Richard Bona a été chassé de Paris par les lois imbéciles sur l’immigration : le renouvellement de sa carte de séjour lui fut refusé sous le prétexte qu’il y avait « trop de bassistes » en France !!!
On croit rêver, mais je ne raconte pas des histoires : c’est vrai.
Le meilleur bassiste du monde est ainsi devenu Américain.
Tant mieux pour lui, sans aucun doute… et tant pis pour la France.
Bona est devenu ainsi le meilleur ambassadeur de l’Afrique aux États-Unis. Il ne chante en général que dans sa langue natale, le douala, et là-bas cela ne choque personne, bien au contraire.
La plus belle surprise de cet album, c’est qu’à New-York, Bona a naturellement assimilé, outre ceux du funk et du jazz, l’héritage des musiques afrocubaines et latines, de la « salsa », au point d’en devenir un excellent interprète – jonglant avec les langues, fidèle toujours à sa langue douala, dont les qualités rythmiques exceptionnelles avaient déjà été prouvées par son compatriote Manu Dibango. Dans « Te Dikalo », qui ouvre et conclut ce disque, Bona se révèle un « sonero mayor », un grand « salsero ».
Il s’amuse d’ailleurs à travers tous les styles avec un égal bonheur.
Cependant Bona reste avant tout un extraordinaire improvisateur de jazz, comme bassiste autant que chanteur. Si le mot « swing » a encore un sens, c’est assurément ici qu’on en trouvera l’expression la plus naturelle, la plus émouvante et la plus subtile.
Richard Bona a en lui ces deux choses indéfinissables et mystérieuses qu’on appelle « le génie » et « la grâce ». Peu d’artistes ont les deux.
Qu’il chante « a capella » comme dans « Samaouma » ou qu’il joue de sa basse avec cette maîtrise confondante, qui a pétrifié ses nombreux employeurs, de Harry Belafonte à Joe Zawinul, Bona ne fait pas que jouer de la musique. Il est vraiment la musique. La vraie musique.
La musique qui fait transpirer.

Bona Makes You Sweat, premier album live de Richard Bona (Universal Music)///Article N° : 7513

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