Capitaine Thomas Sankara de Christophe Cupelin

En sortie le 25 novembre, cette biographie hyper documentée aussi bien que déjantée et ironique du leader révolutionnaire burkinabé assassiné est à ne pas rater !

Sankara était une référence pour les révolutionnaires qui firent tomber, en octobre 2014, le régime de Blaise Compaoré, celui-là même qui est suspecté d’avoir assassiné son compagnon de route pour prendre le pouvoir durant près de 30 ans. Après avoir déjoué un coup d’état à la fin septembre 2015, le gouvernement de transition devrait relancer l’enquête sur les circonstances exactes de sa mort. Le documentaire de Christophe Cupelin, lui, fait revivre ce leader politique. Le réalisateur vivait au Burkina à l’époque de Sankara, qui dirigea le pays de 1983 à 1987. Ce sont les discours de Sankara qui l’ont frappé et ce film porte avant tout sur ce qu’il avait à dire à son peuple et au monde. Sankara avait les mots, la fougue, la simplicité, l’intégrité et la pertinence du propos. Il luttait pour l’autonomie de son pays face aux dépendances extérieures et pour un développement endogène. Une véritable fascination en résulte pour cette grande figure qui croyait à ce qu’il faisait et qui savait ce qu’il risquait. Cupelin en tire un passionnant portrait, mais à l’heure où il n’est plus opportun d’attendre des hommes providentiels, ce film-hommage contribue à entretenir le mythe du leader charismatique et risque d’inviter à attendre l’arrivée du sauveur plutôt que de prendre son destin en mains.

Retour sur une révolution
Cupelin était conscient du risque et cherche à le conjurer par tout un jeu de décalages et distanciations. Il manie par exemple assez systématiquement la colorisation et l’irisation des archives des journaux télévisés français, qui virent ainsi au violet ou au vert, ce qui en renforce la subjectivité et la partialité. Cette combinaison de sources audiovisuelles et télévisuelles lui permet d’évoquer dans quel environnement agressif cette révolution évoluait. Ils sont mis en parallèle avec d’autres documents mettant en valeur les actions d’une révolution qui a fait passer le taux de scolarisation de 4 à 22 % et entrepris des campagnes contre les mutilations sexuelles et l’exploitation de la femme, mais qui a aussi fermé d’autorité les boîtes de nuit pour leur privilégier les bals populaires, mobilisé la population pour de grands chantiers comme la construction d’une voie ferrée ou de barrages, ou encore instauré un tribunal populaire révolutionnaire pour juger les profiteurs.
Posée en alternance avec les discours médiatiques générés à l’époque par l’étonnement et la crainte face à l’arrivée d’un nouveau leader révolutionnaire, la permanente invocation du peuple comme seul décideur et maître, que ne cesse d’évoquer Sankara, finit par apparaître comme dérisoire. La même ironie s’installe face à la litanie des à bas  ! suite à la liste des maux et exploiteurs qui oppriment le peuple. D’autant plus que Sankara développe par ailleurs un discours dirigiste, justifiant l’organisation rigide et les campagnes d’actions qu’il impose à ce même peuple, et notant que pour des illettrés, le secret du vote n’est pas souhaitable. Une heureuse ambiguïté s’installe ainsi, renforcée par le côté déjanté des colorisations d’archives, le goût généralisé pour l’imagerie et un rythme global qui font davantage penser à la bande dessinée qu’à un portrait historique.

Le Rendezvous : Festival des nouveaux cinémas documentaires #5

Belleville en vue confirme avec la 5e édition de son festival son soutien aux créations africaines et démarre avec Finding Fela, d’Alex Gibney, en première française. C’est donc au rythme effréné de l’afrobeat du Nigérian Fela Anikulapo Kuti que se poursuivra ce festival qui croise les regards avec une quarantaine d’œuvres et autant d’invités, multipliant débats et masterclasses. C’est l’occasion de découvrir le travail du Sud-Africain Teboho Edkins qui s’introduit auprès des gangsters du Cap, ou de voir la dernière méditation de l’Algérien Lamine Ammar-Khodja, toujours vivifiante. Ces films sont au carrefour de ce qui enrichit aujourd’hui le documentaire pour aborder le réel d’une façon aussi personnelle qu’impliquée, à la limite des installations de l’art contemporain, comme les photographies et films du Congolais Kiripi Katembo décédé en août dernier. Du 10 au 26 novembre dans dix lieux différents de Paris et des Lilas mais aussi à Lomé au Togo et Porto Novo.///Article N° : 13304

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