Casablanca Casablanca

De Farida Benlyazid

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Casablanca Casablanca est typique des films qui confondent énoncé et énonciation. Non seulement tout est dit, mais dès qu’une action a fini de démontrer ce qui devait être dit, la morale en est tirée dans une conversation entre les acteurs. Cela ne veut pas dire que ce qui est dit n’est pas intéressant : la corruption en vigueur au Maroc dans les milieux des affaires et de la politique y est dénoncée sans ambages. Il est clair que le simple fait de dire les choses est important pour un public habitué à beaucoup de censure et que là réside le principal intérêt de ce film courageux. Le problème est que ce n’est pas le spectateur qui réfléchit mais le cinéaste qui affirme, vieux problème des films qui montrent du doigt en donnant régulièrement la légende de la photo.
Le projet annoncé par le titre s’effiloche, malgré quelques panoramiques sur les toits. Il nous est rappelé lorsqu’une femme note :  » On dit que cette ville est une ogresse, c’est bien le mot « . Effectivement, la première séquence ballade la caméra au-dessus des rues avant de s’immobiliser sur le minaret qui perce les nuages. L’image est saisissante, de ce minaret qui semble être  » une porte sur le ciel « , titre du premier film de Farida Benlyazid (1988) qui avait fait le tour du monde. Mais le mouvement de caméra qui y mène en survolant la ville est si chargé d’intention programmatique que l’effet tombe à plat.
Casablanca Casablanca ne sera ainsi pas un film de regard comme avait pu l’être grâce à l’inquiétude et la dérision Les Casablancais d’Abdelkader Lagta⠖ pas un film sur la ville mais un film dans la ville, dont le sujet est avant tout la corruption sauvage d’une bande de nantis sans morale qui  » vendent le singe et se moquent de qui l’a acheté « . Construit comme un polar dont le puzzle est peu à peu reconstruit (là encore sans grande intervention du spectateur), il se perd en un montage saccadé dans une multitude de personnages secondaires dont les liens ne se révéleront que peu à peu. On comprend cependant qu’il y a les bons et les méchants, le flic et l’entrepreneur vertueux s’opposant chacun dans leur coin à la richissime mafia graveleuse, non seulement corrompue mais aussi dépravée.
Il s’agit ainsi de dénoncer la corruption et l’injustice ( » Sans justice, il ne peut y avoir de démocratie « ) dans le royaume du jeune roi qui change moins qu’il ne l’avait laissé espérer. L’appel vibrant de la fin à comprendre que  » l’injustice est partout : notre devoir est de rester  » sonne comme le clairon de l’engagement responsable contre la fuite à l’étranger, thème récurrent dans les cinémas des pays d’Afrique du Nord saignés par l’émigration.
Farida Benlyazid ne retrouve pas ici la légèreté qui avait fait la réussite de Kaïd Ensa (Ruses de femme, 1999), adaptation d’un conte hyper-connu au Maroc, « Laïlla Aïcha, la fille du marchand », dont les ruses démontrent au fils du sultan la supériorité des femmes. Casablanca Casablanca, de facture téléfilm avec un petit budget de 450 000 euros, se laisse ainsi regarder comme un film volontariste, sincère dans son didactisme mais limité dans sa portée, tant la méthode sollicite peu le spectateur, ne confortant que les convaincus.

2002, Maroc/Suisse, image : Serge Palatsi, avec Younes Megri (Amine), Rachid El Ouali (Officier Bachir), Mohamed Razine (Ba Lahcen). Prod. Tingitania films (+212 39 37 51 77), RTM, Waka films.///Article N° : 3037

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