Cinéma/TV

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L’espoir coûte que coûte

Bingo pour Rafiki Fariala. Son premier long métrage de fiction est non seulement sélectionné à la prestigieuse section « Un certain regard » du festival de Cannes 2026 mais le film rencontre un indéniable succès critique tandis que Bradley Fiomona, son acteur principal, est honoré du prix du meilleur acteur. Le film est en effet une réussite. Pourquoi ? Rafiki Fariala filme son quotidien dans Nous, étudiants ! et son histoire de réfugié congolais en Centrafrique dans Congo Boy. Son personnage, Robert, tient ensemble plusieurs vies à la fois : élève en terminale, chef de famille de substitution, aspirant musicien. Ce n’est pas le…

Présenté dans la section Cannes première au festival de Cannes 2026, Marie Madeleine est le deuxième long métrage de Gessica Geneus après Freda (qui avait déjà été à Cannes en dans la section Un certain regard et avait reçu l’étalon d’argent au Fespaco 2021). Il est centré sur ce personnage de femme libre qui vit dans la prostitution, confrontée à Joseph, un photographe attaché à une église dirigée par un pasteur radical. Alors que Joseph vacille dans sa foi, Marie Madeleine l’entraîne vers un monde dans lequel désir et quête de liberté ouvrent un espace où tout peut être réinventé.…

Sélectionné dans la section « Un certain regard » au festival de Cannes 2026, où il a obtenu le prix Fipresci et est le premier film d’Afrique à avoir obtenu le prix de la Caméra d’or, Ben’imana se déroule en 2012 et met en scène un « gacaca » dans un village où les douleurs du génocide sont encore très présentes. Alors que Vénéranda affirme pardonner, et donc ne pas vouloir poursuivre les tueurs, sa sœur Suzanne tient à ce que les choses soient dites, de même que sa fille Tina qui ne connaît pas son père. De fil en…

Sélectionné dans la section officielle « Un certain regard », « Congo boy » a rencontré un énorme succès et fait l’événement au festival de Cannes 2026. Le musicien rappeur devenu également cinéaste Rafiki Fariala y raconte sa propre histoire : né à l’Est de la République démocratique du Congo, il a dû fuir la guerre avec ses parents. Ils se sont installés en Centrafrique à Bangui et c’est là qu’il a grandi. Mais il a toujours été considéré comme un étranger. Comme l’indique le titre du film, il revendique d’être un jeune comme les autres, avec pour seule différence d’être né au Congo.…

Une jeunesse entre deux rives

En sortie tardive le 27 mai 2026 dans les salles françaises alors qu’il a obtenu le prix du jury national aux JCC 2024, Le Pont, sous ses airs de grand clip déjanté, dresse un portrait lucide d’une jeunesse tunisienne prise entre survie quotidienne, rêves de réussite rapide et fossé social grandissant. Cela commence par le tournage bricolé d’un clip de rap où tout sonne un peu faux : Tita le rappeur peu inspiré, Foued le vidéaste de service et Safa l’instagrameuse engagée à la va-vite donnent le ton d’un amateurisme tendre, jamais méchant mais franchement bancal. Cette entrée en matière…

De la dignité ouvrière

En sortie France le 6 mai 2026 après de nombreux festivals et notamment la Berlinale, le premier long métrage de l’Egyptien Mohamed Rashad dévoile un univers ouvrier et marginal inhabituel au cinéma. Il s’appuie sur cette dimension documentaire pour articuler remarquablement un récit sensible et prenant. Nous voici donc à Alexandrie, dans un quartier pauvre marginalisé. Hossam, 23 ans, et Maro, 12 ans, sont deux frères qui vivent au chevet de leur mère alitée et se trouvent embauchés dans l’usine de sidérurgie où leur père vient de mourir d’un accident. Hossam est affecté à la machine passablement délabrée de son…

Une affaire d’amour

En sortie dans les salles françaises le 22 avril 2026 après avoir été en compétition officielle de la Berlinale 2026, le troisième long métrage de Leyla Bouzid aborde de front la répression de l’homosexualité et la violence à cet égard de l’ordre social et juridique tunisien. Elle y aborde une nouvelle fois la manière dont le fait politique et social influe sur l’intime. Un film sensible et nécessaire. A voix basse ? Est-ce en raison du deuil de son oncle que Lilia (la très intense Eya Bouteraa) doit baisser la voix, ou bien à cause des secrets ? Elle vit en France…

Une spiritualité émancipatrice

Présenté en compétition à la Berlinale et en sortie France le 26 avril 2026, le nouveau film de Mahamat-Saleh Haroun se démarque de ses précédentes œuvres par un appel marqué à l’imaginaire, signe d’un positionnement spirituel plus affirmé, en phase avec les romans de Ben Okri qui conçoit la spiritualité comme une dimension essentielle de l’être humain, nourrie par les traditions africaines mais ouverte à une vision universelle et créatrice qui dépasse les religions instituées. Soumsoum nous emmène en cinémascope dans le plateau de l’Ennedi, au Nord-Est du Tchad : un massif saharien aux rocs entremêlés formant des paysages exceptionnels qui,…

Face à la dignité

Sorti le 8 avril 2026 dans les salles françaises, le dernier film de Claire Denis propose une libre adaptation de la pièce « Combats de nègres et de chiens » de Bernard-Marie Koltès (1979). Un film qui ne nous lâche pas après l’avoir vu ! « Combats de nègres et de chiens ne parle pas, en tout cas, de l’Afrique et des Noirs – je ne suis pas un auteur africain -, elle ne raconte ni le colonialisme ni la question raciale. Elle parle simplement d’un lieu du monde. (…) Ma pièce parle peut-être un peu de la France et des Blancs : une chose…

Entretien avec Intagrist El Ansari à propos de « Ressacs »

A l’occasion de la sortie en salles en France de Ressacs prévue le 6 mai 2026 (cf. critique du film), nous publions cet entretien réalisé alors qu’IntagristEl Ansari le présentait au festival des films d’Afrique en pays d’Apt en novembre 2025. Sortir un documentaire, c’est toujours un pari. Qu’est-ce que cela va permettre ? Un pari audacieux qui n’est jamais gagné à l’avance, mais c’est déjà aussi une chance car un film africain, de surcroit un documentaire de création qui sort en salles, c’est quasiment exceptionnel, voire improbable. En ce sens, il faut remercier et saluer le courage de la Compagnie…

Le trouble de la mémoire

En sortie France le 25 mars 2026, My Fathers’Shadow du Nigérian basé à Londres Akinola Davis Jr., connu pour ses courts métrages, avait obtenu une mention spéciale de la Caméra d’or qui récompense les premiers longs métrages au festival de Cannes 2025 où il avait marqué la section officielle Un certain regard. Un film d’atmosphère, d’une grande beauté plastique et sonore. Critique. Un film nigérian en sélection officielle à Cannes, c’était un événement. D’autant plus important que le film est assez fascinant et d’une grande beauté. Il est donc heureux de pouvoir le voir en salles. Coécrit et coproduit avec…

Parmi les quelques films d’Afrique ou sur l’Afrique du festival Cinémas du Réel du 21 au 28 mars 2026 à Paris se détache Dao d’Alain Gomis, présenté en avant-première française (il sort le 24 avril) et qui a fait sa première mondiale le 14 février à la Berlinale (cf. notre critique du film). On trouvera ici des éléments critiques sur les autres films, longs et courts.   La politique en direct Il est clair qu’Abdou Lahat Fall épouse le combat du collectif qu’il filme dans Aujourd’hui, l’indépendance (Independance Tey) (83’), présenté dans la section Front(s) Populaire(s). A quoi bon le…

La délicate unité du monde

En sortie France le 29 avril 2026, le nouveau film d’Alain Gomis a été en compétition à la Berlinale en février et est présenté à Paris au festival Cinéma du réel en mars. Fresque mosaïque sur une famille et sa diaspora, il transcende les frontières entre les continents, entre documentaire et fiction, entre les ancêtres et leurs descendants. Bien qu’ignoré au palmarès de la Berlinale, il a été salué comme un des événements majeurs du festival et une contribution importante au cinéma contemporain. Critique. Dao est un éblouissement. Malgré ses trois heures. Malgré la quasi-absence de trame narrative. Malgré la…

Regarder le monde en face

Le roman d’Ahmadou Kourouma a été publié en 2000. Il a obtenu le prix Renaudot et le Goncourt des lycéens. Kourouma (1927-2003) est un des écrivains les plus importants de la littérature africaine francophone, avec notamment Les Soleils des Indépendances (1968), Monnè, outrages et défis (1990), et En attendant le vote des bêtes sauvages (1998). Ce dernier a été adapté au cinéma par le burkinabè Missa Hébié en 2010, mais pourquoi diable adapter Allah n’est pas obligé en dessin animé ? L’Histoire est dramatique, violente, quelque peu désespérante. L’adaptation en est brillante, mais à quel public s’adresse ce film ?…

D’Alain Gomis à Haïlé Gerima, en passant par l’industrie du cinéma marocaine au marché du film, le septième art africain a su creuser son sillon dans le cadre de l’édition 2026 de la Berlinale, qui s’est déroulée du 12 au 22 février dans la capitale allemande. Au terme d’un millésime bien morne, plus marqué par les polémiques[1] que par les œuvres présentées elles-mêmes, la 76e édition de la Berlinale a toutefois fait la part belle au cinéma du continent. À commencer par la programmation de la compétition officielle du prestigieux festival, organisé chaque année au mois de février, dans le…

Qui sont les vrais barbares ?

En sortie le 25 février 2026 dans les salles françaises, ce film à la fois pédagogique et sensible est essentiel pour qui voudrait mieux comprendre pourquoi perdurent les préjugés contre les étrangers et la situation sur le terrain. 5 ans de travail pour un véritable outil contre la désinformation. Cyril Montana est journaliste et écrivain. Avec Thomas Bornot, il avait déjà coréalisé Cyril contre Goliath (2020) sur le bras de fer avec le couturier Pierre Cardin qui voulait privatiser Lacoste, le village de son enfance. Il est aussi petit-fils d’un combattant républicain de la guerre d’Espagne qui, après la Retirada,…

Vers où allons-nous ?

Présenté hors compétition dans la section Cannes première en mai 2025, le dernier film coup de poing de Raoul Peck sort le 25 février 2026 dans les salles françaises. Le titre inattendu du film annonce une analyse d’une impressionnante pertinence du danger totalitaire des temps présents. Le cinéma de Raoul Peck est trop ancré dans le présent pour faire un biopic passéiste. Il trouve dans les dernières années de George Orwell et son célèbre roman 1984 l’occasion d’un regard à la fois rétrospectif (comment on en est arrivés là) et prospectif (le danger des régimes autoritaires). Comme dans Je ne…

Que sommes-nous devenus ?

A l’heure où la parole publique contre les immigrés en Tunisie ouvre à tous les débordements, des films à contre-courant tentent l’empathie pour déjouer le mépris et la stigmatisation. Alors que sort en France Promis le ciel d’Erige Sehiri, arrive le dernier film du cinéaste tunisien Mohamed Zran : Mon ami, un film sincère et sensible. Un plan-séquence toute la durée du film, comme dans La Corde (1948). Hitchcock tournait en pellicule et devait masquer les raccords dans des ombres. Ici, grâce au numérique, le plan-séquence est respecté tout le film, ce qui demanda un mois de répétitions et une équipe…

« …Un effort vers l’être »

Loin dans mes souvenirs d’étudiante à la fin des années 70, à l’époque de notre formation à l’Institut Supérieur des Beaux-arts de Tunis, Hichem Ben Ammar m’a conviée à pratiquer avec lui l’écriture automatique des surréalistes. Ensemble, nous découpions des mots dans les journaux, puis nous les associions au hasard, créant des phrases insolites aux multiples résonances et potentialités plastiques : des calligrammes. C’est en signe d’amitié (toujours vivace) que je propose ma lecture de son avant-dernier recueil, Réalisateur de documentaires, plasticien et poète Hichem Ben Ammar, est l’auteur de cinq recueils de poésie. Depuis la fin des années 80, date de la parution du titre…

Evitons le naufrage

En sortie le 28 janvier sur les écrans français, mais aussi programmé en avant-première dans le festival Télérama, le nouveau film choral d’Erige Sehiri concentre tout ce qui fait qu’un film bouscule et change le regard. Une réussite à ne pas manquer. Répression de toute opposition, stigmatisation des migrants : les nouvelles qui nous parviennent depuis trois ans de Tunisie sont effrayantes. Il suffit d’être originaire d’Afrique subsaharienne pour être pourchassé, humilié, maltraité et expulsé à la frontière algérienne ou libyenne en plein désert, sans abri et sans eau. Comment parler de cette inhumanité, qui n’a plus rien d’exceptionnel par les…

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