Cinéma/TV

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Evitons le naufrage

En sortie le 28 janvier sur les écrans français, mais aussi programmé en avant-première dans le festival Télérama, le nouveau film choral d’Erige Sehiri concentre tout ce qui fait qu’un film bouscule et change le regard. Une réussite à ne pas manquer. Répression de toute opposition, stigmatisation des migrants : les nouvelles qui nous parviennent depuis trois ans de Tunisie sont effrayantes. Il suffit d’être originaire d’Afrique subsaharienne pour être pourchassé, humilié, maltraité et expulsé à la frontière algérienne ou libyenne en plein désert, sans abri et sans eau. Comment parler de cette inhumanité, qui n’a plus rien d’exceptionnel par les…

La 36ème édition des Journées cinématographiques de Carthage (13-20 décembre 2025) a tenu ses promesses jusqu’à un regrettable couac final. Une tendance s’est détachée en dépit de la diversité des films : la recherche d’une filiation pour comprendre les temps présents. Le couac Sous l’efficace direction de Tarek Ben Chaabane, le festival s’était bien déroulé : organisation au point, excellente sélection mêlant nouveautés arabo-africaines, panorama tunisien, focus internationaux et films restaurés du répertoire ainsi que les habituelles leçons de cinéma et tables-rondes professionnelles, le tout pour un public nombreux et jeune, ce qui reste la grande force des JCC. Quel ne fut…

Foutez-leur la paix !

En sortie le 7 janvier 2026 dans les salles françaises, ce film issu d’ateliers et d’une longue pratique avec les jeunes migrants propose un changement de regard à leur égard, et en définitive qu’on leur foute la paix avec nos questions déplacées ! « La liberté, la libertéLa liberté c’est d’abord dans nos cœursLa liberté, la libertéLa liberté nous, ça nous fait pas peur » Soolking : La Liberté) Ils ont entre 14 et 19 ans et sont arrivés seuls à Marseille via les déserts et les mers. Ils sont jeunes et ils en veulent – et ne cessent de répéter au…

Les Journées cinématographiques de Carthage (13-20 décembre 2025, cf. notre compte-rendu global) ont invité Stéphane Vieyra, un des fils du critique, écrivain, réalisateur et producteur historique Paulin Soumanou Vieyra (1925-1987), à présenter en première mondiale la version restaurée de  » En résidence surveillée « , son long-métrage de fiction largement invisible depuis sa sortie en 1981. « Cette histoire n’est que pure fiction. Sans doute la fiction peut dépasser quelquefois la réalité. A moins que, comme souvent, ce soit le contraire ». Paulin Soumanou Vieyra, en exergue du synopsis de « En résidence surveillée ». Stéphane Vieyra est un battant.…

Pouvoir vivre avec

En sortie le 22 octobre 2025 sur les écrans français, ce portrait d’une jeune de 17 ans qui s’ouvre aux sensations, librement adapté d’un livre éponyme de Fatima Daas, marque par sa finesse et sa sensibilité. Hafsia Herzi, Marseillaise d’origine algéro-tunisienne, révélée par Abdellatif Kechiche (La Graine et le Mulet, 2007) mène une remarquable carrière d’actrice marquée par son engagement tant physique qu’affectif. Elle est passée à la réalisation avec « Tu mérites un amour », présenté à la Semaine de la Critique en 2019. Elle avait osé s’y mettre en scène dans la complexité et les contradictions de ses méandres amoureux.…

Pour que sa voix porte

En sortie le 29 septembre 2025 sur les écrans français, Muganga est une tentative de faire porter la voix de Denis Mukwege dans sa croisade contre les mutilations sexuelles. Cela commence par un choc. Le viol d’une Blanche devant sa famille. Et si c’est une Noire, quelle différence cela fait-il ? Le choc sera entretenu durant tout le film : les situations dramatisées par une puissante musique, les récits édifiants des femmes, les chiffres hallucinants du viol comme arme de guerre pour démoraliser et déstructurer l’ennemi, la menace politique et violente permanente à laquelle est soumis l’hôpital de Panzi et…

Au delà de l’oubli

Le premier long métrage documentaire du Togolais Joël M’Maka Tchedre s’intéresse aux 112 kilomètres de rails menant à Blitta, le terminus, autrefois poumon économique du Togo. Un jour, le train n’est plus venu et tout s’est arrêté… Entre perte et oubli, l’odyssée humaine de ceux qui en vivaient. Après Nanas Benz, les reines du textile africain et Tbool ou la danse du feu, Joël M’Maka Tchedre poursuit avec Cent Douze, une œuvre qui puise dans la mémoire pour interroger le présent. Le réalisateur semble vouloir ramener à la vie un passé empreint de nostalgie, tout en questionnant l’abandon et la responsabilité…

Lors de la 37ème édition des Etats généraux du documentaire de Lussas (17-23 août 2025), une série de films se déroulant à Gaza a été programmée alors que le festival n’avait pas montré de film palestinien en 2024. En 2006, le conflit israélo-libanais, avec son lot de massacres, avait provoqué une polémique, le festival cherchant à contrebalancer une programmation de films israéliens prévue de longue date par des films libanais et palestiniens. Une pétition notamment signée par les réalisateurs Raidu Mihaelanu, Cédric Klapisch et Solveig Anspach reprocha aux Etats généraux de nourrir « l’incompréhension voire la haine ». Des cinéastes israéliens retirèrent…

À Conakry, le rap ne se contente plus d’emprunter les codes mondialisés de la trap ou de la drill : il les tord, les localise et les raconte depuis la rue, les cours communes et les studios bricolés. En Guinée, les genres musicaux se métissent. Preuve en est “Fréquences 224 : Le rap guinéen, nouvelle génération”, un documentaire de l’artiste Niariu (Tiguidanké Diallo) accompagné par Lounseny Soumah et Divineeeuu, disponible sur YouTube depuis février 2025 et projeté à Conakry le 31 janvier au Studio Kirah.

"On a tous un morceau de Congo dans la poche"

En sortie dans les salles françaises le 27 août 2025, ce documentaire ne laisse pas indifférent. Là-bas au Congo, au milieu d’une guerre sans fin, des gens extraient à mains nues, dans d’innommables conditions, le coltran nécessaire au fonctionnement de nos téléphones portables… Les négociations bilatérales entre Kigali et Kinshasa ont débouché sur un accord de cessez-le-feu à l’Est de la RDC signé à Washington en juillet 2025 après trente ans de guerre, le conflit le plus meurtrier depuis la Seconde Guerre mondiale. Le groupe armé M23 n’était pas présent, ni surtout les populations concernées. On sait que ce genre…

Dans la diversité des films proposés à la 15ème édition du Festival international de films de la diaspora africaine (Paris, du 5 au 7 septembre 2025), une thématique revient souvent : quels héritages porte-t-on ? De quels héritages se réclame-t-on ? Comme gérer les héritages que l’on n’a pas désiré ? Comme chaque année, une sélection de qualité, riche de films invisibles à découvrir. Cet article suit chronologiquement le programme du festival. Que le FIFDA fasse son ouverture avec Breaking Boundaries de Dina Burlis n’est pas un hasard en ces temps mouvementés. Festival des films de la diaspora, c’est avec celle des Etats-Unis qu’il…

Soif d'humanité

En sortie le 6 août 2025 sur les écrans français, un film belge sur l’immigration qui contourne habilement les clichés. Alors que le repli généralisé fait de toute immigration un parcours du combattant, réaliser ce que cela signifie humainement n’est pas de trop. Les deux adolescentes de L’été de Jahia sont comme leurs proches dans la longue et angoissante attente de la décision administrative de maintien ou d’expulsion. Jahia est ivoirienne, Mila est biélorusse. Bien que d’un tempérament opposé, elles deviennent amies dans leur foyer d’accueil isolé dans les bois en Belgique, peut-être parce que les contraires s’attirent. C’est cet…

Sélectionné à la Semaine de la critique du Fespaco 2025, le film de Mohammed Latrèche a donné lieu à un débat-forum animé par des journalistes de l’Association des critiques de cinéma du Burkina Faso (ASCRIC-B), Annick Kandolo et Madina Diallo. Annick Kandolo : Mohammed Latrèche est producteur mais aussi connu pour ses documentaires : « À la recherche de l’Emir Abd El-Kader » (2004) et « Boudjemâa et la maison cinéma » (2019). Il présente au Fespaco 2025 « Zinet, Alger, le bonheur ». Aviez-vous besoin de vous ressourcer dans le cinéma algérien pour progresser en tant que réalisateur ? Mohammed Latrèche : Oui, absolument. Et cela dès mon premier…

Chroniques fidèles survenues au siècle dernier à l’hôpital psychiatrique de Blida-Joinville, au temps où le Docteur Frantz Fanon était Chef de la cinquième division entre l’an 1953 et 1956.

Film d’un Algérien sur les années algériennes de Fanon, Prix du jury de la Semaine de la critique au Fespaco 2025, l’approche d’Abdenour Zahzah tranche avec les autres films réalisés sur Fanon, à commencer par le récent Fanon de Jean-Claude Barny, lui aussi centré sur ces années, mais dans un tout autre style (cf. critique n°16310). C’est en effet avant tout au Fanon psychiatre que s’intéresse Zahzah, donc entre 1953 et 1956. Restreindre cette approche biographique à ces trois années est intéressant à plusieurs titres. C’est d’une part le centrer sur l’aliénation psychique subie par les Algériens en situation coloniale.…

Du 4 au 6 juillet, le Seytou Africa Festival est revenu à Paris pour une nouvelle édition consacrée au cinéma documentaire africain et afro-diasporique. Fidèle à son ambition de visibiliser les regards minorés, le festival poursuit son exploration d’un cinéma de l’intime et du politique, qui interroge autant qu’il répare, et met à l’honneur des récits pluriels venus du continent et de ses diasporas.  Un espace de contre-regards Conçu comme un espace de circulation d’idées, de films et de paroles, le festival Seytou Africa s’ancre dans une logique de dialogue entre artistes, chercheurs, activistes et publics. Il privilégie des formes…

Un rhizome à construire

Comment lutter contre la perpétuation de la violence coloniale ? En sortie le 16 juillet 2025 dans les salles françaises, le premier long métrage de Maxime Jean-Baptiste propose une plongée radicale dans la mémoire guyanaise. Melrick, un jeune de 13 ans qui vit à Stains, est en vacances chez sa grand-mère à Cayenne. Il apprend avec passion le tambour, ce même tambour fait d’un tonneau de plastique que jouait son oncle Lucas qui fut tué en marge d’une fête d’anniversaire en 2012, un meurtre qui secoua la Guyane. C’est par des archives de ses funérailles et les appels de la…

L'affirmation de soi

En sortie le 16 juillet 2025 sur les écrans français, le documentaire de Greta-Marie Becker est une formidable introduction à la démarche de Germaine Acogny. Celle que les Sénégalais appellent « la Germaine nationale » a maintenant 81 ans. Elle est mondialement célèbre. Si ce film s’appelle « l’essence de la danse », c’est qu’il tente de percevoir ce que permet « la technique Acogny ». Ce ne sont pas tant les explications données par elle ou son assistante qui nous éclairent, mais ce que le cinéma donne le mieux à voir : les corps en action. Le résultat du travail de formation est…

L’atelier sur les archives d’Ousmane Sembène et Paulin Soumanou Vieyra aux Etats-Unis a réuni une dizaine de chercheurs internationaux. Il s’inscrit dans les événements organisés à l’occasion du centenaire de la naissance de Vieyra et fut précédé d’une table-ronde au festival de Cannes. Un atelier à Bloomington Cela a commencé par un appel à participation pour un atelier universitaire : il fallait fournir un projet de recherche, avec les raisons qui nous poussaient à venir aux Etats-Unis travailler sur les archives d’Ousmane Sembène et de Paulin Soumanou Vieyra. Elles sont toutes deux situées à l’Université d’Indiana, un énorme campus logé…

Organisé par le laboratoire sur les débuts des cinémas d’Afrique (Early African Cinemas Lab) dirigé par le professeur Vincent Bouchard, un atelier d’une quinzaine de jours sur les archives d’Ousmane Sembène (Lilly Library) et Paulin Soumanou Vieyra (Black Film Center & Archive) a regroupé du 27 mai au 6 juin 2025 une quinzaine d’universitaires et de chercheurs à l’Université d’Indiana à Bloomington (Etats-Unis). Occasion d’explorer davantage les parcours de ces deux précurseurs des cinémas d’Afrique, cet atelier va déboucher sur un livre collectif qui sera publié en fin d’année. Les fils des deux cinéastes étaient présents, interrogés ici par Saïba…

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